CARIBERT. — SI6EBERT I". — GUERRES CIVILES
Benlème partage.— > Carlliert) rot de Paris. — iHeri de ee prlnee* — I^ea quatre reyaiiBie* frAses rédvlte à trele. — I.^«NilrMile ei 1» Meiuitrie.
Clotaire I" laissait quatre fils , qui se partagèrent sa succession par la voie du sort. Cariberl, l'aîné , eut le royaume de Childebert , et Paris devint le siège de sa puissance. L'héritage de Clodomir passa à Contran» avec Orléans pour capitale. Chilpéric obtint pour sa part l'ancien royaume de son père Clotaire, et, comme lui, il alla s'établir àSoissons. Enfin, Sigebert I*% àqui étaient échus les États du roi Thierry, fit d'abord de la ville de Reims sa* demeure ordinaire ; dans la suite, il transféra son séjour à Metz *.
On voit que ce deuxième partage avait beaucoup d'analogie avec le premier. Mais comme les Francs , depuis la mort de Clovis , avaient fait de nouvelles et importantes conquêtes , les quatre lots , entre lesquels on divisa l'héritage de Clotaire, furent nécessairement plus considérables que ceux qui avaient été tirés au
4. Pour plus de détails sur le partage de Tan 664 , voir le numéro H dp l^apppndire.
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sort en 511. C'est ainsi, par exemple, qu'on dut ajouter au royaume d'Orléans , outre le Sénonais ou pays de Sens , la plus grande partie de ce qui avait appartenu aux rois bourguignons. De là le nom de royaume de Bourgogne, qui fut donné aux possessions de Contran. Bientôt ce prince, trouvant sa capitale Orléans trop éloignée du centre de ses États, abandonna le séjour de cette ville , et ce fut à Châlons-sur-Saône qu'il fixa sa résidence.
Caribert , le roi de Paris, n'occupa le trône que six années. L'histoire ne parle guère de lui que pour signaler l'extrême licence de ses mœurs et son despotisme hautain et brutal , qui n'épargna pas même les évoques. Toutefois ses contemporains lui surent gré du zèle qu'il faisait paraître dans l'administration de la justice. On doit aussi remarquer que, loin de se complaire, à l'exemple du plus grand nombre de ses compatriotes , dans une grossière et honteuse ignorance, il eut la louable ambition de cultiver son esprit. Ses efforts ne furent point perdus, et il parvint à parler la langue des Callo-Romains avec une facilité et une élégance cpii lui valurent les éloges du poëte Fortunat. Il mourut en 567, pendant un voyage dans ses domaines d'Acpiitaine, et fut enterré au château de Blaye *.
Aussitôt après la mort de Caribert, les frères de ce princ partagèrent entre eux son royaume. Ce nouveau morcellement du territoire gallo-franc eut ceci de particuUer, que certaines villes, telles que Senlis et Marseille, furent assignées par moitié à deux maîtres
4 . Sar la rive droite de la Gironde au nord-est de Bordeaux.
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diiTéreiîls. Paris, qui avait déjà acquis une assez grande importance, devint l'objet d'une conveniion plus singulière encore. Contran, Sigebert et Chilpéric convoitaient également la possession de cette cité, et aucun d'eux ne paraissait d'humeur à se désister de ses prétentions personnelles en faveur de ses frères. A la fin, pour se mettre d'accord, ils réglèrent qu'ils posséderaient chacun un tiers de Paris, avec cette clause expresse que celui qui y entrerait sans le consentement des deux autres , perdrait non-seulement sa part de cette ville , mais tous ses droits à une portion quelconque de l'héritage de Caribert.
Quelque bizarre qu'il puisse paraître , ce troisième partage était pourtant, à tout prendre, moins irrégulier que les précédents. En effet, les royaumes qui en furent formés correspondaient à trois grandes divisions du territoire , dont deux commençaient à être désignées sous une dénomination nouvelle : nous voulons parler de TOstrasie et de la Neustrie. Par Ostrasie, ou pays des Francs orientaux , on entendait toute la partie de l'ancienne Gaule qui avait pour limites : à l'est, le cours du Rhin, depuis son embouchure jusqu'à Bàle; au sud la frontière du royaume de Bourgogne; à l'ouest, une ligne qui, descendant l'Aube jusqu'à la ville de Bar, allait delà, en laissant à gauche Soissons, à droite Reims et Laon , rejoindre l'Escaut, dont elle longeait ensuite le cours ; enfin, au nord, l'Océan , de l'embouchure de l'Escaut occidental à l'endroit où l'Yssel se jette dans le Zuyder-Zée. La Neustrie , ou pays des Francs occidentaux, était comprise entre l'Ostmsie à l'est , la Bourgogne et la Loire au sud , là
Bretagne armoricaine à l'ouest, et au nord la Manche elle Pas-de-Calais. L'Ostrasie appartenait à Sigebert; la Neustrie, presque tout entière, obéissait à Chilpéric. Les Francs ostrasiens étaient, en grande partie, les anciens Ripuaires; les Francs neustriens descendaient des Saliens, compagnons de Clovis*. Quant au royaume de Bourgogne, qui reconnaissait, comme nous l'avons dit plus haut , les lois de Contran, il formait une troisième division de la monarchie, laquelle égalait à peu près en étendue chacune des deux précédentes
Dès Tannée 561, lors des arrangements qui furent pris après la mort de Clotaire, la Thuringe avait été dévolue au roi de Metz , ainsi que les autres annexes de l'empire franc au delà du Rhin. Cette disposition fut mahitenue dans le nouveau partage de 567. On divisa en trois lots, au heu de quatre, l'Aquitaine proprement dite, et chacun des trois frères eut ainsi une portion de cette belle et riche province. La Novempopulanie, placée au sud-ouest de l'Aquitaine, à laquelle on la rattachait quelquefois, fut partagée entre Sigebert et Chilpéric, à l'exclusion de Contran. D'un autre côté, Chilpéric n'obtint pas une seule ville dans la Provence, dont ses deux frères s'étaient exclusivement réservé la possession *.
1 . A partir de Clovis , il n'est plu» guère question que des Saliens et des Ripuaires , toutes les autres peuplades dont se composait la nation franque s'étant Tondues peu à peudans ces deux puissantes tribus.
2. Voy., au sujet de ce troisième partage, le numéro HI de l'appendice.
IJO CAUIUEUT. — 51GEBEHT 1".
Double expédition de SIfiebert èontre leti Avarei».
Des quatre fils de Clotaire !•', un seul, Sigebert, si- {» nala sa bravoure contre les ennemis du dehors.
En 562 , il apprit qu'un peuple redoutable , les Avares, menaçait les frontières de son royaume. C'était, disait-on, un débris de la nation des Huns , et leur férocité, leur laideur repoussante, ne démentaient point cette origine. De la Pannonie où ils avaient d'abord dressé leurs tentes, ils s'étaient ensuite avancés à l'occident, épiant l'occasion de pénétrer en Gaule. Sigebert ne leur en laissa pas le temps. Il marcha contre eux et les atteignit dans la Thuringe, dont les peuples, révoltés contre la domination franque, avaient uni leurs armes à celles de ces barbares. Le roi de Metz, qui sentait la nécessité de rétablir son autorité dans la Germanie par un coup de vigueur, engagea sur-lechamp la bataille. Posté a!i premier rang, il chargea résolument les ennemis, et enflamma par son exemple le courage de ses soldats , qui remportèrent une brillante victoire. Les Avares, poursuivis jusqu'à l'Elbe, furent contraints de demander la paix*
Six ans après (568), ils tentèrent de nouveau d'envahir le territoire des Francs. Sigebert accourut à leur rencontre. Mais, cette fois, saisies d'une terreur panique, les troupes ostrasiennes se débandèrent, dès le commencement du combat , et , pour comble de disgrâce , le roi lui-même , qui était resté à l'arrière-garde pour couvrir la retraite, fut enveloppé, fait prisonnier et conduit à la tente du Chagan
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(c'est le nom que les Avai^es donnaient à leur chef). Ce cruel revers de fortune n'abattit nullement le courage du prince mérovingien, et la fermeté avec laquelle il supportait son malheur frappa les barbares d'étonnement et d'admiration. Ses libéralités, ses manières insinuantes achevèrent de les gagner. Ils consentirent donc sans peine à le mettre en liberté, et firent avec lui un traité d'alliance, s'engageant par serment à respecter désormais les frontières de ses États. Ils n'eurent point à se repentir de ce généreux procédé. En effet, Sigebert, ayant su, à quelques jours de là , cju'ils avaient beaucoup à souffrir de la disette, s'empressa de donner des ordres pour qu'on leur fournît abondamment des vivres, jusqu'à ce qu'ils eussent regagné leurs, campements de Pannonie.
Première guerre enlre Sigebert et Chllpéric. — Mariage de eeM deux princes. — TrUte fln de la reine Oalsulnte*
Non-seulement Sigebert avait soutenu seul le poids de la guerre des Avares; mais l'année même où il fit contre eux sa première campagne , il lui avait fallu repousser , en môme, temps , une dangereuse et déloyale attaque du roi de Soissons, dont la turbulente ambition devait être pour le royaume une cause permanente de dissensions intestines.
Chilpéric avait commencé à se brouiller avec ses frères, dès les premiers jours qui suivirent la mort de Clolaire I*'. Pendant qu'on s'occupait de régler la succession du monarque défunt, il courut à la villa
1J!2 OARlbEHT — SIGËBERT P'.
royale de Braine*, cl, s'cmparant du trésor de son père qui y était déposé , il fit d'abondantes largesses aux grands , afin de les gagner à ses intérêts ; après quoi il entra avec des troupes dans Paris, où ses partisans le proclamèrent roi. Mais les autres princes , in-
4 . Aujourd'hui chef-lieu de canton du département de TAisne, sur la I)etite rivière de la Yesle, affluent de TAisne , et à Test-Bud-est de Soissons.
c C'était, au n^ siècle, dit M. Augustin Thierry ( Récits des temps mérovingiens, tome I, p. 363), une de ces immenses fermes où les rois des Francs tenaient leur cour , et qu'ils préféraient aux plus belles villes de la Gaule. L'habitation royale n'avait rien de l'aspect militaire des châteaux du moyen âge ; c'était un vaste bâtiment entouré de portiques d'architecture romaine , quelquefois construits en bois poli avec soin et ornés de sculptures qui ne manquaient pas d'élégance. Autour du principal corps de logis se trouvaient disposés par ordre les logements des officiers du palais , soit barbares , soit romains d'origine. D'autres maisons de moindre apparence étaient occupées par un grand nombre de familles qui exerçaient, hommes et femmes , toutes sortes de métiers, depuis l'orfèvrerie et la fabrique des armes, jusqu'à l'état de tisserand et de corroyeur; depuis la broderie en soie et en or, jusqu'à la plus gros^ère préparation de la laine et du lin.
« La plupart de ces familles étaient gauloises , nées sur la portion du sol que le roi s'était adjugée comme part de conquête , ou transportées violemment de quelques villes voisines pour coloniser le domaine royal. Des bâtiments d'exploitation agricole , des haras, des étables , des bergeries et des granges , les masures des cultivateurs et les cabanes des serfs du domaine complétaient le village royal , qpui ressemblait parfaitement , quoique sur une plus grande échelle, aux villages de l'ancienne Germanie. »
Il y avait un très-grand nombre de ces villa royales. En temps de paix , les princes mérovingiens voyageaient presque constamment de l'une à Tautre, consommant dans chacune , en compagnie de leurs fidèles, les provisions en nature qu'on y avait rassemblées, et s'y livrant à tous les plaisirs de la campagne, surtout à celui de la chasse. Souvent aussi ils y convoquaient l'assemblée des Icudes ou des évêques de leur royaume. C'est à Braine, par exemple, que se rassembla, en 580, le concile devant lequel Chilpéric fit comparaître Grégoire de Tours. (Yoy. ci-après le VII- récit.)
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dignes de cette perfidie, le contraignirent à main armée de lâcher prise et de s'en rapporter, lui aussi , à la décision du sort. Nous avons vu plus haut que le royaume de Soissons lui échut pour sa part. C'était le plus petit des quatre royaumes francs. Ajoutez que sa capitale se trouvait comme bloquée par les possessions de Caribert et de Sigebert, dont le premier était maître de Compiègne, et le second de Laon et de Reims. Doublement mécontent de son lot, Chilpéric se promit bien de se dédommager tôt ou tard aux dépens de l'un de ses frères , et il n'attendait qu'une occasion favorable pour mettre ce dessein à exécution. Quand il vit Sigebert aux prises avec les Avares , il crut que le moment d'agir était venu. Aussitôt il envahit rOstrasie , dévasta toute la Champagne, et força Reims et plusieurs autres villes à lui ouvrir leurs portes. Mais le roi de Metz, survenant tout à coup, le chassa sans beaucoup de peine de ses récentes conquêtes, le défit en bataille rangée, lui enleva Soissons, et l'aurait entièrement dépouillé de Sfs domaines, sans la prompte intervention de Contran (562). La paix rétablie, Sigebert, avec une générosité dont on ne trouve que bien peu d'exemples à cette époque , renvoya libre à la cour de son père , après l'avoir comblé de présents, Théodebert, l'aîné des fils de Chilpéric , qu'il avait fait prisonnier dans Soissons.
Cette paix n'était qu'une trêve. La haine mutuelle de deux femmes qui furent, durant la triste période où nous allons entrer, comme les deux mauvais génies de l'empire franc, allait rallumer la disconli*
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entre Chilpéric el Slgebert, et attirer sur la famille royale et sur toute la nation les plus terribles calamités. C'est assez dire qu'il s'agit ici de Brunehaut et de Frédégonde. Mais avant de raconter comment éclata entre elles cette implacable et si funeste inimitié , il nous faut reprendre les choses d'un peu plus haut.
Les frères du roi d'Ostrasie avaient épousé des femmes de la plus basse condition , et ces Unions disproportionnées furent la source de bien des désordres. Sigebert, qui avait des sentiments plus dignes de son rang et de sa naissance , résolut de ne s'allier qu'à une maison royale. Il envoya donc en Espagne des ambassadeurs chargés d'offrir au roi des Visigoths, Athanagilde, de riches présents, et de lui demander pour leur maître la main de sa fille cadette Brunehaut. La demande fut accueillie avec faveur. La jeune princesse se mit aussitôt en route pour l'Ostrasie, et bientôt elle arriva à Metz. C'est dans cette ville que le mariage fut célébré* (666), au milieu des festins et des fêtes et aux applaudissements de tous les seigneurs du royaume, charmés de l'esprit, des grâces et de la beauté de la nouvelle reine.
Parmi les convives se trouvait le poëte Fortunal. Il avait composé, pour la circonstance, un épithalame qu'il récita en présence des deux époux et de toute l'assemblée. Dans ce poëme , tout rempli d'allégories
4 . Brunehaut était née dans la religion arienne, que proressait encore à cette époque la nation des Visigoths. Avant de recevoir la bénédiction nuptiale, elle abjura entre les mains de Tévéque métropolitain de Metz, et embriissa solennellement le catholicisme.
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mythologiques , Fortunal chantait en vers pompeux et sonores , mais presque toujours puérilement prétentieux, l'arrivée à la cour d'Ostrasie de celle qu'il appelait « une nouvelle perle donnée au monde par l'Espagne, »» et son union avec Sigebert. Sans doute, bien peu de seigneurs francs étaient en état de comprendre la langue des vaincus , et ces derniers accents de la muse latine* frappaient les oreilles du plus grand nombre , sans parvenir jusqu'à leur intelligence. Mais l'hommage ainsi publiquement rendu à leur roi par un bel-esprit gallo-romain flattait leur vanité barbare , et leur semblait ajouter encore à l'éclat de la solennité.
4. Fortunat, que Ton peut congidérer comme appartenant à la Gaule, puisqu'il y passa la plus grande partie de sa vie, est, en effet, le dernier poêle delà période mérovingienne. Après lui, la poésie meurt, étouffée, en quelque sorte, par la barbarie firanque, pour ne plus renaître qu'au siècle de Gharlemagne.
Outre le mauvais goût qui règne généralement dans les écrits de Fortunat, on 7 trouve encore, à chaque instant, la trace de la décadence de la langue, décadence qui datait de loin , mais dont Tinvasion des peuplades grossières de la Germanie avait naturellement accéléré les progrès. Luimême, au reste, ne se faisait sur ce point aucune illusion. « Le langage que je parle, dit-il quelque pari, est comme hérissé de roui'lo, cimes lèvres ne laissent échapper que des sons discordants et sans art. »
Ses oeuvres se composent principalement d'un grand nombre de petites pièces de vers , qui trop souvent ne roulent que sur les eujets les plus frivoles. Toutefois on y remarque aussi quelques pommes qui, malgré les défauts ordinaires de l'auteur, ne sont pourtant point sans mérite et offrent çà et là d'assez heureuses inspirations. On lui doit encore plusieurs hymnes que l'Église a adoptées, entre autres, comme nous l'avons déjà dit, le F'exilla régis.
On a vu ci-dessus (p. 400) que Fortunat était entré dans les ordres, peu après avoir flxé son séjour à Poitiers. Il devint évéque de celte ville, vers 590 , et ce fut là qu'il mourut dix ans pins tard (noo\