DUC DE REGGIO CHAPITRE PREMIER
Famille d'Oudinot. — Sa naissance. — Son caractère fougueux. — Sa vocation militaire. — Ses débuts. — Il réprime une émeute. — Son ascendant sur ses concitoyens. — Il est nommé commandant du 0" bataillon des volontaires de la Meuse. — La guerre à la frontière du Rhin. — Ses premiers succès. — Colonel à vingt-six ans. — L'attachement de ses hommes pour lui. — Il empêche l'émigration des officiers nobles. — Succès à Haguenau et grave blessure. — Général après l'affaire de Kaiserslautern. — 11 a la jambe cassée à la prise de Trêves. — Il reçoit cinq blessures à la seule affaire de Neckerau. — Il charge le bras en écharpe à Ettenheim. — Campagne de Suisse. — Il est nommé général de division. — Arrivée à l'armée de son fils Victor, Agé de huit ans. — Part d'Oudinot à la victoire de Zurich . — Il sauve avec autant d'adresse que de générosité les émigrés de Constance. — Son éloge par Masséna. — Sa fermeté au siège de Gênes. — Il s'empare d'un canon à Moniembano. — Enthousiasme des habitants de Bar-le-Duc pour leur glorieux concitoyen. — Le camp de Boulogne. — Le dévoué serviteur Pils. — Son fils le peintre Isidore Pils.
Parmi les vaillants que la Révolution fit surgir soudain de l'obscurité et qui éblouirent si longtemps le monde des éclairs de leur épée, il en est un qui, de l'aveu de tous, apparaît environné de l'auréole très pure réservée à ceux qui, non seule-
ment prodiguent leur sang pour le triomphe et la gloire de leur patrie, mais encore savent associer à la bravoure et au dévouement une âme élevée, des sentiments' toujours désintéressés et un caractère irréprochablement loyal. Si, après vingt ans de guerre, on avait demandé à ces vétérans fameux de nommer le plus intrépide d'entre eux, leur embarras à répondre eût été sincère, car alors l'intrépidité était chose commune; si Ton avait voulu connaître le plus habile, chacun aurait sans doute ambitionné la seconde place après le guerrier sans rival, tant la bonne opinion que les hommes ont d'eux-mêmes se révèle aisément ; mais à cette question : quel est le plus généreux, le plus délicat, le plus chevaleresque? il n'y aurait eu qu'une voix pour dire bien haut : celui-là, c'est le maréchal Oudinot, duc de Reggio !
Nicolas-Charles Oudinot appartenait à ce pays meusien, frontière de la Champagne et de la Lorraine, que le voisinage de l'étranger et la menace incessante d'une invasion entretiennent perpétuellement dans un patriotisme fiévreux. Il était fils d'un très honorable négociant qui exerçait la profession de brasseur, et avait pour oncle maternel M. Adam, maire de Bar-le-Duc, sa ville natale. La maison où il naquit, le 25 avril 1767, est une demeure d'aspect sévère, située dans la ville basse, où sont les quartiers commerçants. Elle se baigne dans le canal dont les eaux alimentent les usines riveraines; du côté opposé, la façade s'ouvre au pied d'un coteau escarpé, où grimpent les
habitations qui vont se développer, sur la crête, parmi les rues aristocratiques de la ville haute. Devant la porte aboutit une voie raide et difficile, où il a fallu tailler de larges marches et que Ton appelle, d'un nom significatif, le Chemin des quatre-vingts escaliers.
L'enfance du jeune Charles fut turbulente et indisciplinée. Quoique bon, affectueux, sensible comme on disait alors, il montrait déjà des marques de ce caractère bouillant et fait pour commander qu'il conserva toute sa vie. Sa volonté de fer, qui lui donnait une endurance et une ténacité si précieuses, s'accommoda toujours mal de la résistance et de la contradiction.
Plus tard il aimait lui-même à conter, dans ses causeries familières, une anecdote comique où avait éclaté l'impétuosité de sa nature; la voici telle que les siens l'ont recueillie de sa bouche ; elle remonte au printemps de 1794. Hébert, le substitut du procureur général de la Commune dont il est ici question, était monté sur l'échafaud le 24 mars de cette année. Ses idées ne plaisaient point à Oudinot qui, tout en servant la République, avait des opinions modérées.
« C'était après ma blessure de Haguenau », disait le maréchal, « je revenais de l'armée, ayant la tête ouverte et recollée seulement par des bandages, qui me rendaient presque aveugle. J'étais alors colonel de la 4e demi-brigade et j'avais obtenu un congé de convalescence, que je passais chez mon père. Un jour s'assit à notre table
un commensal qu'on recevait à titre de parent. Il arrivait de Paris où il était, je crois, quelque chose dans les affaires. Aussi le voilà qui discourt éperdument sur la politique ; pour moi, sans mot dire, je mangeais comme on mange quand on est fracassé. Mon Parisien continuait, exaltant le Comité révolutionnaire et débitant mille horreurs, à ce point qu'il en vint à se vanter de conserver, comme une relique, un morceau delà pantoufle d'Hébert. J'étais toujours silencieux, rongeant mon frein d'indignation et sentant, à la longue, la patience m'échapper. Enfin, on apporta sur la table un plat large, creux, tout plein de haricots dorés et fumants. Ce fut comme un signal : j'allonge la main jusqu'à ce plat, je le soulève vivement et vlan ! vlan ! je lance la potée de haricots à la tête de l'ami d'Hébert. Je laisse à penser ce que devint mon père, lui, si hospitalier! Quant au Parisien, il se leva et s'en fut se débarbouiller. »
La maturité ne devait pas éteindre cette ardeur. Onze ans plus tard (en juillet 1805), au camp de Boulogne, l'Empereur passait en revue les grenadiers, qu'Oudinot commandait en chef. Les manœuvres terminées, le général voulut défiler, à la tète de ses troupes, devant Napoléon. Mais le cheval qu'il montait regimba sous l'éperon et refusa d'avancer. Après une courte lutte, Oudinot exaspéré lui transperça le cou de son épée si violemment que la bête rétive s'abattit, comme une masse, sur le sol. Le soir, on dînait à la table impériale :
« Est-ce de cette manière que vous arrangez vos chevaux? » demanda Napoléon,
— Sire, quand on ne sait pas obéir, voilà ma méthode. »
Une nature aussi fougueuse ne pouvait pas supporter l'existence sédentaire que la mère du jeune homme aurait voulu lui voir mener auprès d'elle, vœu d'autant plus explicable que Charles était le dernier survivant de plusieurs enfants. On l'avait destiné au commerce. Mais à peine eut-il atteint sa dix-septième année que son irrésistible vocation s'éveillait et, dès 1784, il s'engageait dans le régiment de Médoc-infanterie en garnison à Perpignan. Il se plaisait à raconter qu'il avait monté là sa première garde à la porte du maréchal de Mailly. Mais après cette séparation, bien dure à ceux qui l'aimaient, une affectueuse déférence pour les sollicitations maternelles le ramena au logis.
C'est pendant son voyage de retour que lui arriva l'aventure suivante. Il la contait par la suite avec beaucoup de bonhomie, et la duchesse de Reggio, veuve du maréchal, l'a conservée dans des souvenirs inédits, écrits pour ses enfants et auxquels le présent ouvrage fera des emprunts considérables :
Il était parti à seize ans, comme vous savez, soldat au régiment de Médoc, alors en garnison à Perpignan, où il se trouvait encore lorsque son père, en rachetant son congé, l'obligea de revenir à Bar. Il venait de débarquer du coche d'eau, sur le quai de Mâcon, lorsqu'une
mère et une sœur, qui attendaient un voyageur, se jetèrent à son cou et l'accablèrent de démonstrations. Il se laissa, dit-il, bien embrasser; et, après les avoir remerciées d'un si bon accueil, il les engagea à revenir le lendemain attendre celui auquel il ressemblait tant; mais il ne les quitta pas sans avoir pris leur nom, qu'elles lui donnèrent de grand cœur. Il marcha vers Bar, tout plein du souvenir de cette aventure, qui rendit plus piquant l'accueil étrange qui l'attendait dans la maison paternelle, où personne ne voulut le reconnaître, tant il s'était fortifié pendant les deux ans de son absence, et tant le soleil du Midi avait bruni son teint.
« Non, ce n'est point là notre Dou-dou », s'obstinait, à dire sa grand'mère, qui fut la dernière à reconnaître, dans ce beau jeune homme, l'enfant qu'on avait vu partir avec tant de regrets.
« Dix ans plus tard, continua le maréchal, repassant par Mâcon comme général de division, chef d'état-major de l'armée d'Italie, je fis arrêter ma voiture chez cette mère et cette sœur adoptives dont je n'avais pas oublié le nom. Ce fut à leur tour de ne pas me reconnaître, mais je finis par prouver mon identité. »
A vingt ans Oudinot avait donc momentanément déposé l'uniforme; ses parents, caressant toujours leur rêve bourgeois, l'envoyèrent à Nancy dans l'espoir qu'il s'y formerait au négoce. Mais, incapable de se plier à des travaux antipathiques, il revint à Bar, où les premiers événements de la Révolution ne tardèrent pas à lui fournir l'occasion de se révéler. Une compagnie soldée, constituée dans cette ville en 1789, plaça à sa tête l'ancien soldat du régiment de Médoc avec le grade
de capitaine (14 juillet), et le nouvel officier prouva, peu de jours après, par sa décision et son énergie, combien il était digne d'un tel choix.
De longues privations, causées par deux mauvaises récoltes consécutives, avaient cruellement maltraité la population de Bar : le chômage fermait les ateliers ; les approvisionnements faisaient défaut ; les vivres étaient hors de prix. Un riche marchand de grains, nommé Pélissier, qui passait pour un accapareur, était rendu responsable de tout le mal et devait être bientôt l'objet de la vengeance populaire. Comme il traversait un jour la place de la ville haute, au milieu d'une foule surchauffée et grondante, il fut soudain menacé, assailli, entraîné par mille bras. Les clameurs parviennent à Oudinot, qui était tranquillement alors à la maison paternelle, dans la ville basse, bien loin de là, ignorant la bagarre. Aussitôt le voilà en selle; il enlève son cheval et, au risque de se rompre les os, il lui fait escalader précipitamment ce chemin des quatre-vingts escaliers qui aboutit devant sa demeure et qui mène sur le plateau, là où il y a, en ce moment, un péril à affronter et un être humain à secourir. Bien qu'ayant pris la route la plus courte, il arrive trop tard pour empêcher le meurtre de Pélissier, mais il impose silence aux meneurs par la fermeté de son attitude et de son langage ; il apaise peu à peu les esprits et du moins son intervention, en arrêtant l'émeute, prévient sans douté de plus grands malheurs (27 juillet).
Deux mois après, avec cette belle confiance
qu'il avait dans la vie, le capitaine se mariait, bien qu'il eût à peine vingt-deux ans, bien qu'il ne fût pas riche et qu'il fût loin de prévoir encore son éclatant avenir. Mlle Charlotte Derlin, qui n'était pas fortunée non plus et qui montra un désintéressement égal au sien, lui donna vingt ans de bonheur et fut mère de nombreux enfants : on verra plus tard comment les fils s'illustrèrent dans la carrière de leur père.
Chaque année apportait à Oudinot une nouvelle marque de l'estime croissante que ses concitoyens professaient pour lui. Le 6 novembre 1790, il fut nommé chef de légion, commandant la garde nationale du département. Plus tard, lorsque, dans la généreuse exaltation du pays, les patriotes surgirent de tous côtés pour répondre aux menaces des étrangers contre la France, ce fut vers lui encore que se tournèrent les regards. Désigné, à la majorité des suffrages, comme chef du 3e bataillon des volontaires de la Meuse (6 septembre 1 791), il sut bientôt gagner l'affection de ses hommes par son respect pour la justice et par son autorité bienveillante ; en vivant au milieu d'eux, en les éclairant par son exemple, il parvint à discipliner leur courage, à les animer de l'esprit militaire dont lui-même était tout imprégné et à les préparer dignement aux luttes gigantesques qui allaient suivre.
1792! L'heure sonnait où l'on allait recueillir les fruits de ces soins et de cette prévoyance. Le vieux monde accourait pour étouffer le monde
naissant; Prussiens et Autrichiens, avant-garde et délégués du reste de l'Europe, se ruaient sur la France ; tous les patriotes étaient debout. . Le 3e bataillon de la Meuse fut envoyé sur l'un des points les plus menacés, à la frontière du Nord- Est. Alors commença pour Oudinot cette vie enivrante et terrible qu'il adorait, vie d'abnégation, d'angoisses cruelles et de joies savoureuses, où sa nature versait le trop-plein de son activité débordante : trois ans de suite, l'hiver, l'été, entre la Moselle et le Rhin, dans les plaines de l'Alsace ou dans la rude région des Vosges, il guerroie là où la lutte est le plus acharnée, ballotté de péril en péril, disputant le terrain pied à pied, avançant ou se dérobant à travers d'abrupts sentiers de montagnes, tour à tour vainqueur et vaincu, empoignant le Palatinat et le Luxembourg, pour les lâcher trop tôt, hélas ! mais ne les lâchant que pour les reprendre et les reprendre encore tout à l'heure, toujours soutenant ses soldats et les entraînant sans relâche, dédaigneux des partis qui divisent les hommes politiques, oubliant tout pour ne voir que la grande image de la patrie et ne retournant embrasser sa jeune femme et son premier-né au berceau qu'à de rares intervalles, lorsque des blessures trop graves arrachent l'épée de sa main défaillante. Tel il se montra dès l'abord dans cet apprentissage de la guerre et tel il devait rester dans le cours de sa carrière si accidentée.
Il est difficile de suivre nos héros pas à pas au début de ces campagnes ; pourtant on peut citer
io LE MARÉCHAL OUDINOT.
leurs combats les plus importants, d'après l'historique du troisième bataillon de la Meuse, puisé aux archives du ministère de la guerre.
Le 25 décembre 1792, le troisième bataillon soutient le feu à Vaverenne, près de Trêves. Le 9 juin 1793, il entre victorieux dans Arlon. Le 20 septembre, il couvre la ville de Bitche, poursuit l'ennemi et l'inquiète dans sa retraite. C'est ce jour-là que commença pour Oudinot cette longue série de blessures qui allaient poinçonner sur son indestructible corps un réseau de cicatrices : il reçut un coup de sabre à la tête. Un mois plus tard, il se vengeait par un succès à Saverne et campait le lendemain en avant de cette ville, au pied des monts, à Saint-Jean des Choux.
Une si valeureuse conduite ne pouvait manquer d'attirer l'attention sur le jeune commandant. Quinze jours après il était nommé colonel et placé à la tête de la 4e demi-brigade, qu'on venait de constituer avec un des plus brillants éléments de l'ancienne armée, le régiment de Picardie. Ses compagnons d'armes du 3* bataillon de la Meuse le virent partir avec un vif chagrin, dont il reste de précieux témoignages : ce sont douze adresses, toutes spontanées, rédigées par les soldats dans le style naïf et ampoulé de cette époque, où, par un renversement des rôles bien caractéristique de la démocratie, c'étaient les subordonnés qui donnaient des certificats à leur chef; en voici un très touchant par son indéniable accent de sincérité :
Armée du Rhin, 3e bataillon, 4* demi-brigade.
Si joindre au courage d'un soldat les talents d'un chef, à l'amour de la patrie et de son devoir une haine invétérée aux rois et à la tyrannie, à une profession constante des principes les plus purs la pratique des vertus républicaines, est un titre à la reconnaissance de tous les bons républicains, les grenadiers du 3* bataillon de la 4* demi-brigade d'infanterie attestent que personne n'a plus de droit de prétendre aux regrets de ses frères d'armes et à l'estime de ses concitoyens que le citoyen Oudinot, leur chef; que, pendant vingt-sept mois qu'il a été à leur tète, il a justifié leur choix et l'attente de la patrie et que, en régnant sur les cœurs, l'autorité qui lui était confiée par la loi s'accroissait de jour en jour en ses mains par l'ascendant que lui donnaient une intrépidité éprouvée, une valeur calme au milieu du danger et toutes les vertus qui rendent un chef cher à ses soldats et précieux à la République.
Au bivouac, sur les hauteurs de Saint- Jean des Choux, le 5 novembre, l'an II de la République une et indivisible.
Mais tout autre était l'esprit qui animait les nouveaux officiers subordonnés à Oudinot, ceux du régiment de Picardie, nobles d'origine et fortement attachés à leurs souvenirs d'autrefois. Ils souffraient d'avoir pour colonel un homme de naissance modeste, un chef dont ils n'avaient pu encore apprécier les mérites ; un sourd mécontentement grondait parmi eux et beaucoup menaçaient d'émigrer, comme avaient déjà fait tant d'autres de leurs amis. Averti de ces dispositions
hostiles à sa personne, Oudinot rassemble autour de lui tous les officiers et leur adresse cette mâle et brève allocution :
« Messieurs, est-ce parce que je ne porte pas un vieux nom que vous voulez m'abandonner et retourner vers vos anciens chefs titrés? Ou bien est-ce que vous me trouvez trop jeune pour vous diriger? Attendez la prochaine affaire et vous me jugerez. Si vous estimez alors que je me comporte mal au feu, je m'engage à remettre le commandement au plus digne. »
Est-il besoin de dire que, après le combat, nul ne songea à répudier un colonel aussi vaillant et déjà aussi expérimenté, bien qu'il n'eût encore que vingt-six ans? Au contraire, les plus méfiants devinrent les plus dévoués et les plus déterminés à suivre sa fortune.
Un jour, dans sa vieillesse, comme il racontait cette anecdote, quelqu'un remarqua combien il devait aimer ces braves, qu'il avait su si rapidement arracher à leurs préjugés et qui lui avaient pleinement donné leur cœur. « Ah! si je les aimais, s'écria-t-il avec feu... Je le crois bien que je les aimais ! Je les ai tous fait tuer! n Pour lui, la fin la plus enviable du vrai soldat n'était-elle pas une mort glorieuse sur le champ de bataille?
Le 27 novembre, dans un mouvement offensif que faisait l'armée du Rhin pour reprendre les lignes de Wissembourg, une chaude affaire s'engagea en Alsace, dans les bois qui environnent Haguenau. Oudinot, qui remplissait par intérim
les fonctions de général, reçut une balle dans la tête. La blessure fut si grave que la cicatrisation ne s'était pas encore produite trois mois après et que le colonel dut prendre un congé de convalescence, pour aller se reposer à Bar -le -Duc auprès des siens (24 février 1794).
Il reparut un peu plus tard, et ce fut pour sauver une division de l'armée des Vosges qui, sous les ordres du général Ambert, campait à Kaiserslautern et reliait nos lignes de la Moselle à celles du Rhin. On avait dû dégarnir Kaiserslautern pour renforcer l'armée de Sambre-et-Meuse, et le feld-maréchal Mœllendorf, profitant d'un tel affaiblissement, attaqua ce point avec des forces supérieures. Il fallut céder. Mais Oudinot, qui occupait le centre de la position à Morlautern, soutint la retraite avec une si grande énergie et dirigea l'arrière-garde avec tant de sûreté à travers bois, gorges et défilés, que nos soldats purent rétrograder en bon ordre jusqu'à Pirmasens et s'y établir solidement (2 juin). C'est là que les représentants du peuple le nommèrent, quelques jours après, général de brigade en récompense de ce service signalé. Il avait vingt-sept ans.
Cependant nos armées étaient victorieuses en Hollande et dans le Luxembourg, et l'honorable échec de Kaiserslautern ne pouvait nous réduire à la défensive. Le corps dont faisait partie Oudinot fut dirigé sur Trêves. Mais à peine arrivé devant cette place, le jeune général tomba de cheval en exécutant une charge, victorieuse d'ail-
leurs, contre l'ennemi (u août). La chute fut si malheureuse qu'il eut la jambe cassée ; la fracture était particulièrement grave ; les chirurgiens croyaient ne jamais pouvoir le bien guérir et il se voyait avec désespoir éloigné, peut-être pour toujours, du service actif. Dès qu'il put se tenir debout, on le nomma gouverneur de la ville qu'il avait contribué à conquérir. Mais son état de faiblesse ne lui permit pas de remplir même cet office sédentaire. En janvier 1795, il dut, comme l'année précédente, demander à retourner dans ses foyers. Voici le beau certificat qui lui fut délivré en cette circonstance par un chef qui se connaissait en hommes , le général Moreau :
Brave militaire, ayant beaucoup de fermeté, d'un patriotisme pur et bien éprouvé, remplissant les devoirs de son grade avec zèle et intelligence et d'une manière distinguée.
Le général commandant V armée de la Moselle,