‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 17 sur 87 · CARIBERT. — SIGEBERT · texte numérisé non relu

CARIBERT. — SIGEBERT

avait récemment tenté de dépouiller son frère de ses possessions d'Aquitaine, et il n'avait renoncé à cette déloyale agression, qu'à la suite d'une défaite essuyée par les troupes neustriennes sous les murs de Limoges* (576). On conçoit dès lors que Contran fût tout disposé à prêter l'oreille aux propositions de la reine d'Ostrasie. Aussi lui promit-il tout d'abord de soutenir énergiquement sa cause. Bien plus, l'année suivante (577) , il résolut d'adopter Childebert II pour son héritier. Il fit donc prévenir ce prince , qu'il désirait avoir avec lui une entrevue, et il lui donna rendez-vous dans un lieu nommé le Pont de Pierre^. Childebeil y vint, accompagné d'une suite nombreuse. Là, Contran, après avoir embrassé le jemie roi, dit, en présence des leudes des deux royaumes : « Le ciel m'a condamné, en punition de mes fautes, à survivre à mes enfants'. Désormais c'est mon neveu qui me tiendra lieu des ills que j'ai perdus. » Ensuite ayant fait asseoir Childebert à ses côtés , sur le trône où lui-môme avait pris place, il le proclama solennellement héritier de la Bourgogne. « Que le même bouclier, dit-il, nous protège ! que la même framée nous défende ! Si plus

4. C'était 60601*0 Mummold qui, dans celte bataille, commandait les tt'oupes du roi de Bourgogne. Le général de l'armée neustricnne s'appelait Didier. Tous deux étaient d'origine gallo-romaine.

2 Le lieu dont il est ici question se trouvait situé sur la frontière des deux royaumes d'Ostrasie et de Bourgogne. On croit que C'est aujourd'hui le village de Pompierre , ôur le Mouzon , petite rivière qui se jette dans la Meiise , près de Neurchàlcau (département des Vosges).

3. Contran avait eu quatre fils , qui tous les quatre étaient morts à la fleur de l'Age , les deux derniers dans cette même année 677 , quelques mois seulement avant qu'il adoptât son neveu Childebert.

lard il me naissait d'autres fils , je ne t'en considérerais pas moins comme l'un de mes enfants, et alors je partagerais entre eux et toi l'affection que je te promets aujourd'hui devant Dieu. »

Après quelques jours passés ensemble, les deux princes reprirent la route de leurs États. Avant de se séparer, ils avaient envoyé d'un commun accord des ambassadeurs au roi de Soissons , pour le sommer de leur rendre immédiatement toutes celles de lem*s villes qu'il avait usurpées, ou de se préparer à la guerre. Un refus dédaigneux fut l'unique réponse de Chilpéric. Sans doute celui-ci ne pouvait se flatter de tenir tête, avec ses seules forces, aux armées réunies de rOstrasie et de la Bourgogne, et si, dajis une situation en apparence des plus critiques, il montrait une telle confiance , c'est qu'il comptait bien que l'alliance de ses ennemis ne serait pas de longue durée. L'événement justifia ses prévisions. Bientôt , en effet, de vifs démêlés éclatèrent entre les cours de Châ- Ions et de Metz, au sujet de quelques cités* sur lesquelles, de part et d'autre, on élevait des prétentions rivales. C'était le moment que Chilpéric attendait pour ressaisir lavantage. Par une suite d'expéditions qui se succédèrent rapidement, dans l'espace de cinq années (de 577 à 581), non-seulement il assura la sécurité de ses frontières, mais

I . Dans le nombre se trouvaient Marseille et Senlis. Ces deux villes, d'après le traité de partage de 567, devaient, comme noas l'avons dit plus haut, appartenir par moitié aux rois de Bourgogne et d'Ostrasie. Mais, dès la mort de Sigebert, Gontran s'en était atti'ibué la souveraineté exclusive.

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il dépouilla son frère et son neveu de la plus grande partie de ce qui leur appartenait dans Touest et le midi de la Gaule , les réduisant presque à leurs possessions de Bourgogne et d'Ostrasie. Encore ne leur permit-il pas d'y rester en repos. Pour leur ôter de plus en plus la possibilité de lui nuire, peut-être même afin de se ménager les moyens de leur enlever, quelque jour, le reste de leurs États, il s'efforça d'y fomenter des troubles et de leur susciter à. l'un et à l'autre, par ses intrigues et ses sourdes menées, des difficultés et des périls sans cesse renaissants; tandis que des assassins , aux gages de Frédégonde , allaient menacer jusque dans leur propre palais la vie de ces deux princes.

Ainsi la guerre civile devenait, en quelque sorte, permanente. Désormais les descendants de Clovis renoncent presque entièrement aux conquêtes extérieures , pour tourner leurs armes les uns contre les autres, et ils ne paraissent plus occupés qu'à chercher les moyens de s'entre-délruire. Par un effet trop ordinaire de l'exemple des grands, l'esprit de discorde descendit peu à peu des rois dans toute la nation. La différence de caractère et de mœurs * avait déjà fait

4 . Depuis l'époque de la conquête, un notable changement s'était opéré dans le caractère et la manière de vivre des Francs neustriens. C'était, au reste, la conséquence toute naturelle de leurs rapports journaliers avec la population gallo-romaine qui les entourait de toutes parts, et dont l'eiemple semblait les convier à quitter les habitudes violentes et désordonnées de la vie barbare, pour se plier au jong de cette civilisation que les Romains avaient apportée dans la Gaule. C'est, en effet, ce qui arriva. Peu à peu les Neustriens s'accoutumèrent à une existence plus sédentaire et plus paisible ; leur humeur, naguère si Tarouche, s'adoucit , et ils montraient , de

GUERRES CIVILES. iXi

naître entre les Oslrasiens et les Neustriens une sorte d'antipathie mutuelle. Cette antipathie ne pouvait que s'accroître, au milieu des combats sanglants que les deux peuples ne cessaient de se livi'er pour la cause de leurs princes; aussi se changea-t-elle peu à peu en une rivalité déclarée, en une haine profonde, acharnée , que nous verrons survivre aux dissensions mêmes de la famille royale. Il eût été bien difficile que les Bourguignons restassent simples spectateurs de la lutte. Quelquefois, à la vérité, ils se bornèrent à interposer leur njédiation. Mais presque toujours ils intervinrent comme auxiliaires , tantôt des Neustriens , tantôt des Ostrasiens, et nous les verrons souvent faire pencher la balance en faveur du parti dont ils auront épousé la querelle. Quant aux Gallo-Romains, forcés de suivre le drapeau de celui des rois francs dont le sort les avait rendus les sujets et de s'entr'égorger

jour en jour, moins de turbulence et de grossière rudesse. Mais en même temps, leur énergie guerrière s'était sensiblement affaiblie, et Ton eût eu |)eine à reconnaître en eux les descendants des compagnons d'armes du Clovls. Il n'en était pas de même des Ostrasiens. Placés, pour ainsi dire, près du berceau de leur nation, au milieu d'un pays d'où les continuels ravages des hordes germaniques avaient fait disparaître toute trace de la civilisation de Rome , et sans cesse tenus en haleine par les incursions et les révoltes des peuples d'au delà du Rhin, ils avaient conservé, dans toute sa sauvage énergie , leur caractère primitir , et surtout cet esprit inquiet et vagabond, cette indomptable ardeur pour la guerre et le pillage, qui étaient les traits distinctifs des anciens Francs. Aussi n'avaient-ils que des sentiments de mépris et d'aversion pour les Neustriens. Ceux-ci , de leur côté, ne voyaient dans les Ostrasiens que des barbares, qui leur inspiraient une terreur presque égale à celle qu'eux-mêmes avaient autrefois Tait éprouver aux Gallo-Romains. Voilà comment ces deux peuples, entre lesquels se partageait la masse de la nation conquérante, étaient devenus à la longue complètement étrangers l'on à l'autre. De là à une hostilité déclarée il n*y avait pas loin. L'événement ne le prouva que trop.

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pour le comple d'aulrui, ils se précipitèrent bientôt dans cette horrible guerre , avec la même animosité , avec la même furem* que les barbares, leurs maîtres. Alors la Gaule entière devint comme mi vaste champ de bataille, où les peuples étaient armés contre les peuples, les citoyens contre les citoyens; où de toutes parts on ne voyait plus que scènes de dévastation, de pillage et de meurtre. C'est sans contredit Tune des époques les plus lamentables de notre histoire.

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