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CHAPITRE X

Passage à Jeand'heurs. — Sacre de Charles X. — La cérémonie. — Nouveau voyage à Dieppe. — Le vicomte d'Arlincourt. — Un mot du ministre Corbières. — Impertinence de l'ambassadeur d'Autriche qui prétend ne pas donner à Oudinot le titre de duc de Reggio. — Impopularité du ministère Villèle. — Revue de la garde nationale.

— Manifestations hostiles au pouvoir. — Dissolution de la garde nationale. — Voyage de la duchesse de Berry dans le Midi. — Séjour à Jeand'heurs. — Large hospitalité d'Oudinot. — Voyage en Dauphiné. — L'infant d'Espagne. — Visite à la Grande-Chartreuse. — Détails sur le couvent. — Le roi de Naples. — Symptômes hostiles contre Charles X. — La garde royale passée en revue par Oudinot. — Fête au Palais-Royal en l'honneur de la cour de Naples. - Aveuglement du Roi sur la situation politique. — Le langage de Marmont. — Chute de Charles X. — Lettre de la duchesse de Reggio à la duchesse de Berry. — Réponse de celle-ci.

— Le procès de Polignac. — Établissement de la famille Oudinot à Bar-le-Duc. — Arrestation de la duchesse de Berry et offre généreuse de la duchesse de Reggio. — A ce propos, premiers rapports d'Oudinot avec la famille de Louis-Philippe. — Passage du duc d'Orléans à Jeand'heurs. — .Mort héroïque du colonel Auguste Oudinot en Algérie. — Profond désespoir du maréchal. — Cérémonie en l'honneur d'Auguste Oudinot à l'endroit oîi il est tombé.

— Deuils de famille. — Mariage de la fille du maréchal Oudinot avec le comte de Vesins. — Maladie d'Oudinot. — Une lettre de Louis- Napoléon. — Charles Oudinot. — Mariage de la deuxième fille du maréchal avec M. Joseph Perron. — Oudinot grand chancelier de la Légion d'honneur. — Oudinot gouverneur des Invalides. — Mort d'Oudinot.

Ce fut dans cette situation qu'on atteignit le mois de mai 1825, époque fixée pour le sacre. Il devait avoir lieu à Reims.

Dans les premiers jours dudit mois, Madame, duchesse

de Berry, m'annonça qu'elle partirait à l'avance et nous donnerait quelques jours, tant à Jeand'heurs qu'à Bar. Le maréchal et moi, nous nous hâtâmes alors de partir pour lui préparer dans nos deux maisons une réception convenable.

Une partie des enfants du maréchal, les miens (qui étaient alors bien petits), l'état-major, garde royale et .garde nationale, et plusieurs amis vinrent à l'avance nous aider dans nos soins divers. Le spirituel Alissan de Chazet nous offrit aussi son concours pour composer .une pièce de circonstance à laquelle chacun travailla d'élan. Non loin du château, on -établit, dans un local appartenant à la papeterie, une salle provisoire pouvant contenir plusieurs centaines de personnes. On prépara de6 lampions pour illuminer tout le parc, où les habitants de Bar et des environs étaient conviés. Je pris mes .mesures pour fournir aux trois ou quatre tables nécessitées par les catégories diverses qui suivaient la princesse. J'étais au plus fort de ces dispositions, auxquelles le maréchal se prêtait avec empressement, lorsque, par suite de sa témérité habituelle, ayant voulu dompter un cheval espagnol dont personne ne venait à bout, il tomba avec l'animal qui, se relevant furieux, lui marcha sur le corps. On le rapporta presque évanoui chez lui.

C'était un dimanche, je revenais de la messe du village avec mes enfants, lorsque je vis, sur le perron du château, tous mes convives réunis ; l'un d'eux se détacha pour me préparer à l'événement. Déjà le docteur voisin avait donné les premiers secours, et bientôt le docteur Champion vint pratiquer une saignée qui rendit la respiration au maréchal. Le danger fut écarté ; mais j'étais encore bien troublée lorsque, deux jours après, il me fallut aller de ma personne attendre Madame, duchesse de Berry, à

Chakms-sur-Marne, pour y assister à la réception officielle qu'on allait lui faire. Trot s'y passa selon le programme ordinaire, «et, dès le lendemain, nous partîmes pour Jeaud'heurs, avec la suite «ombreuse et brillante dont Son Altesse Royale devait être entourée au «acre. Tout était bien préparé aussi à Saint-Dreier et dans tes villages environnant Jeand'beurs. A la porte du parc, nous trouvâmes le maréchal entouré de sa famille et de son état-major. Mon mari avait fait un effort digne de son courage pour se mettre sur pied. Toutes les autorités et le6 notabilités de Bar et des environs étaient amsi présentes. Le parc, orné de sa propre beauté et éraaiilé par des femmes en grand nombre et en toilette, offrait un aspect charmant qui frappa la princesse ; elle fut naturelle et plut à chacun.

L'illumination produisit d'abord son -effet; lorsqu'on alla à la salle de spectacle et lorsqu'on en revint, elle était dans tout son «éclat. La petite pièce, pleine de verve et d'à-propos, avait de phis le mérite d'avoir été représentée par ceux qui venaient de partager le dîner de Son Altesse Royale, qui s'en était amusée autant que possible. En rentrant au salon, parfaitement éclairé, l'un des acteurs se mit au piano, et la princesse voulut danser avec le général de Verdière. Il avait conservé son costume du rôle de cantinière, dans lequel il venait de s'illustrer. Cet homme, distingué par son cœur, son goût et son esprit, mettait à toutes choses une animation et une grâce particulières. Après la contredanse, l'heure du coucher ayant enfin sonné, il offrit son bras à Madame pour regagner ses appartements. Chacun suivit, et ce fut chose inouïe que de voir la mignonne princesse, posant sa petite main sur l'énorme bras de la cantinière en question, remonter ainsi le grand et majestueux escalier de

Jeand'heurs. Tout était gai, car le général de Verdière savait allier le grotesque au bon ton, et rien ne lui enlevait le cachet de bonne compagnie qui le distinguait.

Malgré sa grande fatigue et sa faiblesse, le maréchal avait supporté mieux que je ne l'espérais les obligations que lui imposait la circonstance; il se trouva donc de force à partir de son côté pour Reims, au moment où nous prenions, Son Altesse Royale et moi, cette même direction.

J'avais un petit appartement très haut monté sous le même toit que ma princesse, c'est-à-dire à l'archevêché. Si j'osais me servir, en parlant de cet édifice, d'une comparaison vulgaire, je dirais qu'alors il ressemblait assez à une ruche à miel, tant le service du Roi et des membres de sa famille y prenait de place.

L'on avait déguisé l'intérieur de la cathédrale d'une manière affligeante pour les amateurs de l'architecture. Mais, d'une part, cela avait fait gagner beaucoup d'ouvriers, et, de l'autre, on avait pensé qu'il fallait un peu revenir aux usages et coutumes des anciens sacres de Reims. Le Roi n'arriva que vingt-quatre heures après nous. Nous fûmes, soi-disant incognito, avec Madame, duchesse de Berry, Mme la dauphine et toutes leurs maisons, nous placer à des fenêtres privilégiées pour voir passer le cortège. Il était magnifique ; mais notre attention fut soudainement troublée par un bruit sinistre qui circula aussitôt et vint frapper de stupeur personnellement la duchesse de Damas. Une des voitures du cortège manquait à son rang, et l'on dit que c'était par suite d'un grave accident qui aurait précipité l'équipage dans une berme profonde.

Ce n'était que trop vrai : à Fismes, je crois, le canon fit emporter les seize chevaux de deux voitures; ceux

du Roi, courageusement retenus et gouvernés par le cocher, continuèrent, sans dévier, leur course effrénée et finirent par se calmer en vue de Reims ; mais la voiture qui suivait, moins bien dirigée, fut précipitée d'une hauteur effrayante, et les personnes qu'elle contenait furent plus ou moins blessées. Cet événement, triste en luimême, jeta comme un crêpe sur le reste de cette journée et sur celles qui suivirent. La plus jeune des quatre victimes, le comte de Cossé-Brissac, maître de l'hôtel du Roi, put seule prendre ses fonctions dans le cérémonial ; il y apporta un visage marbré de contusions et l'œil gauche caché sous un bandeau noir qu'il ne put quitter de plusieurs jours. Le duc de Damas, le duc d'Avaray et le comte Curial ne parurent à rien. Ce dernier mourut peu de mois après, par suite, dit-on alors, de ses blessures.

Je ne vous décrirai pas ici les splendeurs de cette cérémonie, pendant laquelle Charles X parut en divers costumes avant de revêtir le manteau fleurdelisé, qu'il porta avec une majesté et une grâce infinies, que rehaussait encore l'éclat de la magnifique couronne qui ornait son noble front. Non, je ne vous redirai point ces détails, vous les trouverez ailleurs ; je veux seulement vous parler de mon impression, lorsque le nouveau Roi, revêtu ainsi que je viens de vous le dire, et sans tenir compte du poids énorme des richesses qui devaient l'écraser, monta librement et majestueusement l'immense escalier qui avait été dressé au milieu de la nef, et, du siège où il s'assit, ouvrit une cage immense, placée sous sa main, et donna ainsi la liberté à une masse d'oiseaux qui s'envolèrent en tous sens sous les voûtes magnifiques de la cathédrale.

C'était un symbole, et l'on voulait, par là, faire com

prendre que du serment devaient résulter la liberté et le bien-être du peuple, gracieuse image qui,, je crois, remontait bien haut dans les temps.

Vers cinq heures eut lieu, le banqvet. Les princesses n'avaient nulle place assignée dans cette journée; on ne leur en dressa pas moins une estrade dans un coin de la grande salle, où elles étaient censées ne point être présentes. Nous n'en étions pas moins toutes e» grand habit lamé d'or et d'argent,, et nous portâmes environ de quinze à dix-huit heures ce brillant harnais.

Un trône à deux degrés avait été dressé à Tune des extrémités de la salle immense dont je parle. Sur le premier, une table avec un seul couvert était servi; sur le second, même service. Au bas de ce double trône s'étendait une table de prodigieuse longueur, destinée aux grands dignitaires français et étrangers, tels que ministres, maréchaux , ambassadeurs, etc., tous déjà rangés à leur place et attendant debout l'entrée du. Roc et de M. le Dauphin, Ce dernier était, comme son père, revêtu d'un manteau fleurdelisé; seulement, le manteau était moins long et la couronne ouverte. Celle du Roi, qui est ce que j'ai vu de plus beau dans ma vie, était fermée par une énorme fleur de lis. Elle était composée des plus beaux diamants connus ; celui qu'on nomme le régent dominait la branche du milieu. Le Roi, avec la dignité qui lui était propre, arriva lentement au trône, suivi de son fils ; ils y prirent place, chacun à son degré; alors, tous s'assirent à la grande table et, chose étrange, à l'imitation du Roi et de son héritier présomptif qui mangeaient, la couronne sur la tête, tous se couvrirent et mangèrent ainsi.

Le lendemain de cette solennelle, niais fatigante journée, le Roi fut à Saint- Rémi. Il visita ensuite l'hô-

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pital. Pour éviter l'encombrement, laicour des primsesses était restée dans, les voitures qui se dirigèrent: après, suivant toujours celle du Roi, vers la saile dfexposition des* produits de. cette ville .

Tout sepaBsa là; avec la bonne* grâce) ordinaire, apparutenant au premier personnage dii moment. Le: soir-, il reçut de: cette1 même ville un bal. magnifique, et, le troisième jour, il fut en dehors* de la ville passer la revue des troupes venues» #<£ hoc pour le, sacre, et donna des décoration».

Toutes ces journée» s'écoulèrent avec ordre, sansaccident que je. sache ; tout offrit, un beau et riche coup d'œil. J'étais vraiment pour mon. compte un peu ahurie par cette suitede représentations qui neme laissaient ni paix, ni trêve; et ce: fut avec délices que je profitai d'un congé de quelques semaines que m 'accorda Madame, duchesse de Berry.

A peine revenue- à Saint-Cloud, où se trouvait la Cour, j'eus à~ organiser un second voyagea Dieppe.

Commençons par vous parier du trajet.

Après un déjeûner offert, par la ville deGisorS) pendant lequel bien des misères d'une petite ville se rêvé* lèrent, nous gagnâmes le: château, de Saint-Pern, propriété 'du vicomte- d' Arlincourt.

Ici. nous était annoncée une fête champêtre, qui avait déjà occupé, en sens divers, la ville que nous quittions.

L'auteur du. Solitaire, ouvrage qui. venait d'être lu dans tous les- salons- et qui avait, donné naissance à une pièce fort connue, le vicomte d' Arlincourt, vint, accompagné de sa femme et de ses filles, recevoir Son Altesse Royale avec tout le respect possible. Après lui avoir fait prendre un instant de repos, il proposa la promenade. du parc.

Nous étions au 2 août : la chaleur était accablante ; mais, dans le rang suprême, on ne tient compte d'aucun des inconvénients des saisons.

Dès les premiers pas, nous fûmes accueillies par une musique qui se retrouva partout, mais qui partout fît entendre le même air. C'était une ronde qui commençait ainsi : C'était le solitaire^ air qui reportait tout naturellement à la pièce en faveur.

M. d'Arlincourt, qui présentait un caractère d'honorabilité et de dévouement généralement connus, avait complété cette fête brillante et originale par un dîner, une foire aux flambeaux, un feu d'artifice qui terminèrent la journée, et, le lendemain de bonne heure, Son Altesse Royale, après avoir témoigné sa satisfaction aux aimables maîtres du logis, prit la route de Dieppe, où nous arrivâmes le même soir.

Le cérémonial ne commença, à Dieppe, que le lendemain de l'arrivée. Madame avait organisé sa maison sur un pied à la fois large et modeste. Elle reçut beaucoup de monde, car, outre la ville de Dieppe et les notabilités de la province, toute la fashion de Paris accourait en foule.

Vers le milieu d'août, la princesse mit à exécution une tournée qui avait été convenue avec la famille royale : il s'agissait de visiter quelques villes du Nord.

Cette tournée fut très fêtée par les populations.

Abbeville, Boulogne, Calais, avaient déjà été visités avec intérêt : la tournée devait se terminer par Amiens.

La couchée qui précéda notre séjour en cette dernière ville n'ayant pas entraîné de grandes représentations, chacun s'était retiré de bonne heure dans son appartement ; mais il arrivait très souvent à Son Altesse Royale de quitter le sien pour venir me retrouver quand

parfois je la croyais couchée. Et ce jour-là, tout à coup, je la vois arriver en négligé, tandis que j'étais moimême en robe de chambre. Mais, ô surprise ! qui recevais-je en cet instant, et dans ce costume? Un jeune officier de chasseurs ! Madame recule stupéfaite, mais revient aussitôt au bruit de mon éclat de rire. Quel était cet intrus? Gustave, mon frère, en garnison à Hesdin avec un détachement de son régiment. A la réception du matin, la princesse l'avait parfaitement accueilli, mais nous nous étions à peine entrevus, et nous avions pu, à voix basse, nous ménager ce petit tête-à-tête. Son Altesse Royale ne l'interrompit pas longtemps : elle dit un gracieux adieu à mon frère, avec lequel je veillai très tard.

Je commençai 1826 sous de bons auspices. La santé du maréchal était parfaite; mes enfants grandissaient. Leur cœur et leur intelligence me laissaient peu à désirer ; ma chère belle-fille Stéphanie apportait une part immense de douceur dans notre intérieur. Mes fils, l'un commandant toujours à Saumur, l'autre parfaitement noté à son régiment, marchaient d'un pas ferme vers les plus hauts grades. Mais, si nos intérêts personnels étaient satisfaisants, nous avions souvent, le maréchal et moi, des inquiétudes vagues encore sur l'avenir du gouvernement. Nous, placés si près du Roi et des princes, et qui connaissions si bien leur loyauté et leur bon vouloir pour la prospérité de la France et le bonheur de tous, nous étions parfois inquiets des illusions de leur entourage immédiat. La popularité de Charles X n'avait été que temporaire. J'ai dit que les cérémonies du sacre, à travers leur splendeur, n'avaient pu nous dissimuler ce refroidissement. Le ministère Villèle, composé d'hommes intègres, mais ignorant les formes qui dissi-

mulemt ce que le pouvoir a quelquefois de sévère, ou les dédaignant, froissait souvent l'opinion publique. Pour donner une idée de Pabsence d'étiquette qui se faisait remarquer chez quelques-uns des ministres, je vous dirai que le comte de Côrbières^ ayant le portefeuille de l'intérieur et travaillant' un jour dans le cabinet du Roi (c'était encore sous Louis XYTIT, mais tout à la fin de son règne), préoccupé du sujet de ce travail, prenait avec acharnement de fortes prises1 de tabac et posait sa tabatière sur le bureau* dû Roi, qui regardait cette familiarité du coin de l'œil, mais- sans se fâcher cependant, et bientôt ce fut le mouchoir de poche qui vint s'étaler à son tour. « Mais, monsieur de Corbières, dit enfin le Roi, je crois que vous videz vos poches. — Peut-être, Sire, répondit l'autre, mais je crois que cela vaut mieux que de lès remplir. » Le mot fit fortune, car celui qui l'avait prononcé- était d'une intégrité remarquable.

Vous savez qu'après son deuil, Mîadame, duchesse de Berry, qui, par son rang sur lès marches du trône, passait immédiatement après Mme la Dauphine et qui, par la volonté de celle-ci, devait, comme mère du futur roi de France, se mettre en grande évidence aux yeux de tous, Madame, duchesse de Berry, dis-je, recevait beaucoup de monde chez elle. Tantôt, c'étaient des spectacles, tantôt des bals, pour lesquels on briguait à l'envi des invitations.

Ainsi que je vous l'ai dit, c'était moi qui, au nom de Madame, faisais les invitations. Qui saura jamais la multiplicité des soins et des écritures que me valut l'avidité avec laquelle on recherchait les réunion» royales?

Non seulement on voulait être admis au* soirées de Son Altesse Royale, mais y faire introduire parents et amis. Il fallait d'abord avoir été présenté à la Cour,

homme ou femme; les jeunes* filles, seules, étaient dispensées de cette formalité.

Nous alliât» souvent au Gymnase, théâtre qui était sous la protection immédiate de la princesse* et portait son nom. Ceci ajoutait encore à ma position quelque responsabilité, et, sansi avoir la chargé officielle de cenv . seur, je n'aurais pu laisser sciemment représenter une pièce qui eût offert quelque côté soit inconvenant, soit politique.

Au mois de mai, nous partîmes pour JeairdTïears. Au commencement de juillet, je revins seule pour mon service, que jene pouvais jamais abandonner longtemps. La Cour était à Sarat-Ckrad ; j'y allais et j'en revenais à toutes les heures.

Dans les premiers jours d'août, je partis pour Dieppe avec Madame, duchesse de Berry.

Nous revînmes en septembre et je trouvai le maréchal de service à Saint-Cloud, où je m'installai avec lui; à la fin de son trimestre, nous partîmes pour Jeand'heurs, ayant chacun un congé de trois mois qui nous amena au 25 décembre.

De grandes chasses et un nombreux concours d'amis animèrent beaucoup cette période; mais je n'en jouis pas autant que de coutume, parce que je souffrais dans ma santé.

Du côté gouvernemental, tout semblait menacer pour un peu plus tôt ou un peu plus tard, sinon encore la dynastie régnante-, au moins sa sécurité. J'ai dit que le ministère Villèie était impopulaire, malgré son honnêteté avérée et l'intelligence financière du ministre principal» L'indemnité accordée en compensation de la vente des biens nationaux était, d'une part, une mesure réparatrice ; de l'autre, elle était politique, en ce qu'elle assurait.

la sécurité des acquéreurs, si souvent menacés par les propos du parti contraire; mais, je l'ai dit, on ne mettait aucune forme dans les mesures prises à cette époque : aucun palliatif n'était accordé à l'opposition. Ne l'auraiton pas fort adoucie, par exemple, en décidant, en même temps que l'indemnité en question, la réintégration des appointements retranchés de moitié à tous les membres de la Légion d'honneur depuis la première invasion ? Cette réduction avait été alors de force majeure; on avait déjà commencé à réparer les effets de cette rigueur; mais n'eût-il pas été bon de prendre de suite une mesure définitive en faveur de ces défenseurs du pays, qui n'avaient pas compté avec leur sang? N'eût-ce pas été justice? Quelques-uns ne trouvaient pas cette mesure impossible, et, mise en regard de l'autre disposition, elle l'eût peut-être fait accepter plus facilement, même par l'opposition.

Plusieurs lois impopulaires, rejetées particulièrement par la Chambre des pairs, avaient discrédité le ministère, et cependant il marchait sans avoir l'air de s'inquiéter de rien.

Nous arrivâmes de Jeand'heurs à Paris, à la fin de décembre. A peine descendus de voiture, nous vîmes arriver le comte Charles de Mornay, aimable jeune homme que le maréchal affectionnait et qui faisait partie de son état-major. « Eh bien ! quelles nouvelles, Mornay? lui dit le maréchal. — La plus importante, lui répondit-il, c'est qu'on débaptise les maréchaux de France. — Qu'est-ce à dire? — Le nouvel ambassadeur d'Autriche, comte d'Apponyi, a ouvert ses salons, mais il n'entend y admettre les grands dignitaires de l'Empire que sous leur nom de famille, et leur supprime d'autorité ceux des dotations étrangères établies dans les pays

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que nous avons conquis. — Allons donc! reprit le maréchal, c'est impossible. » On parla d'autre chose et nous fûmes nous coucher.

Le lendemain, pendant que j'étais après dîner dans le cabinet du maréchal qui y fumait sa pipe, l'on nous apporta nos lettres, parmi lesquelles se trouvaient deux invitations de bal dudit ambassadeur pour le maréchal et moi; le nom de Reggio n'y figurait pas. Je me récriai; le maréchal ne me répondit pas. Ce calme m'étonna, mais tout me fut expliqué, lorsque je le vis revenir le lendemain matin d'une course qu'il avait été faire après déjeuner, a Je viens, me dit-il, de chez le ministre des affaires étrangères (brave et excellent homme, plein de bon vouloir, mais vivant comme ses collègues de portefeuilles, un peu étranger aux idées actuelles de la majorité) ; je l'ai mis dans ses petits souliers en lui disant que je comptais provoquer son ambassadeur d'Autriche, s'il persistait à vouloir faire le maître chez nous. Damas me connaît, et tout tremblant, tout ému, il m'a prié de ne rien faire, ni rien écrire, qu'il n'ait été communiquer la situation au Roi; j'ai consenti à patienter. »

Ce fut une longue histoire, mes enfants; mais je vais vous en faire l'analyse.

Tous les maréchaux ayant des titres autrichiens s'émurent et s'adressèrent au Roi. Le public s'empara de la question, et le mécontentement dont vous avez pu voir plus haut les débuts s'en augmenta. L'on portait votre père aux nues, et l'on vint l'avertir que, s'il était reconnu aux spectacles, où il allait souvent passer une heure, il serait applaudi! Vous comprenez qu'il s'abstint de ce plaisir pendant quelque temps. De leur côté, le comte et la comtesse d'Apponyi cherchaient à apaiser l'orage qu'ils avaient soulevé.

Tout n'<en resta pas là ; l'opinion de ia.eociété de Paris se partagea à l'occasion de cet incident. Une faible minorité était pour l'Autrichien, qui cependant voulut tenter la fortune en donnant, à quelques jours de là, ton nouveau Lai. Mal lui en prit; l'armée et notamment les gardes du corps s'abstinrent; le plus grand nombre des notabilités suivirent cette impulsion, fort approuvée par M. le Dauphin, qui s'était prononcé très vivement en faveur de la question française. Aucun Oudinot ne mit jamais les pieds à l'hôtel de l'ambassade autrichienne, quoique l'ambassadeur eût déclaré s'être trompé en refusant le titre de Reggio au maréchal Oudinat; mais comme il avait ajouté que ce titre provenait du Reggio de CjJabre <et non du Reggio autrichien (ce qui était vrai) , la question jresta la même pour le maréchal et sa famille, car c'était le principe, plus que le fait personnel, que combattait le maréchal.

Le discrédit du ministère allait croissant et réagissait d'une manière visible sur les sentiments de la généralité pour la famille royale. Le maréchal, plus qu'aucun autre, pouvait le remarquer, lui qui était à Ja tête de la milice bourgeoise de Paris, pour laquelle le pouvoir semblait s'être de plus en plus refroidi, a Sire., disait-il parfois à Charles X, la garde nationale, qui aujourd'hui ne se sent plus nécessaire, comme dans les jours néfastes où elle seule maintenait le repos dans Paris, n'est soutenue, dans son service d'aujourd'hui, que par la confiance qu'elle croyait avoir inspirée et qui lui a valu, pendant un temps, les bonnes grâces de Votre Majesté. Ces bonnes grâces semblent lui échapper peu à peu ; le Roi ne la réunit plus comme par le passé, alors qu'elle était si fière d'être inspectée par son général en chef revêtu de son uniforme, et je ne sais jusqu'où irait son découra-

gement «i elle n'était xanimée, tous les ans, par la journée qui met sous sa responsabilité exclusive le Roi et sa famille ! ! >»

Pour expliquer ee discours, je dois revenir sur un fait qui remontait au 12 avril .18x4, jour de l'entrée de M. le comte d'Artois à Paris. Comme lieutenant général du royaume , il s'était engagé vi&rà-vis de la garde nationale, la seule force armée du moment, à lui accorder chaque année, à pareil jour, le .privilège de garder le souverain, en mémoire de cette journée où elle exerçait ce glorieux service. Et en -effet, la garde royale pour l'extérieur, les gardes du corps pour l'intérieur des Tuileries, malgré la contrariété que peut-être ils en éprouvaient, étaient obligés de céder leurs postes au jour dit à la garde nationale. C'était son commandant en chef qui posait partout les sentinelles, donnait le mot d'ordre et remplissait la charge de capitaine des gardes. En un mot le Roi, sa famille, sa résidence étaient entièrement livrés, pendant vingt-quatre heures, à la milice parisienne.

Rien n'avait fait pressentir jusqu'ici qu'on pût lui retirer cette marque d'insigne confiance, et c'était, vis-àvis des officiers que le maréchal recevait depuis douze ans à sa table chaque jour, le :seul argument puissant dont il eût à se servir, depuis longtemps, pour relever un peu les esprits de son monde.

On en était arrivé ainsi jusqu'au mois d'avril 1827, lorsqu'un matin le Roi dit au maréchal, qui était encore revenu sur tout ce qui précède :: « Eh bien ! sortons de cette situation, mon cher maréchal. Vous me reprochez de ne point avoir réuni votre troupe depuis longtemps? — Oui, Sire; je trouve xpi'il faut, ou nous remercier en nous renvoyant poliment chacun chez nous, ou nous con-

tinuer les marques de confiance que nous n'avons cessé, si je ne me trompe, de mériter. — Eh bien, préparez une revue au Champ de Mars pour le 29 avril. »

De suite le maréchal donna ses ordres aux officiers, bien choisis et plein de zèle, qui composaient son étatmajor. Les chefs des treize légions de la garde nationale, y compris celle de cavalerie, commandée par le duc de Fitz-James, furent prévenus de cette disposition dont chacun sentit l'importance.

L'anniversaire du 12 avril suivit de près la décision du Roi et précéda de quinze jours le grand événement.

Jamais le Roi ne fut plus aimable pour tout le service de la garde nationale qu'il ne le fut ce 12 avril : on parut charmé les uns des autres, et votre père revint chez lui satisfait de sa nuit blanche. Jamais il ne dormait durant les vingt-quatre heures de sa responsabilité.

Avec la facilité ordinaire de son caractère, Madame, duchesse de Berry , me dispensait le plus possible de mes obligations près d'elle ; mais je tenais essentiellement à être témoin de cette revue, à laquelle les princesses se préparaient depuis quelques jours avec une inquiétude croissante dont je ne me rendais compte que par la mine effarée et les demi-mots que je saisissais, çà et là, chez les habitués. Il était évident pour moi qu'ils cherchaient, dans leur aveuglement, à préparer Leurs Altesses Royales à voir et à entendre des manifestations hostiles de la part de vingt mille hommes réunis en armes au Champ de Mars.

Cependant, l'on partit aux jour et heure dits; je pris place dans la calèche qui suivit celle du Roi et de sa famille.

Les tertres du Champ de Mars étaient littéralement couverts d'un peuple évidemment turbulent et agité.

L'on ne pouvait distinguer clairement les cris qu'il poussait. Le soleil était splendide et faisait briller les baïonnettes nombreuses et immobiles rangées en ligne dans le Champ de Mars. Les calèches s'arrêtèrent sous le balcon de l'École militaire. Le Roi et M. le Dauphin, seuls, en descendirent pour montera cheval. Le maréchal, saluant de l'épée avec cette grâce militaire qui lui appartenait, était venu recevoir le Roi, et bientôt tout le brillant état-major s'éloigna pour parcourir les rangs des treize légions, qui s'étendaient au loin dans ce vaste parcours.

De nombreux vivats se firent bientôt entendre ; mon cœur battait violemment ; il eut à subir bien des alternatives, selon les rapports que divers officiers, s'échappant de l'escorte, venaient faire, tantôt à moi, tantôt à ma compagne de voiture. Nous n'étions pas, elle et moi, de la même opinion sur la garde nationale, et comme, parmi ces messieurs, il y avait aussi division, le sens de leurs paroles s'en ressentait.

Tout va généralement bien, me disaient ceux de mon bord; ce que vous entendez en grande majorité, ce sont les cris de : Vive le Roi ! — Il y a des cris séditieux, disaient les autres. Ceci me faisait d'autant plus de peine que cette espèce d'accusation ressemblait un peu à ce genre de triomphe qui dit : « Vous voyez bien, j'avais raison. »

Cependant, elle prit fin cette éternelle revue, et, toute palpitante, je vis revenir au galop le Roi, mon mari et toute la troupe dorée. Après avoir été saluer gracieusement les princesses, Sa Majesté poussa son cheval contre la voiture où je me trouvais, et, avec un accent que je n'oublierai jamais : a Eh bien ! chère duchesse, me dit-il, le maréchal est content et moi aussi ; au total, il y a bien plus de bon que de mauvais. » Et, toute

remise, je revins au pavillon Marsan, où ma princesse venait de rentrer. Elle m'aborda avec un visage bouleversé et une agitation fébrile. « Quatre-vingt-treize! » me dit-elle. Stupéfaite de ces paroles qui allaient si peu avec ce que je venais de voir et d'entendre, j'allais lui demander une explication, lorsqu'elle me la donna en ces termes : « Nous avons entendu, ma sœur et moi, venant de la population réunie au Champ de Mars, des paroles menaçantes ; elles se sont renouvelées sur notre parcours, et vous savez que, dans les rangs de la garde nationale, le Roi a été insulté, etc. »

J'essayai de calmer cette effervescence; mais, voyant que mes efforts étaient inutiles, et succombant sous tant d'émotions et de fatigue, je rentrai chez moi, où bientôt me rejoignit mon mari. Voici ce qu'il me dit : a Le Roi, escorté, ainsi que vous l'avez vu, par nous tous qui étions à cheval autour de lui, nous rassembla dans la cour des Tuileries et nous dit , avant de mettre pied à terre et de rentrer : « Eh bien ! messieurs, il y a plus de « bien que de mal dans tout ceci. » Sa figure allait avec ces paroles. Il nous congédia, mais je remontai avec lui pour lui demander instamment de m 'autoriser à rédiger et à lui soumettre un ordre du jour à insérer sans retard au Moniteur. « Il faut, Sire, dis-je, que justice soit faite « publiquement, comme a été publique la situation d'aua jourd'hui. Il y a eu beaucoup de bien et peu de mal, « ainsi le reconnaît Votre Majesté ; mais il faut que ce « fait soit proclamé en tous lieux, et que le petit nombre « de factieux qui ont osé mêler leurs voix isolées à la « grande voix qui acclamait le Roi, soit signalé au monde « entier. » Mon avis eut l'air d'être goûté et le Roi me dit : « Revenez ce soir à l'ordre avec votre projet, à «t neuf heures. »

a Si je suis écouté, ajouta le maréchal, tout pourra « encore bien aller. »

Nous causâmes longtemps, votre père et moi; puis, il s'occupa de l'affaire en question, et la journée s'écoula sans que nous «fussions instruits de, ce qui s'était passé dans Paris, à la suite de la revue.

Il paraît que, après la rentrée du Roi et de la Cour,, les treize légions de la garde nationale ayant repris r tambours -en tête, les directions de leurs quartiers respectifs, il se produisit un grave incident.

Tout Paris était dehors ; le jardin des Tuileries, notamment, débordait de monde. Le vicomte de Sambucy, homme dévoué entre tous à la dynastie régnante, à la tête de la légion dont il était colonel, la ramenait du Champ de Mars au Marais, et l'avait d'abord dirigée de la place Louis XV vers la rue Royale ; mais, voyant cette rue obstruée par la foule, il conçut la fatale idée de faire un à droite et de porter ainsi sa troupe dans la rue de Rivoli. Le bruit du tambour, joint à l'effervescence qui, dans cette journée, agitait toutes les têtes, fit porter la foule énorme, répandue dans le jardin des Tuileries r sur la terrasse des Feuillants qui longe, comme on le sait, le ministère des finances, alors résidence de M. de 'Villèle, et qui l'ignorait 1

Par un hasard malheureux, un huissier de ce ministère, attiré par le bruit, s'était mis au balcon. On le prit pour le ministre lui-même; il y avait, dit-on, une certaine ressemblance.

A sa vue, un cri de : 0 A bas Villèle ! » parti d'on ne sait où, se fit entendre. Hélas ! il ne resta pas isolé et fut répété un peu par la troupe, marchant au pas accéléré, et presque unanimement par la foule du jardin.

Cette démonstration porta au comble le mécontente-

ment du président du conseil. Il accourut chez le Roi en lui dépeignant, dit-on, cette dernière circonstance comme un attentat qui, partant d'une troupe armée pour sa défense , devait amener une répression immédiate et exemplaire. Et il resta cependant dans l'opinion que la masse des cris partait du peuple !

Quoi qu'il en fût, ce rapport, qui suivait de quelques instants la conversation du Roi avec le maréchal, changeait bien des choses, et lorsque le soir, d'après les ordres qu'il avait reçus, votre père se présenta dans le cabinet du Roi, il le trouva dans un trouble extrême, partagé par tout son entourage. Le projet d'ordre du jour, regardé comme si urgent par le maréchal, fut ajourné sans motifs plausibles, et ce dernier rentra chez lui désolé, parce que cet ajournement, détruisant l'àpropos de la mesure, en annulait l'effet; le maréchal n'allait cependant pas jusqu'à prévoir ce qui devait suivre.

J'avais passé une mauvaise nuit; mais d'assez bon matin je sonnai Mme Pils qui, sans préambule, m'aborda par ces paroles : a Madame la duchesse, il n'y a plus de garde nationale dans Paris. »

Je croyais rêver, lorsque le maréchal vint bientôt me révéler cette triste histoire. Il dormait ou ne dormait pas vers minuit, lorsque Pils introduisit chez lui un gendarme" porteur d'une lettre du ministre de l'intérieur. Je n'en ai pas l'original, mais je crois me rappeler qu'elle était conçue à peu près en ces termes :

« Monsieur le Maréchal,

a J'ai l'honneur de vous prévenir, de la part du Roi, que la garde nationale de Paris vient d'être dissoute. « J'ai l'honneur d'être, etc.

« Signé: CORBIÈRES. »

Le maréchal fut de nouveau interrompu, et, cette fois, c'était par le lieutenant général comte Coutard, commandant la division de Paris. Celui-ci était visiblement ému. « Je viens vous supplier, monsieur le maréchal, dit-il, de vouloir bien me donner un ordre signé par vous, et qui seul pourra m 'aider à exécuter les ordres que moi-même je viens de recevoir. — Que voulez -vous dire, mon cher Coutard? — Ce que je veux dire, reprit celui-ci, c'est que j'ai mission de faire relever par ma troupe de ligne tous les postes occupés par votre garde nationale, et cela, cette nuit même. Or, les premiers postes que j'ai voulu faire remplacer se sont refusés à reconnaître une autorité autre que la vôtre. — Je n'ai qu'une chose à vous répondre, reprit le maréchal, lisez : puisqu'il n'y a plus de garde nationale, il n'y a plus de commandant ni de commandement. Je comprends la difficulté de votre position, mais je n'y peux rien. »

Dès le lendemain matin, l'on enleva, à l'ébahissement des passants, ces mots écrits sur l'hôtel que nous habitions : « État-major de la garde nationale » , et nous pensâmes à chercher gîte ailleurs.

Vous dire ce qu'il s'ensuivit de ce grand événement, cela n'est pas possible ; vous saurez seulement que le gouvernement et la Cour, que tous les partisans de la mesure enfin se trompèrent étrangement sur l'effet qu'elle produisit. Les uns prirent le morne silence qui succéda à l'événement du 29 avril pour de la soumission ; les autres se dirent, en se frottant les mains : « Voyez, ils sont enchantés d'être quittes des charges de ce service. » L'on ignora ou l'on ne tint pas compte d'un fait cependant bien significatif; le voici :

L'on nous dit qu'à la Porte de Saint-Denis fut suspendu, je ne sais comment, un grand tableau représen-

tant un uniforme de garde national avec ces mots en grosses lettres :

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