‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 16 sur 87 · Cf prince n'avait alors que cinq ans · texte numérisé non relu

Cf prince n'avait alors que cinq ans

vint lui annoncer tout à coup que Méroyée, son propre fils , épris d'une vive passion pour la veuve de Sigebert, s'était rendu secrètement auprès d'elle et l'avait épousée. Saisi d'étonnement et de fureur, le roi de Soissons marcha aussitôt sur Rouen. Mais, à son approche, les deux époux s'étaient réfugiés dans une basiUque, et ce fut en vain qu'il essaya, par ruse et par artifice, de les attirer hors de cet asile. Il fallut, pour les en faire sortir, qu'il leur promît avec serment de ne point chercher à rompre leur union. Lorsqu'ils parurent l'un et l'autre devant lui, Chilpéric, dont le courroux semblait un peu calmé , leur fit un assez favorable accueil. Mais après un court séjour à Rouen, il emmena brusquement Mérovée et le garda auprès de lui à Soissons. Quant à Brunehaut , comme les Ostrasiens la réclamaient avec menaces, et que, d'ailleurs, la présence en Neustrie de celle qui lui avait voué une si implacable haine n'était pas pour lui sans danger, il se hâta de lui rendre ses filles et de la laisser retourner dans le royaume de Metz (576).

Par son mariage avec la veuve de Sigebert , Mérovée avait mortellement otîensé Frédégonde. La vengeance ne se fit pas attendre. Bientôt, en effet, avec cet art infernal dont elle ne possédait que trop bien le secret, la reine de Soissons réussit à persuader à son crédule et pusillanime époux que le jeune prince avait conçu le projet de le renverser du trône , pour y monter à sa place. Chilpéric ne songea plus dès lors qu'aux moyens de déjouer promptament ce complot imaginaire. Par son ordre, le prétendu coupable fut arrêté;

128 GARIBERT. — SIGEBERT !•'.

on lui enleva ses armes, on lui coupa les cheveux, et quand il eut subi celle double dégradation , son père le fit partir pour le monastère de Saint-Calais*, afin qu'il s'y formât à la pratique des devoirs du sacerdoce. En route, Mérovée échappa à son escorte, et courut se réfugier dans la basilique de Saint-Martin de Tours. Il y demeura renfermé pendant deux mois. Enfin il prit le parti de s'enfuir de cet asile. A travers mille périls, il parvint à gagner la capitale de TOstrasie , où Brunehaut l'accueillit avec une vive tendresse. Mais les grands, par crainte sans doute de le voir acquérir dans le gouvernement une influence rivale de la leur, se déclarèrent hautement contre lui et l'obligèrent à quitter la cour de Childebert. Privé de ce dernier asile, le malheureux prince erra quelque temps encore, menant la vie d'un aventurier ou plutôt d'un proscrit, jusqu'au jour où , de toutes parts entouré de pièges et d'assassins , il désespéra de lui-même et chercha dans une mort volontaire un refuge contre la haine et la cruauté de Frédégonde. Ceux de ses compagnons d'infortune qui tombèrent entre les mains de la reine de Neustrie furent condamnés à périr dans les plus atroces tortures.

A . Le monastère de Saint-Calais , qui a donné naissance i une ville du même nom, était situé sur les bords de la petite rivière d'Anille, à cinquante kilomètres est-sud-est du Mans (département de la Sarthe).

GUbRRËS CIVILES. lâH

Iiutte de Chllpérle eontre Chlldeberl II et Ctontran* — Ija Sverre elvlle prend de plas en pins nn enrnelère nnttonnl. — Origine et prosrès de la rivalité de TOstrasle et de la Nenstrle. — État du royanme sallo-ffrane pendant eette période*

Le premier soin de Brunehaut, quand, après sa mise en liberté, elle avait pu revenir à Metz, avait été de faire déclarer la guerre à Chilpéric par les leudes qui composaient le conseil de son fils. En même temps, elle rechercha Talliance de Contran, qu'elle savait alors très-irrité contre le roi de Soissons. Ce dernier, en effet, profitant des dangers extérieurs qui, depuis quelques années , menaçaient la Bourgogne * ,

I . Il 8'agil ici de la guerre que le roi de Bourgogne -cul à soulenir contre les Lombards. Ce peuple, germain d'origine , était venu, en 568, s'établir en Italie par droit de conquête, à la place de la nation des Ostrogoths que Narsès en avait expulsée, quinze ans auparavant. Bientôt , Tranchissant les Alpes, ils se jetèrent sur le sud-est de la Gaule, taillèrent en pièces les premières troupes qu'on leur opposa et mirent à Teu et à sang le Dauphiné et la Provence (670) . Gontran , effrayé de celte invasion , se hâta de confler le commandement de ses armées au premier homme de guerre de ce temps. C'était Mummold, patrice de Bourgogne. Celui-ci rassura d'abord les populations par d'énergiques mesures de défense, et lorsque, deux ans après (572), les Lombards reparurent, il manœuvra si habilement, qu'il les cerna près d'Embrun et leur fit éprouver un rude échec. Une nouvelle irruption, qu'ils tentèrent en 576, eut pour eux une issue encore plus funeste. Trois bandes nombreuses de ces barbares avaient pénétré à la Tois dans les possessions de Gontran. L'une fut écrasée sous les murs de Grenoble ; l'autre aux environs d'Embrun , non loin du lieu qui avait été le théâtre de la première victoire du patrice ; la troisième n'échappa que par une prompte fuite à un désastre semblable. Découragés par tant de revers, les Lombards ne se hasardèrent plus à repasser les Alpes , et , depuis lors, les pays de la domination franque demeurèrent à l'abri de leurs ravages.

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