‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 9 sur 87 · Yoy. ci-dessus la note 4 de la p · texte numérisé non relu

Yoy. ci-dessus la note 4 de la p

3. On comprend sous la dénomination commune à'iles de Lérins les deux Iles situées en face de la ville de Cannes (déparlement du Yar). Chacune d'elles, au reste, a son nom particulier. La plus grande s'appelle Sainte>Marguerite ; la plus petite Saint- Honorai. C'est dans celle dernirre qu'était bâti le monastère dont nous parlons.

marqué leur origine, soit à cause de l'influence qu'ils devaient exercer sur le développement de la vie monastique, méritent tout particulièrement d'attirer notre attention.

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En 529, saint Benoit de Nursia^ avait fondé en Italie , près de la frontière des Abruzzes et de la terre de Labour , le célèbre monastère du mont Cassin , qui fut comme le berceau de l'ordre des Bénédictins*. C'est là qu'il mit en vigueur la règle qu'il avait instituée et qui porte son nom. Plus tard, l'évèque du Mans l'ayant prié de lui envoyer quelques-uns de ses moines pour propager en Gaule la nouvelle législation cénobitique , Benoît s'empressa d'accéder à sa demande , et quatre religieux , à la tête desquels il plaça saint Maur , le plus chéri de ses disciples , furent désignés par lui pour cette mission. Après avoir reçu les instructions de leur vénérable abbé et un exemplaire de la règle du mont Cassin, ils partirent. Mais comme ils arrivaient sur les bords de. la Loire, on leur annonça que l'évoque qui les avait appelés venait de mourir, et que son successeur paraissait peu disposé à favoriser leur entreprise. Cette nouvelle les jeta dans une extrême perplexité. Ne sachant plus que faire en Gaule , déjà ils se préparaient à reprendre la route

4 . Nursia, aujourd'hui Norcia, lieu de naissance de saint Benoit, est une petite ville de Tllalie centrale , située au pied de l'Apennin, à Test-nordesi de Spolëte (États de l'Église).

2. Aitasi appelés de leur fondateur, Benoit (en latin BeneJictus).

AU Vl« SIÈCLE. 87

des Alpes, lorsqu'un seigneur nommé Florus offrit de leur donner , s'ils voulaient y fixer leur demeure , un de ses domaines situé dans TÂnjou , près des bords de la Loire. L'offre fut acceptée , et les cinq religieux s'étant adjoint quelques moines du pays, allèrent bâtir, au milieu du terrain que leur avait si généreusement concédé Florus, le monastère de Glanfeuil* (643). Élu abbé par ses compagnons, saint Maur les soumit immédiatement à la règle instituée par saint Benoît. Nous allons, en quelques mots, essayer de la faire connaître.

« L'oisiveté, dit le saint législateur, est l'ennemie de l'âme. » D'après ce principe , il détermine heure par heure l'emploi de la journée , qu'il partage entre la prière, le chant des psaumes, les lectures pieuses et le travail des mains. Sept heures sont consacrées au travail et deux à la lecture. La règle ajoute : « Que le dimanche tous s'occupent à lire des livres de piété , excepté ceux qui ont quelque office particulier à remplir. Quant aux frères infirmes ou d'une santé débile , qu'on se contente de leur imposer une tâche ou un emploi tels qu'ils ne soient ni oisifs ni accablés par l'excès du travail. Leur faiblesse doit être prise en considération. >»

Saint Benoît exige des moines la docilité la plus entière envers leur supérieur ou abbé. Quel que soit l'ordre qu'ils auront reçu , ils sont tenus d'obéir sans délai comme sans murmure. De plus , toute propriété

i . Ce moBaslére prit dans la suite le nom de Saint-Maur-sur-Loire. On en voit encore aujourd'hui les ruines dans le bourg de Saint-Maur, situé sur la rive gauche de la Loire, A 32 kilomètres à Touest-nord-ouest de Saumur.

88 LA VIE XONASTIQUE

leur est formellement interdite, et, à moins que l'abbé ne les y autorise , ils ne peuvent ni donner ni recevoir ou posséder quoi que ce soit; « car, dit la règle, il ne leur est pas même permis d'avoir en leur propre puissance leur corps et leur volonté. »

Jusqu'alors les moines de TOccident ne se liaient par aucun engagement formel. A l'exemple de saint Basile, qui, au iw* siècle, avait été le législateur monastique de rOrient*, saint Benoil astreignit les religieux à des vœux solennels et irrévocables. D'après le nouvel institut , quiconque veut embrasser la vie cénobitique, doit promettre, à la face des autels et en présence de toute la communauté, non -seulement de rester toujours somnis à la discipline de la maison , mais , en outre , de ne jamais chercher à quitter le séjour du cloître, pour rentrer dans le siècle. Cette promesse, il faut qu'il l'écrive de sa main et qu'il la signe de son nom. Il ne peut la violer, sans encourir les anathèmes de l'Église.

Par une conséquence naturelle de la perpétuité des vœux et pour empêcher qu'on ne les prononçât à la légère, saint Benoît institua le noviciat. C'était un temps d'épreuves qui ne durait pas moins d'une année, et pendant lequel on donnait plusieurs fois lecture au novice de la règle de la maison, en lui répétant, à chaque fois , ces paroles : « Voilà la loi sous laquelle tu veux vivre et combattre; si tu te crois la force de

4 . C'est saint Basile qui , le premier , introduisit dans la vie cénobitique l'obligation des vœux perpétuels. (Voir, sur cet illustre Père de l'Eglise, la belle étude de M. Villemain dans son Tableau dé l'éloquence chrétienne au iv* siècle.)

l'observer , entre ; sinon , va en liberté. » Celui qui persévérait dans sa résolution était admis , à Texpiration de son noviciat , à prononcer ses vœux. C'est ce qu! on afpeleit faire profession. Dès lors, enfermé, enseveli, pour ainsi dire, dans le monastère, comme un mort dans son sépulcre^ il était, en quelque sorte, perdu pour sa famille, pour ses amis, pour le monde.

Suivant la règle bénédictine, aux religieux euxmêmes appartient le droit de choisir leur abbé. Quant à celui-ci , bien que son autorité soit absolue , il doit toujours pourtant prendre l'avis des frères. Dans les choses d'un intérêt secondaire, il peut se borner à consulter les anciens. Mais toutes les fois qu'il s'agit de quelque affaire importante, il faut qu'il convoque toute la communauté et demande à chacun son sentiment, |}arce que Dieu révèle souvent au plusjemie ce qui vaut le mieux. Les frères sont tenus de donner leur avis en toute soumission , et sans chercher à le soutenir avec opiniâtreté. C'est ensuite à l'abbé à prendre une décision, et tous doivent obéir à ce qu'il a jugé équitable et salutaire.

Telles sont les dispositions principales de la règle de saint Benoît. Ce qu'on remarque surtout dans les nombreux chapitres dont elle se compose , c*est un caractère tout particulier de bon sens , de sagesse et de douceur. « La pensée morale et la discipline générale en sont sévères ; mais dans le détail de la vie , elle est humaine et modérée*. » Telle avait été, au reste, la pensée de saint Benoît lui-même. « Nous

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