Voir les arrêtés des 4 juin 1837 et 31 janvier
Dimanche 6 octobre.
Fête du Roi '. Je suis en pensée à Fontainebleau, au milieu de la famille où probablement le petit' m'aura représenté. Je vais à la Casba, qui est en bon état. Je visite les fortifications, j'en examine les plans et reviens à pied à travers la ville, ce qui m'amuse
DANSE UES NÈGRES (rAFKEt)
chaque fois davantage. Je suis bien tenté d'entrer au bain maure et dans une maison de danses mauresques; mais je tiens à ménager mon compagnon et à ne pas irriter sa gravité.
i. Le roi Louis-Philippe était né le G octobre 1773. 2 Le comte de Paris, alors âgé de quatorze mois.
Je me contente donc d'adresser mes compliments aux baigneurs et aux danseuses qui descendent me saluer dans la rue avec leurs étranges costumes. De là à la messe, puis fonction de départ avec toutes les autorités. Le maréchal, du reste, a fort mal organisé toute cette cérémonie; ni secours aux pauvres, ni réjouissance publique, ni même un article dans le Moniteur algérien. On ne
MUSICIENS UAUnES (raFFET)
peut rien tirer de sa brusquerie et de sa sauvage mauvaise humeur. Cependant je suis content de mon séjour ici et surtout de mes rapports avec l'armée.
Je me rends sur le Phare, entre les deux maréchaux qui se comblent de politesses mutuelles, et je m'embarque au milieu de la foule qui garnit les quais et les toits. Le maréchal monte à bord du Cocijte. Je remarque dans le port un bâtiment de pèlerins de la Mecque, rempli de figures hétéroclites; et je double le
môle d'Alger. Le temps est beau et assez frais, le vent debout, la houle forte, Marbot et Pasquier tombent en léthargie. Je suis amariné et me porte à merveille; en dînant sur le pont, au cou-
FEMMES JUIVES (rIFFET).
cher du soleil, au moment ou la Chimène revenant de Bône passe à poupe et salue le pavillon royal, je pense que la famille est à Fontainebleau à porter la santé du roi et je m'y unis de cœur.
Lundi 7 octobre.
Le matin, le vent tombe, la mer reste, et nous doublons le cap Carbon pour donner dans la baie de Bougie qui est belle. Le hasard veut que le Cocyte, qui marche beaucoup moins bien que le Phare, passe derrière la grande arcade, coupée dans le cap Carbon au moment où nous nous trouvons de l'autre côté, de manière à produire un véritable effet d'opéra. Derrière cette grande voûte, qui semble construite en briques, tant la couleur du rocher
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est rouge et ardente, la ville de Bougie nous apparaît bâtie en amphithéâtre, mêlée de verdure, de constructions romaines, sarrasines, vandales, espagnoles, génoises et françaises, et surmontée par le fort de la Gourraya, élevé de plus de deux mille deux cents pieds au-dessus de la mer.
Le maréchal, qui a été horriblement malade, est d'une liumeur massacrante. J'entreprends avec lui la tournée de Bougie, qui m'intéresse :
d'abord parce que c'est le ' champ de bataille le plus sanglant de nos guerres en Afrique, celui où les combats ont été les plus longs et les plus acharnés, et puis aussi parce que je crois que ce point pourra acquérir de l'importance lorsque notre occupation de la province de Constantine sera assez solidement établie pour relier Bougie avec nos postes intérieurs h travers le pays des Kabyles. C'est le lieutenant-colonel Bedeau, excellent officier et qui mène bien la légion étrangère, qui nous conduit. La Gourraya se couvre de nuages épais, et nous sommes obligés de renoncer à y monter. Nous visitons toutes les fortifications, où il n'y a de remarquable que les constructions de Pierre de Navarre et la ligne des blockhaus, qui ne me paraît pas très bien prise, mais que l'on corrigera, je l'espère.
J'examine les troupes et surtout la légion, qui a une belle
tenue sous les armes et l'aspect guerrier. C'est, du reste, une
vraie tour de Babel. Il y a des gens de tous les pays, qui ont
fait tous les métiers et vu les quatre parties du monde, beaucoup de Fi'ançais sous de faux noms, beaucoup d'hommes des classes élevées qui ont commis des fautes et qui se cachent : la biographie des soldats serait une mine inépuisable pour les romanciers. Mais, avec de bons officiers, cette bande se bat admirablement, et, ce qui est plus extraordinaire, elle est très accessible au point d'honneur. Presque tous les cadres ont fait partie
DOl'GIE lUAlZATS .
de celte malheureuse légion dont l'héroïque conduite, en Espagne', et les souffrances énormes sont un sujet de gloire et de tristesse pour la France. Ils sont, en général, bien. Ceux qui ont été à Conslantine m'ont beaucoup parlé de Nemours et m'ont chargé de mille messages pour lui, particulièrement le capitaine Mayran, qui fut blessé à côté de lui dans la sortie que fit la légion. J'oubliais de dire que j'y ai trouvé des Mecklembourgeois.