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Fleury, Moeurs des chrétiens, troisième partie, $ XIX

2. M. Giiizot, Histoire (fe la civilisation en France^ t. Il, li* loçnn.

espérons, dit-il dans le préambule de sa loi, n'avoir rien prescrit d'Apre ni de pénible. » Et, en effet, il écarte avec soin du plan de conduite qu'il trace pour ses religieux les macérations, les abstinences trop rigoureuses et tout ce qui aurait pu produire sur eux cette exaltation plus bizarre que vraiment édifiante des ascètes d'Orient*.

La nouvelle législation cénobitique fut accueillie avec faveur non-seulement en Gaule, mais dans toute TEurope. Presque partout elle se substitua aux divers codes de discipline qui avaient primitivement régi les

'l. Le mot ascète^ dérivé du grec à9X)jrv}«, signifie ce/ui qui s'exerce. On donnait ce nom à ceux qui volontairement se livraient aux plus rudes exercices de la pénitence.

Au premier rang des ascètes , étaient ces stylites , qui , à l'exemple de Siméon d'Antioche, choisissaient pour demeure le haut d'une colonne ou ils passaient des années entières (plusieurs même y restèrent jusqu'à leur mort) , sans cesse exposés à toute la rigueur et à toute l'inlepapérie des saisons. Us eurent en Gaule quelques imitateurs, mais en petit nombre. Tel fut, entre autres, ce Wulfllaïch dont parle Grégoire de Tour». Lorsque notre historien eut l'occasion de le voir, il y avait plusieurs années déjà que , forcé de quitter sa colonne , il était venu habiter un monastère des environs de Coblentz. Interrogé par Grégoire sur son ancien genre de vie : « Au temps, lui dit-il, où je demeurais sur le territoire de Trêves, j'avais élevé de mes propres mains, près de ma cellule, une colonne sur laquelle je me tenais, les pieds nus, avec d'horribles souffrances. Quand venait l'hiver, la rigueur du froid que j'avais à endurer était telle, que souvent elle fit tomber les ongles de mes pieds , et que l'eau glacée pendait à ma barbe en forme de chandelles. Pour toute nourriture , j'avais un peu de pain et de légumes ; pour boisson un peu d'eau. » Wulfllaïch raconta ensuite à Grégoire de Tours que les évéques du voisinage lui enjoignirent de renoncer à cette vie de stylite, en loi disant : « La voie que tu suis n'est pas la bonne, » et qu'il obéit aussitôt , non sans regret pourtant. L'un d'eux, dès qu'il fut parti, ayant envoyé des ouvriers pour renverser la colonne , le solitaire, à son retour, n'en trouva plus que les mines. « Je pleurai amèrement, dit-il, mais je ne voulus pas réédifier ce

AU VI* SIÈCLE. yi

monastères de rOccidentS et, avant la fin du nu* siècle, elle deviendra, pour longtemps, la règle à peu près unique des communautés religieuses de cette moitié du monde chrétien.

8aiiite Badegonde. — Slle établit le monastère de Sainte-Croix*

Il n'y avait encore en Gaule qu'un très-petit nombre de couvents de femmes, lorsque sainte Radegonde fit bâtir à Poitiers celui de Sainte-Croix. Mais avant de parler de cet établissement monastique , quelques mots d'abord sur l'histoire de sa fondatrice, cette princesse dont la douce et touchante image forme un si étrange contraste avec la barbarie grossière des temps mérovingiens.

qn'on avait détruit, de peur d'encourir le reproche de braver les ordres des évêques. Depuis lors, je me suis contenté d'habiter avec mes fï'ères, ainsi que je fais maintenant. »

Quant aux périls que pouvaient entraîner les excès de la vie ascétique , voici en quels termes ils sont signalés par l'un des plus illustres Pères de l'Église, saint Jérôme : « Il est, dit>il, des moines qui, par l'humidilé des cellules, par des jeûnes immodérés, par ennui de la solitude, par excès de lectures , tombent dans la mélancolie et ont plus besoin des remèdes d'Hippocrate que de nos conseils... J'ai vu des personnes, de l'un et de l'autre sexe, en qui le cerveau avait été altéré par trop d'abstinence, surtout parmi celles, qui habitaient dans des cellules froides et hupides; elles ne savaient plus ce qu'elles faisaient, ni comment se conduire, ni ce qu'il fallait dire ou taire. » (Voy. M. Guizot, ffist, de la civilisation en France, t. II, 4 4* leçon.)

4 . Parmi ces monastères, les uns suivaient la règle donnée anciennement par saint Pacôme aux anachorètes de la Thébaïde ; d'autres celle de saint Basile ; d'autres encore celle qu'avait publiée l'évèque d'Arles, saint Césaire. On verra plus loin que saint Colomban rédigea aussi une règle qui fut longtemps en vigueur dans un assez grand nombre de couvents de la Gaule.

On se rappelle que Clotaire 1" avait accompagné son frère Thierry dans la guerre de Thuringe. La campagne terminée, on procéda, suivant l'usage, au partage du butin et des captifs, et Clotaire eut dans son lot deux enfants de race royale , le fils et la flUe de Bertaire , Tun des derniers rois de la nation thuringienne *. La jeune flUe (c'était Radegonde elle-même) atteignait à peine alors sa huitième année ; mais les grâces naïves ainsi que la rare et précoce beauté de cette enfant produisirent sur le roi de Soissons mie iujpression telle que, dès ce moment, il conçut le dessein d'en faire un jour sa femme. En attendant, il résolut de donner à la noble orpheline une éducation digne de sa naissance, et, dans cette pensée, il l'envoya à son domaine d'Aties, sur la Somme. « Là, dit M. Augustin Thierry", par une louable fantaisie de son maître et de son futur époux , elle reçut , non la simple éducation des filles de race germanique, qui n'apprenaient guère qu'à filer et à suivre la chasse au galop , mais l'éducation raflinée des riches Gauloises. A tous les travaux élégants d'une femme civilisée , on lui fit joindre l'étude des lettres romames, la lecture des poëtes profanes et des écrivains ecclésiastiques. » La vive et pénétrante intelligence de Radegonde et ses progrès de jour en jour plus rapides justifièrent pleinement les soins dont elle était l'objet. En même temps , à mesure qu'elle croissait en âge , on voyait se développer en elle une piété profonde, une ar-

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