Plateau sur la rive droite de l'Oued-Bou-Kton
heures de marche de nuit, dont ils se sont heureusement mieux tirés que je ne m'y serais attendu, car l'ordre a été très bien conservé. Inutile de dire que cela met le maréchal et de Salles d'une humeur affreuse, et qu'il est impossible de songer à occuper les Portes de Fer. 11 faut que l'opération ait lieu en plein midi, mais je crois, à l'aspect des populations, que cela se fera sans coup férir. Ce
LE 2' LÉGER A DRA-EL-AMAR (raPFET).
serait un résultat bien beau. Avoir atteint les dernières limites de la province de Constantine sans tirer un seul coup de fusil, au milieu de populations soumises qui nous fournissent tout ce dont nous avons besoin et qui viennent au-devant de nous. C'est un fait très important, et maintenant les coups de fusil ne signifieraient plus grand'chose. Ou nous en aurons et, comme nous entrons sur le terrain administré par Abd-el-Kader, celan'arien d'extraordinaire, ou nous n'en aurons pas, et alors notre marche sera plus glorieuse, et l'effet pour Abd-el-Kader sera immense. Veremos tnaftana'.
\. Nous verrons demain.
Le pays que nous avons parcouru depuis Dra-el-Amar est magnifique et ne ressemble en rien au reste de l'Algérie. C'est comme les belles parties de la Suisse. — Un peu au delà de Dra-el-Amar, en sortant de montagnes pelées tachées de rouge dont l'aspect sanglant a quelque chose de sinistre, on aperçoit une multitude de vallées assez étroites, mais couvertes des plus
ViLLÊE DU BOII-KTO.\ (daCZATS).
beaux arbres, pins, mélèzes, oliviers, genévriers de cinquante pieds de haut, etc.
De nombreux villages couverts en tuile avec des toits qui avancent, quelques maisons avec étages, comme les maisons de Provence, du bétail beaucoup plus fort que celui du reste de r.Vfrique et même des orangeries dans les replis de vallées exposées au sud; tout annonce une population serrée, laborieuse et intelligente. C'est le curieux pays des Kabyles de pure race où les voyageurs ont si peu pénétré, et sur lesquels on a des rensei-
gncments si incomplets. — Je profite de la présence des chefs arabes, qui m'entourent avec confiance et m'amènent leurs enfants, ce qui est très bon signe, pour me procurer des documents assez peu connus sur ce peuple remarquable.
Le chemin, — après nous avoir fait passer par des points de vue admirables et oîi l'œil se repose à perte de vue sur des montagnes verdoyantes qui contrastent avec l'aridité des contrées
LA DESCE\TE DE CHERAGRAG (dAIZATS)
que nous avons précédemment visitées, — le chemin, dis-je, nous amène à une descente' tellement raide qu'une caisse de tambour qu'on laisse échapper roule d'un trait jusqu'en bas de la montagne. Par un miracle inouï, pas un mulet no fait de chute dans ce chemin qui est bordé à droite et à gauche de précipices à pic de plus de deux cents pieds de haut. C'est effrayant et je suis certain que c'est pire que les fameuses Portes de Fer.