‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 14 sur 87 · CARIBERT. — SIGEBERT · texte numérisé non relu

CARIBERT. — SIGEBERT

Chilpéric, un moment jaloux du brillant mariage que venait de contracter son frère , songea ensuite à prendre exemple sur lui, et, dans cette pensée, il fit demander au roi des Visigolhs sa fille aînée, appelée Galsuinte. Ce ne fut pas sans peine qu'il Tobtint. Ce qu'on savait à la cour de Tolède • du caractère de ce prince, et surtout de ses mœurs dissolues, était peu fait pour rassurer le cœur d'un père. Aussi Athanagilde montra-l-il d'abord une assez grande répugnance à lui confier le bonheur de sa fille. A la fin , cédant aux instantes prières des ambassadeurs neustriens, mais plus encore à la promesse solennelle qu'ils lui firent, au nom de leur maître, que désormais sa conduite privée serait exempte de tous reproches, il donna son consentement , et les fiançailles eurent lieu aussitôt.

La reine, femme d'Athanagilde , s'était vainement opposée à cette union. Lorsqu'elle vit Galsuinte prêle à quitter l'aile maternelle pour aller vivre au loin sur une terre étrangère et au milieu d'hommes grossiers et farouches , elle témoigna la plus profonde douleur. Pendant quelque temps, elle imagina mille prétextes, afin de reculer le jour du départ. Mais les délais s'épuisèrent, et le moment fatal arriva. Les ambassadeurs francs prirent donc congé du monarque visigoth ; puis ils sortirent de Tolède par la porte du nord , emmenant avec eux la jeune princesse qu'ils devaient con-

4. Tolède ( To^f «m ], sur le Tage, était derenue, en 534, c*e8t-à-dire l'année même de Tinvasion de la Septimanie el de la prise de Narbonne par CliiUlebert, la capitale des rois visigolhs.

GUERRES CIVILES. iil

duire à son futur époux. La reine accompagna l'escorte jusqu'à plusieurs journées de marche de la ville. Elle eût poussé plus loin encore, si les officiers qui la suivaient ne l'eussent avertie que l'heure de la séparation ne pouvait plus être différée. Ce fut une scène déchirante. La malheureuse mère, dont l'âme était agitée des plus sombres pressentiments, ne pouvait se résoudre à laisser partir sa fille. Elle la tenait enlacée dans ses bras, la serrait convulsivement contre son cœur, et la couvrait de ses baisers et de ses larmes. Enfin , faisant effort sur elle-même : « Puisses-tu être heureuse! s'écria-t-elle d'une voix entrecoupée de sanglots, et puisse le ciel te préserver des périls que j'entrevois! — Dieu l'a voulu ainsi, répondit tristement Galsuinte ; il fimt obéir. « A ces mots, elle s'arracha des bras de sa mère, qui, immobile et muette de douleur, ne cessa de suivre des yeux le char de sa fille que lorsqu'il eut disparu dans l'éloignement.

Après avoir franchi les monts Pyrénées , Galsuinte se rendit à Narbonne, qui appartenait toujours aux Visigoths, ainsi que toute la- Septimanie. De là elle passa sur les terres de la domination franque, et se dirigea par la route de Poitiers et de Tours vers la cité de Rouen. C'est là que Chilpéric l'attendait. Dès que la fille d'Athanagilde eut fait son entrée solennelle dans les murs de cette ville, la cérémonie nuptiale fut célébrée* (667). Ensuite la nouvelle reine, dont l'air de

4 . De même que Branehaut , Galsuinte abjura rarianisme avant la celéhration de son mariage.

H 8 GABfBERT. — SfGEBERT V\

(loiicoiir ot do bonté avait déjà gagrié tous los cœurs , reçut les serments de fidélité des sujeLs de son mari, soit que ce fût la coutume du temps S soit que son père eût exigé l'accomplissement de cette formalité, dans l'espoir de rendre par là plus indissoluble encore une union qui aurait eu tout un peuple pour témoin et pour garant. Le lendemain des noces, le roi de Soissons, suivant le vieil usage germanique, offrit à sa jeune épouse le présent du matin^ ou, comme on disait dans la langue des Francs, le morgengah. Le présent qu'il lui fît consistait en cinq villes, dont il lui abandonnait les revenus en pleine propriété. Ces villes étaient : Limoges, Bordeaux, Cahors, Béam et Bigorre •.

Galsuinte goûta quelques mois d'une vie calme et presque heureuse. Mais bientôt elle remarqua avec douleur que son mari n'était plus le même pour elle , ot que l'affection qu'il lui avait d'abord témoignée faisait place peu à peu à une froide indifférence. Ce changement était l'œuvre de Frédégonde.

Celle-ci avait commencé par être simple suivante d'Audovère, première femme de Chilpéric*. Douée

\ . Remarquons, au reste , que l'histoire de celle époque n'en fournit pas d'autre exemple.

2. C'était une espèce de douaire assuré à la Temme, dans le cas où elle survivrait à son mari.

3. Les villes de Béam (Benefuirnum) et de Bigorre (Bigarra) n'existent plus. Mais elles ont laissé leur nom à deux des provinces de Tancienne France, dont l'une, le Béam, est aujourd'hui comprise dans le département des Basses-Pyrénées, et Tautre, le Bigorre, forme actuellement la plus grande partie de celui des Hautes-Pyrénées.-

4. Viclime des intrigues de 'Frédégonde , Audovére, en 566, fut répudiée

(l'une beauté merveilleuse, .et très-habile à cacher, sous les dehors les plus séduisants , l'eîTrayante perversité de son âme , elle ne tarda pas à faire sur le cœur du prince neustrien une vive et profonde impression. Chilpéric l'aima , et il songea même un moment à lui donner le titre de reine ; mais un caprice de jalousie et de vanité lui ayant fait ensuite abandonner ce projet et solliciter la main de la fille d'Alhanagilde, Frédégonde vit tout à coup s'évanouir ses ambitieuses espérances. Dès lors elle voua à Galsuinte , cause innocente de sa disgrâce, une haine implacable. Tous les artifices, toutes les perfidies que put lui suggérer un esprit fécond en de telles ressources, et que stimulait encore l'ardeur de la vengeance, furent employés par elle pour enlever à la jeune reine la tendresse de son époux. Cette trame odieuse ne réussit que trop. Délaissée de l'homme à qui elle avait uni sa destinée , et continuellement en butte aux insultes et aux outrages de son indigne rivale, Galsuinte essaya, mais sans succès, de faire entendre quelques plaintes. Alors une vague terreur s'empara de son âme, et, comme si elle eût prévu le sort qui la menaçait , elle demanda en grâce à Chilpéric de la laisser retourner librement dans son pays, offrant de lui abandonner les (résors qu'elle avait apportés de la cour de son père. Le roi de Soissons s'y refusa hautement , dans la crainte, sans doute, s'il cédait à la prière de Galsuinte, de se brouiller avec Athanagilde et de s'allirer

par son mari. Elle lui avait donné iroia fila, Théodeberl, CIovïh pI M<^ rorée. La inilo nous montrera quelle fiit la deglinée de ces trois prinres.

Page 1