SIXIEME RECIT
CHILPÉRIG.
Pnlssanee de Chlli^érle.
Chilpéric louchait enfin au but de son ambition. Les conquêtes qu'il venait de faire en Aquitaine avaient considérablement agrandi son royaume, et aucun danger sérieux ne le menaçait désormais de la part de Childebert et de Contran, l'un trop jeune encore, l'autre trop timide et trop irrésolu pour entreprendre de lui demander compte de ses usurpations ou de ses crimes. Cette haute puissance à laquelle il était parvenu avait fixé sur le monarque neuslrien les regards des nations étrangères , et c'est à lui , comme au véritable chef de la nation des Francs , que s'adressaient de préférence les ambassadeurs des rois visigoths d'Espagne et des empereurs de Constantinople , qui venaient solliciter l'alliance des conquérants de la Caule *. Dans sa cour, il aimait à s'entourer d'une certaine magnificence. Il faisait faire des vases, des
4. On voit, par exemple, qu'en 581^ une ambassade solennelle vint trouver Chilpéric dans sa maison royale de NogentHsur-Mame et lui niïrir de riches présents de la prirl de l'cmperenr d'Orionl, TiluMc 11.
i 36 GHILPÉRIG.
bassins enrichis d*or et de pierreries , qu'il étalait ensuite avec complaisance aux yeux de ses leudes. En même temps , des cirques s'élevaient par son ordre à Paris et à Soissons ^ et, comme autrefois les Césars, il y célébrait des jeux et des spectacles. Il voulait, disaitil, donner de Véclat et du renom à la nation des Francs^ et il se flattait, si Dieu prolongeait sa vie, d'accomplir de bien autres desseins, qui éterniseraient la mémoire de son règne. Mais au milieu de toute cette prospérité et de toute cette pompe dont s'enivrait son orgueil , il lui manquait ce que rien ne saurait remplacer pour un roi , l'amour de ses peuples.
Chllpérte «ecaMe «M sajeta «l'imi^ta. ^liéT«lte des «lleyens de I«liiioses.
Chilpéric était un prince d'une cupidité sordide et insatiable. Toujours préoccupé de l'idée de remplir son trésor, il regardait, depuis longtemps, d'un œil de convoitise les grands biens dont le clergé était en possession , et, plus d'une fois, il lui échappa de dire avec dépit : « Notre fisc* s'appauvrit tous les jours, et nos richesses passent aux évêques. • Mais la crainte d'encourir les anathèmes de l'Église fut plus forte en
4. C'est en 577, au moment même où Childebert \\ et Gontran venaient de le Taire sommer, par leurs ambassadeurs, de restituer les villes dont il t'était emparé à leur détriment (Toy. plus haut, p. 431), que Chilpéric, comme pour les braver et pour montrer le peu de cas qu'il Taisait de leurs menaces , commença la construction de ces cirques à Paris et à Soissons. 11 n'en reste plus aucun vestige aujourd'hui. Peut-être ne consistaient-ils qu'en une simple arène entourée de palissades.