La descente de Cheragrag qui conduit à l'Oued-liou-Kton
Galbois aura à remonter cela ennous quiltant, et, s'il pleut, je ne sais pas comment il s'en tirera avec son bagage, les malades qu'il emmènera, etc. Fii'a /W/<?^Wa.' De cet endroit qu'on appelle Cherfigrag jusqu'au camp, on traverse une belle forêt bien entretenue ; le camp lui-même est un plateau tout planté de beaux arbres.
En arrivant le terrible mot : Macach el ma^ « il n'y a point
LES SOUKCl.:^ ^l.i\ 1 L I
d'eau », circule de bouche en bouche. Mais les troupiers ont prévu le cas, les bidons sont pleins, les feux brillants de genévriers, dont l'odeur aromatique parfume l'air, permettent de faire la cuisine, et le soldat oublie les vingt lieues à travers le pays qu'il vient de faire en deux jours — La joie d'aller par terre à Alger domine tout, et l'arrière-garde elle-même, qui arrive à dix heures et demie du soir, guidée dans les mauvais
pas par la lueur éloignée des bûchers monstrueux que nous avons allumés prend gaiement sa place dans un des plus jolis bivouacs que j'aie jamais vus. — Les Kabyles, d'abord effrayés du passage d'une armée, se sont bientôt rassurés et, grâce à l'influence de M. de la Medjana, qui est très bête, mais dévoué, ils viennent nous faire leur soumission et nous apportent à manger. Tout va bien jusqu'à présent; malgré les défauts de son chef, l'armée est bien conduite, avec ordre, fermeté et méthode; on mange à profusion et l'on ne manque de rien. Voyons si cela durera. Le maréchal me parle encore ce soir d'Abd-el-Kader avec lequel il se dit certain de ne pas avoir la guerre et dont il prétend au contraire que ceci fera baisser le ton, qui était devenu intolérable. Ainsi soit-il. Pour moi, je le crois assez volontiers, car il sait bien faire les affaires. J'oubliais de dire que j'ai reçu aujourd'hui une lettre d'Achmcd-Bey, qui se remet entièrement à ma discrétion. — C'est un peu tard, mais je lui fais répondre par le maréchal que s'il veut venir à Alger il y sera traité en prince et comme des vainqueurs généreux doivent le faire ; mais que, dans la province de Conslantine, il sera impossible de s'entendre avec lui. Maintenant, quoique cette dépêche télégraphique me préoccupe et m'attriste, je vais me coucher. Le temps est toujours superbe.
Lundi 28 octobre.
DE siDi-HASDAi\ A BENi-MANSOUR OU pour mieuxdire sur les bords de l'Oued-Biban'. — Le bruit infernal de la diane des
1. Il convient, pour faciliter l'intelligence de ce qui suit, de rappeler qu'il y a deux passages à travers les Bibans. L'un, appelé les Grandes-Portes [Bab-el-Kebir),
tambours qui ressemble au blutoir d'un vaste moulin, \ient m'arracher aux mauvais rêves que m'a donnés celte dépêche télégraphique d'hier. Je pense bien que cela n'a pas de gravité, ma raison me l'indique, mais mon cœur trouve que l'absence est une épreuve souvent amère. En sortant de ma tente, on me présente les chefs des Kabyles de Bou-Kton, affreux sauvages,
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LES KIBYLEB FONT LEDR SOUMISSION (riFFET).
vis-à-vis desquels les gens de Beni-Toufout sont des dandies. Les Beni-Abbès, qui gardaient les Portes de Fer contre les Turcs, m'apportent des raisins et des fruits, en sorte que nous passerons le fameux défilé avec la soumission des populations indépendantes qui depuis des siècles en interdisaient l'entrée à tout étranger. Cela vaut bien un bulletin, je crois. — J'entends les
suit le cours de l'Oued-Chebba ou Oued-Meklou, l'autre auquel on donne le nom
de Petites-Portos (Bab-es-Srir), est à deux kilomètres au nord-est du côtd de rOued-Bou-Kton. C'est par ce dernier que les guides conduisirent l'armée, bien que l'autre (où l'on a établi depuis la route d'Alger à Conslantine) fût plus sûr et d'un accès plus facile.
soldats de garde causer sur les Portes de Fer : la plupart s'imaginent que ce sont des portes réelles qu'il faudra enfoncer. J'épargne pour la troisième fois à un M. Marey, ami de Boyer, l'avanie d'être arrêté par ordre du maréchal, qui a horreur de voir un civil mêlé à l'armée. Je vais maintenant organiser ma nouvelle colonne et je ne t'écrirai plus que ce soir.
28 octobre, soir.
Voilà une fameuse journée, qui pour nous tous fera époque dans notre vie et sera un de nos grands souvenirs. Je n'essayerai pas de dépeindre ce que nous avons vu, car cela serait impossible. Je dirai seulement que nous avons eu un bonheur extrême, car de la pluie ou trois cents tirailleurs eussent pu nous faire échouer complètement. Mais, maintenant le pas le plus difficile de notre importante opération est fait et bien fait; nous avons accompli sans coup férir ce que jamais aucune armée n'avait fait : nous sommes passés, conduits par les chefs du pays, dans un passage où les Romains ne se sont jamais engagés, et que les Turcs n'ont jamais traversé sans hostilités. Mais chacun fera sur mon récit les réflexions qu'il voudra, je me bornerai à raconter les faits sans observation.
Le matin, à sept heures, une pluie fine nous donne des inquiétudes sur la journée; je reçois la visite d'adieu des officiers de la division Galbois dont je me sépare à regret : ce sont des braves gens et qui ont bien du mal. Quant au proconsul Galbois il a bien fait les choses, car, après m'avoir reçu à Philippeville, au pied de l'escalier, il m'a reconduit jusqu'à la porte (de fer) et
m'a fait traverser quatre-vingts lieaes de pays obéissant, soumis et tranquille. Après une poignée de main au cher collègue, j'organise ma colonne. Je prends en plus de ma division huit compagnies du 17" léger; je forme de tout le 3° régiment de chasseurs un escadron de marche de cent chevaux; je garde vingtcinq spahis de Constantine, et tout le reste s'en retourne par Medjana, Zamoura, Sétif et les Abd-el-Nour. — Salu/e e mille annil
ADIEUX DU GÉNÉRAL GiLBOIS (l'.AKieT,.
L'effectif de mon monde, après avoir déduit les malades et les éclopés que Galbois emmène sur les mulets arabes se trouve être de :
Infanterie des 2' et 17" léger et 23' de ligne, 2b31 hommes;
Cavalerie des l"' et 3" chasseurs et spahis de Constantine, 248 chevaux ;
Artillerie, 156 hommes avec quatre obusiers de montagne et 60 coups et
70000 cartouches; Génie, 87 hommes avec 180 outils.
En tout environ 3000 hommes.
L'infanterie porte six jours de vivres et soixante cartouches.
Es mucho^ ! Le parc — y compris les bagages du régiment, qui ont doublé depuis bier, parce que tout le monde a acbeté à la division Galbois — se compose de buit cents animaux dont beaucoup cbargés outre mesure et éreintés par nos deux dernières marches. Ces vingt lieues en deux jours ont abîmé notre troupeau; nos bœufs n'ont plus que la peau sur les os et je crains qu'il n'y en ait qui meurent. Nous avons en tout sept jours de vivres, mais seulement de l'orge, sans foin ni paille, pour les chevaux. — Les mulets n'ayant pu boire depuis hier matin n'ont pas voulu manger et sont faibles.
A dix heures et demie je mets en mouvement l'avant-garde commandée par le lieutenant-colonel Drolenvaux. Les cheiks des Beni-Abbès qui, de tout temps, ont défendu contre les Turcs les Portes de Fer, marchent à notre tête, à pied, en burnous bleu et jaune, et servent de guides à la colonne. Les habitants vendent au soldat tout ce dont il a besoin. C'est un beau résultat; sans le secret et l'ordre cela eût été impossible. — Nous traversons, le long de la rivière, des bois d'arbres à mastic et de pins pignons. Ceux qui recherchent la couleur locale et les impressions de voyage m'y montrent les pas encore frais des bêtes fauves.
Au bout de deux heures de marche on arrive dans une sorte de cuvette humide, au fond de laquelle s'aperçoivent des parois extraordinaires de rochers rouges dentelés et ressemblant à un gâteau feuilleté. C'est l'entrée des Portes de Fer. — Comme je ne puis rendre, dans un récit écrit à la hâte, ce site unique dans le monde, au dire des trois mille hommes qui l'ont vu, et