CARRÉ DE TROUPES AITOUR DU MINARET (RAKFET
pas pris seulement le pays, comme à Alger, mais bien aussi la population avec. Pour exploiter cette circonstance, je prends sur moi d'accorder la vie aux cinq condamnés à mort pour correspondance avec Achmed, et j'ai confiance que le Roi daignera acquitter l'engagement que j'ai fait en son nom. J'envoie, pour être distribuée le lendemain par le bakem, une forte somme pour les pauvres, et le conseil municipal arabe vote aussitôt mille pains qu'il charge les sœurs de Saint-Joseph de partager entre d'autres
i. Elles ont été démolies, il y a quelques années.
nécessiteux. Puis je reçois d'abord les corps d'officiers et ensuite tous les musulmans. Je leur tiens des discours où je lâche autant que possible de leur faire ressortir tous les avantages qui résultent pour eux du gouvernement par les Français, et je compare l'état actuel au régime turc. J'annonce que le Roi les regarde comme devenus Français et ayant par conséquent tous les droits h sa protection et à ses bienfaits, et ils paraissent enchantés. — Ils me parlent de la prospérité croissante du pays et en reportent le
LA BKfcCHE II
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bienfait entièrement vers le Roi qui les fait gouverner sagement. Avec des autorités civiles et des magistrats français, cette province serait aussi gâtée en deux mois que l'est Alger aujourd'hui. Je parcours ensuite tout le palais dont je ne donne pas de description non plus que de rien de ce qui concerne Constanline, parce que Nemours est là pour expliquer tout, mais je visite sa chambre et celle de Joinville. Je couche dans celle de Dumas qui est complète et finie. Le palais est très bien entretenu et repeint à neuf, mais il manque de solidité et il faudra, avant peu, y faire de grands travaux pour le conserver. Il est fort joli et je comprends la sensation que l'on a dû éprouver en y entrant après plu-
sieurs nuits de bivouac, des angoisses mortelles pour le succès, et un assaut terrible. Je me dépêche après de monter à cheval pour faire un pèlerinage àtous les lieux marqués par les divers incidents de ces deux grands drames, auxquels Nemours a pris une si belle part. Je vois les tombeaux vides aujourd'hui de Combes et Perregaux ; les emplacements de toutes les batteries, la route qu'a suivie l'artillerie, la place où fut tué Damrémont, à côté de Nemours, et
DISTRIBUTION DE SECOORS PAR LES SCEDRS DE SAINT-JOSEPH (rAFFET).
je ne puis m'cmpêcher d'observer à Valée qu'il devrait au moins y avoir une pierre à l'endi'oit où périt le général en chef de l'armée qui l'a fait maréchal. Il me promet d'y mettre une inscription. Je monte au Coudiat-Aty et me place à l'endroit où Nemours se couvrit de gloire à la tète de la légion étrangère. Une masse d'Arabes accourait pour venir me voir : cela faisait presque illusion. Je passe de là sur le Mansoura, en longeant le bel aqueduc romain et je descends au pont d'El-Kanfara après avoir étudié l'attaque de i836. J'admire en passant les chutes du Rummel, qui sont au nombre des plus belles curiosités naturelles que l'on
puisse voir, et, en rentrant dans cette ville si extraordinaire dont la situation est unique au monde, je forme des vœux pour que toutes les armées d'Europe puissent envoyer ici des députations afin de juger de quoi une armée française est capable. — Quel
PONT d'eL-KANTAU* (UAIZATSJ.
éloquent panégyrique de tous ceux qui ont pris Constantine que la vue de la ville ! Et quand on songe à quoi cela a tenu ! Mais je ne veux pas faire ici un mémoire sur les deux expéditions. — Je regarde Constantine comme devant être, en cas d'attaque de l'Algérie par une puissance maritime, le centre de
la résistance des Français, tant par l'appui que les habitants de la province donneraient que par sa position qui peut devenir imprenable ; qu'on fasse devant la brèche une contrescarpe avec glacis, qu'on établisse deux flanquements en avançant la porte Valée et en construisant un petit bastion là où commence l'escarpement de rochers qui mène au Hummel ; qu'on occupe le Coudial- Aty par un ouvrage moins mal fait que celui qu'on y a élevé, et il n'y a pas d'armée qui puisse venir prendre Constantine. J'en parle au maréchal qui approuve mes idées et charge le génie de lui dresser sur les heux un plan.
Cette journée a mis le maréchal en belle humeur; il s'attendrit même avec moi et revient sur les explications désagréables que nous avons eues lorsque j'ai cru de mon devoir de refuser l'expédition d'Uamza, qui m'eût tellement tenté. Il m'assure qu'il n'a pas voulu me mettre dans la terrible alternative d'engager la guerre pour satisfaire mon ambition personnelle ou de refuser à l'armée une campagne que leur maréchal leur promettait, mais qu'il était tellement préoccupé de ce qui pouvait me mettre en relief qu'il voulait faire tout ce qui était humainement possible pour me faire agir avec l'armée; que puisque j'avais su résister à la tentation, il ferait aujourd'hui, dans la sphère oîi je voulais me renfermer, tout ce qui serait possible pour que je m'associe aux travaux de l'armée et que je m'identifie à elle. — Je lui dis, à cet égard, fout ce que je pense; je lui répète que je me regarde comme honoré de faire tout ce que fait le soldat; que lorsque c'est la guerre, je veux faire la guerre avec lui; que, lorsque ce sont des routes, je veux faire des routes avec lui. Partager son sort, et servir la France par tous les moyens, voilà mon ambition, et je ne sacrifierai jamais les intérêts de mon
pays à ma position personnelle : je ne me regarde que comme un instrument destiné à servir mon pays et je ne m'élèverai jamais un piédestal aux dépens du dernier des intérêts publics. Dans la paix, l'armée d'Afrique ne faisant que de grands travaux d'utilité publique, je ne prétends pas, voulant maintenir la paix, entreprendre autre chose avec elle, mais je liens à participer à des entreprises qui laisseront des résultats permanents et plus solides quoique moins glorieux que les expéditions à main armée, etc.. Mais vous connaissez tous aussi bien que moi, mes idées sur la manière de servir et de se rendre utile. El, après nous être embrassés et de bon cœur, il reste convenu qu'il fera les opérations qu'il eût faites sans moi, et qui consistent à relier la ligne maritime avec la ligne intérieure et à continuer ce qu'il a déjà commencé en créant Philippeville et Conslantine.
Bougie, Djidjelli, Mila et Sétif seront les points de départ de ces opérations qui assureront, je crois, de nouveaux débouchés au commerce du pays, donneront une nouvelle importance à Bougie et Djdjelli et achèveront la soumission de la province à l'exclusion d'Abd-el-Kadcr, qui y pénètre sans cesse. Si, ensuite, au printemps, les circonstances ont changé et qu'on puisse aller à Hamza sans risquer la guerre avec Abd-el-Kader, je demanderai au Roi de retourner prendre ma place au milieu de braves gens que j'aime et qui me témoignent de l'intérêt. J'espère que la conduite que j'ai tenue ici, placé entre ma passion et mon devoir, sera un argument favorable pour gagner ma cause.
Mais ce sont des châteaux en Espagne; pour le moment je vais prendre une division dans le corps qui opérera dans la province de Constantine, Galbois commandera l'autre. Tout cela ne sera public qu'après mon départ de Constantine, et, par conséquent,
je supplie qu'on n'en parle à personne en dehors de la famille. Je me mets de bon cœur sous les ordres du maréchal, parce que je me rappelle qu'il y a deux ans il s'était rangé sous les miens, et que tout le monde lui a su gré d'obéir à Damrémont. A Paris, ou dans des cérémonies publiques, je tiendrais à avoir le pas sur les autres ; à l'armée toutes les places me seront bonnes pourvu que je serve et que je me rende utile; et la première sera celle où il y aura le plus à faire et le plus de peine à se donner. Cela étant dit, je vais maintenant me mettre à table. ISunc est bibeiidum, etc.
Dimanche 13 octobre.
En me réveillant, ma première pensée est pour le souvenir de cet assaut terrible et de ce siège que Nemours a si glorieusement fait, et je vais chez le maréchal le féliciter; il me saute au cou en pleurant, se montre bonhomme et nous voilà tout à fait bien ensemble. Je lui fais comprendre que le siège d'Hamza, qu'Abdel-Kader vient de refortitier et oîi il a mis des troupes entraînerait infailliblement des hostilités avec lui, tant qu'il ne serait pas amené par une considération quelconque à en retirer les soldats réguliers, et que le commencement de l'hiver est le plus fâcheux instant pour commencer une querelle, si tant est qu'il y ait utilité à en commencer une. — J'organise ensuite, avec le plus de pompe possible, l'anniversaire de l'assaut et, précisément parce que je n'y ai pas été, je tiens à faire plus que je n'aurais fait dans toute autre position. Dès le malin, les distributions ont lieu et l'on prépare de grandes illuminations et des décorations pour le
soir. A dix heures je vais à la messe avec grand Te Deum à Notre-Dame de Constantine^ jolie église avec des ornements charmants. L'abbé Siichet nous lient un fort bon discours, me donne l'eau bénite au bout d'une palme, et j'entre au bruit des
HtSTACili BOXSiEHAIN (niFFET).
tambours dans cette église toute pleine de soldats. C'était fort beau et d'une simplicité mihtaire vraiment touchante. La revue a eu lieu là où Nemours a passé la sienne lorsque Joinville est arrivé. Les troupes étaient belles. J'ai distribué les récompenses, puis j'ai décoré Ben-Aïssà, Ben-Gana, Ben-Hamelaoui au milieu de plus de trois cents cavaliers qui étaient tous les grands de la province. Je leur ai tenu à chacun un discours dont toute
la foule écoutait avidement la traduction et qui m'a paru faire bon effet. Il y avait un peu de Franconi dans mon style, mais il m'a semblé que je servais l'auditoire selon son goût. Tous les chefs ont ensuite défilé devant moi. C'est un des plus beaux spectacles que j'aie jamais vus. Les hommes du désert surtout étaient magnifiques, tout chamarrés de broderies. Puis, les troupes s'étant formées en carré, les chefs arabes, au nombre d'environ deux cents, y sont entrés et ont exécuté une fantasia monstre,
telle que, dit-on, on n'en a jamais vu, de mémoire d'homme, dans la Barbarie. Les chevaux étaient couverls de housses brodées avec des grelots ; les chefs avaient pour dix mille francs de broderies, d'étoffes fines sur le corps et les armes étaient toutes des armes de prix. C'était vraiment chevaleresque et tous les spectateurs étaient ébahis. C'est Mustapha Bonnemain, des spahis, qui a été de beaucoup le plus adroit, mais, en général, ils ont beaucoup de grâce et je doute que le tournoi d'Eglington valût ce spectacle. En entrant dans la ville, les marchands jettent du café et des parfums devant moi et l'on m'entraîne dans les quartiers quejen'ai pas encore visités. Uy en a de fort curieux. Celte quantité de voûtes donnent lieu à de jolis effets de lumière. Les chefs arabes me font apporter un dîner qui, suivant l'ha-
nUE VOÛTÉE A CONSTANTINE (dABZATS).
bilude, est fait avec le nécessaire de toilette. C'est l'empoisonnement le plus caractérisé qu'il y ait. Pour le surplus, les Arabes sont fort beaux et très grands seigneurs. Ils ont des prétentions incroyables pour leur généalogie, et il s'élève entre eux, après dîner, des conversations assez amusantes à ce sujet. Elles me rappellent la discussion que j'ai eue à Toumiet avec les chefs de Kabyles de Beni-Toufout; mais je conterai tout cela à mon retour. Le temps était menaçant, ce soir, et la pluie commence même à tomber; il serait possible que notre départ fût retardé au delà d'après-demain et que nous ne parlions que le 17. Je ne pourrai le faire dire par ce paquebot, car ces lettres parlent demain matin à cinq heures. Continuez tous à aller bien à Paris.
Lundi 1i octobre.
Journée consacrée à la visite des bôpilaux et des établissements militaires. — Tout cela est déplorable. Rien n'a été fait, depuis deux ans, pour améliorer la situation des hommes. Les malades sont dans une situation horrible : les deux tiers n'ont pas de lit ; les trois quarts n'ont pas de matelas; quelques-uns sont en plein air dans les galeries mauresques; beaucoup sous la tente. Une partie des bâtiments affectés aux hôpitaux tombent en ruine et s'écrouleront sur la tête des malheureux qu'ils abritent. Une seule cuisine centrale, pour tous les hôpitaux disséminés en ville, distribue partout des aliments froids. La concentration des troupes ayant fait évacuer sur Constantine les malades des camps, qui, dans cette année désastreuse sont près de quatre fois aussi nombreux que dans les années précédentes, les hommes sont trop
serrés partout et manquent d'air. Par une sorte de miracle, malgré tout cela, la mortalité est très faible.
Ce qui contribue plus encore que le climat et l'année mauvaise à donner une si grande quantité de malades, c'est l'état du casernement. Les soldats sont logés çà et là, en ville, dans des maisons occupées le lendemain de l'assaut, qui manquent toutes d'air, d'écoulement pour les eaux, de latrines; plusieurs d'entre elles sont déjà tombées par terre. Pas un seul homme n'a de lit, de matelas ni même de paillasse. La garnison entière couche, depuis
TRANSPORT DES MALAULb ^l.AlIHj.
deux ans, sur la terre avec la couverture de campement. Dans tous les pays et par tous les temps la prolongation de cet état donnerait des maladies, à plus forte raison ici. Il est inouï que le maréchal ne se soit pas encore occupé de cet état, et encore ai-je eu beaucoup de peine à lui faire voir un hôpital, et ne suis-je pas parvenu à le mener dans les autres. Mais j'ai pris un grand parti ; j'ai forcé, littéralement parlant, à faire transporter dans le vaste palais que nous occupons les malades qui étaient le plus mal établis et, malgré toutes les résistances que j'ai éprouvées, j'y suis parvenu. J'ai pu soulager ainsi des malheureux dont quelques-uns ne voyaient jamais le jouret dont d'autres n'a valent jamais un abri. Je rougissais
de nous voir logés comme des rois, nous bien portants, tandis que des pauvres soldats étaient si mal et souffraient si patiemment.
Ce qui contribue, j'en suis sûr, au nombre des malades, c'est la saleté dégoûtante de toutes les rues de la ville dans lesquelles il ne se trouve pas de bazars. La malpropreté musulmane est connue et rien ne se fait pour y remédier. Ce ne sont, à chaque pas, que charognes, ordures, eaux croupies sans écoulement. Des bandes de chiens, parmi lesquels le barbet tondu en lion représente, depuis peu, la civilisation européenne, ne suffisent pas, avec les quantités innombrables de vautours et d'aigles qui entourent la ville, à nettoyer ces charniers infects dont un peu de soin purgerait la ville. Bien que je sois d'avis de travailler aux fortifications de Constanline et que j'aie été assez heureux pour faire adopter mes idées, non seulement par le maréchal, mais même par le colonel du génie, contrairement à son inspecteur général, je pousse cependant avant tout à la construction des hôpitaux et des casernes. Le génie a un plan satisfaisant pour les établir à la casba et, pour mettre la cliose en train, j'en pose la première pierre sur l'emplacement de ce grand temple romain, dont les colonnes de soixante-douze pieds de haut, encore éparses sur le sol, devaient faire un effet si grandiose vues de la campagne, sur l'extrémité d'une falaise de neuf cents pieds.
Pendant une grande distribution de présents que je fais aux chefs arabes dans la salle à claires-voies du premier étage, le temps, qui a été gris et froid toute lajournée, se décharge par un orage épouvantable avec éclairs et tonnerre ; toutes les bêles de la ménagerie que Galbois a, dans la première cour en entrant à gauche, s'enfuient etfrayées, en poussant des cris affreux. Le soir je tiens salon dans la salle où Nemours venait habituellement.
Mardi 13 octobre.
A cinq heures du matin, Boismilon, Blanqui el de la Croix- Mouchet se mettent en route pour Philippeville dans ma calèclie. Ces honnêtes civils ont une peur effroyable. Ils demandent à grands cris des mousquetons à l'artillerie et ne savent pas les charger quand ils les ont. Boismilon, qui va faire faction une
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LA DIVISION s'organise (rAFFET).
quinzaine de jours à Philippeville, paraît peu résigné à son sort. Je lui permets d'exécuter des fouilles et de faire de la botanique à mes frais. D'wertiteoi figli mieî.
Le temps est superbe, les troupes commencent à filer sur Mila. Le maréchal et moi nous nous occupons de l'organisation de notre affaire. Malgré le désagrément de mon général en chef, je n'hésite pas à prendre un petit commandement. Je tiens ici, — où tout le monde ne rêve qu'expéditions et où le ton général, depuis le soldat jusqu'au colonel, est de décrier les travaux des routes et
les opérations d'occupation permanente et pacifique, — je tiens, dis-je, à prouver que ce sont là des travaux que j'ai apprécies autant que les œuvres de guerre, et je veux les relever aux yeux de l'armée en y prenant part moi-même, en me tenant pour honoré de faire ce que fait le soldat, en trouvant bon pour moi ce qui est bon pour lui, et généralement tout ce qui peut être utile à la France. — Quand le Prince Royal aura mis de l'empressement h concourir à ce système qui déplaît à l'armée, mais que je crois excelleni, personne ne pourra trouver audessous de lui ce que le fils du Roi aura jugé digne de sa participation.
Je prends donc une division dans le petit corps qui va ouvrir des communications entre les points occupés du littoral et la ligne intérieure. Le plan d'ensemble du maréchal est de lier Sélif à Bougie, en faisant de ces endroits les deux points d'appui principaux, sur terre et sur mer, de la ligne intermédiaire qu'il faudra établir plus tard entre Constantine et Alger. C'est, en outre, de rattacher d'une part Djidjelli avec Constantine par Milaet, d'un autre côté, Bône au camp de l'Arrouch et à Constantine par une roule beaucoup plus courte et plus facile que celle de Medjez-Ahmar. Mila et l'Arrouch étant très facilement reliés ensemble, Constantine, l'Arrouch et Sélif seraient les points principaux, les nœuds de l'occupation de la province, et les autres postes comme Djéraila, Smendou, etc., ne seraient que des maisons crénelées servant à la correspondance. Quant aux ports de mer occupés par des Européens, ils serviraient d'écoulement au commerce. C'est le système romain, et même le système des Turcs, dont l'occupation a été jusqu'à présent très mal jugée. Je crois que c'est ce qui évitera dans la province de
Conslanline toutes les fautes et tous les malheurs de celle d'Alger, et ce qui la conservera vierge, pour le moment où la colonisation européenne y pénétrera.
C'est donc à cela que je vais travailler. Probablement, tout le plan ne pourra être exécuté cette année, à cause de la saison. Ce qui est le plus important, selon moi, c'est la route de Sélif à Bougie, et puis celle de Constanline à Bône, par Nedès'. Celle de Mila à Djidjelli ne doit venir qu'en troisième ligne; je doute qu'elle puisse être faite cette année, et nous ne nous y mettrons qu'autant que le mauvais temps nous prendrait sur la route de Sétif, et que nous ne pourrions pousser aussi loin. Quant à celle de Sétif à Bougie, elle sera reconnue sur toute sa longueur, et amorcée par ses deux bouts au travers d'une dizaine de lieues de côté, de manière qu'il ne reste que très peu de choses à faire pour la compléter. Celle de Nedès, qui est plus facile, pourra être encore plus avancée.
Tout cela est moins brillant que les Portes de Fer, Hamza et la route par terre de Constantine à Alger; mais, dans le moment actuel, c'eût été risquer la guerre, et je crois avoir fait mon devoir et répondu à la confiance que le Roi m'a témoignée en ajournant cette opération qui, d'ailleurs, sous le point de vue militaire de l'occupation, doit être le dernier acte du système dans lequel nous marchons maintenant, et qui est le seul bon. J'ai quelquefois le cœur serré en songeant à ce que j'ai fait par devoir, mais je me flatte que le Roi m'en tiendra compte et que si, plus tard, les négociations avec Abd-el-Kader, pour les terrains contestés au delà de l'Oued-Kaddara, — terrains qui sont
1 . Seba-Rekoub au sud-ouest du lac Fezzara que l'on croyait être l'ancienne Nedès.
nécessaires à la vitalité d'Alger, — prenaient une tournure moins favorable, et que les mêmes risques de guerre générale ne fussent plus à courir, le Roi me permettrait de revenir prendre part à une opération belle, et qu'il m'a fallu un profond sentiment d'abnégation personnelle pour ne pas entreprendre maintenant.
Je t'envoie l'ordre qui constitue notre petite colonne. Il n'y a, comme on peut le voir, rien de belliqueux dans cette organisation, et il n'y est question que de marches et de travaux ; c'est la réhabilitation delà pioche à l'égal des fusils quej'enircprends. Que Dieu nous soit en aide et nous donne du beau temps ! Il s'annonce bien aujourd'hui. J'ai pris dans ma division le T léger et le 23', qui sont ce qu'il y a de mieux ici, et je n'ai pas eu de peine à faire entendre à Galbois que j'étais *■"= ■"' hcmmel (dAtiz*Ts).
venu pour garder la crème et lui laisser le petit-lait, et que c'était à lui à en être enchanté. Le \ V léger n'est plus ce qu'il a été, mais il a encore de très bons éléments; la tête est molle et les sous-officiers médiocres, mais le corps d'officiers est excellent. Le 2° léger porte un peu trop le képi sur l'oreille. En arrivant ici, ils ont laissé leurs couvertures, gouaillant toutes les autres troupes et en leur disant : « Le 2" léger ne craint rien, pas plus les éléments que les Arabes; nous sommes de l'escorte du prince, nous passons partout et n'avons besoin de rien. » Le colonel',