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son frère Gondebaud*, Chilpéric, fait prisonnier avec sa femrae et ses quatre enfants, avait été mis à mort par ordre du vainqueur. Le barbare Gondebaud ne borna pas là sa vengeance. Il condamna la veuve de son frère à être précipitée dans le Rhône , une pierre attachée au cou, fit trancher la tête à ses deux neveux et força l'aînée de ses nièces à prendre le voile. Quant à la plus jeune (c'était Clotilde elle-même), dont les grâces enfantines l'avaient touché , il l'épargna et l'envoya à Genève, en recommandant qu'on prît soin de son éducation. L'orpheline y vivait dans l'obscurité, gardant fidèlement, au milieu d'une na- . tion arienne , la foi orthodoxe que lui avait enseignée sa mère', lorsque Clovis, apprenant quelle était belle et sage, la demanda en mariage. Après quelques difficultés, Gondebaud, par la crainte de se brouiller avec un voisin aussi redoutable que le roi des Saliens, consentit à lui accorder la main de Clotilde. Il remit donc sa nièce aux ambassadeurs francs et l'union de la jeune princesse avec Clovis fut aussitôt célébrée.

Tel est sur cet événement le simple et sommaire récit de l'historien Grégoire de Tours. Par la suite , l'i-

^ . Gondioc avait encore laissé deux autres fils , Gondemar et Godegisële qui partagèrent avec Chilpéric et Gondebaud les États de leur père. Nous reparlerons plus loin de Godegisèle . Quant à Gondemar , il n'eut pas un sort moins funeste que le pècp de Clotilde , auquel il s'était uni contre Gondebaud. Ce dernier le fit brûler vif dans une tour où il s'était réfugié.

2. La mère de Clotilde, femme d'une grande vertu, s'était toujours montrée bonne, compatissante, secourable aux malheureux ; surtout elle déployait un zèle infatigable pour adoucir les maux de toute sorte que la conquête avait attirés sur les populations gallo-romaines. Aussi sa fin tra> gique fut-elle amèrement pleurée par ces populations, dans tout le royaume de Bourgogne.

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magination populaire, vivement frappée des heureuses conséquences que le mariage du roi des Francs avait eues et pour lui-même et pour la nation, se plut à en entourer le souvenir de détails romanesques. De là cette curieuse légende recueiUie par quelques-uns de nos anciens chroniqueurs , et qu'il ne sera peut-être pas sans intérêt de reproduire ici, tout en l'abrégeant. Depuis le massacre de sa famille, Clotilde, disentils , grandissait dans le palais de son oncle ; et , quoique soumise à une surveillance sévère, elle ne vivait pas tellement cachée à tous les yeux que sa réputation de beauté et de sagesse ne se fût peu à peu répandue au dehors. Clovis, qui entendait faire un continuel' éloge de cette princesse, conçut un vif désir de l'avoir pour femme ; mais, prévoyant que sa demande serait difficilement agréée de Gondebaud, il résolut de s'assurer avant tout du consentement de Clotilde ellemême, n chargea de cette délicate mission un noble gallo-romain nommé Aurélien, homme prudent et avisé, qui, depuis la bataiUe de Soissons, s'était attaché à la fortime du roi des Saliens et le servait avec beaucoup de dévouement. Aurélien se rendit aussitôt à Genève. Là, déguisé en mendiant, il se mêla à la foule des pauvres qui, chaque dimanche , se plaçaient sur le passage de Clotilde, à sa. sortie de l'église, et, au moment où la princesse , en distribuant ses aumônes, lui donnait une pièce de monnaie , il s'inclina comme pour la remercier et lui dit à voix basse : « J'aurais à l'annoncer de grandes choses, si tu voulais m'accorder un entretien secret. » Clotilde, étonnée de ce langage, s'éloigna sans rien répondre et rentra dans sa demeure.

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Mais bientôt, et d'après ses ordres, le faux mendiant fut introduit par une de ses femmes. Arrivé en présence de la nièce de Gondebaud, Âurélien lui dit : « C'est le roi des Prancs , l'illustre Clovis , qui m'envoie vers toi. Il veut, avec l'aide du ciel, le prendre pour épouse, et afin que tu n'en doutes pas, voici son anneau. » (Le prince le lui avait, en effet, remis avant son départ, pour qu'il en ftt usage au besoin.) Clotilde, qui entrevoyait l'espoir d'échapper à l'espèce de captivité où la retenait le bourreau de sa famille , ne chercha point à dissimuler la joie que lui inspiraient les paroles d'An rélien. « Prends cet anneau qui est le mien , lui dit-elle ; et , quand tu seras de retour auprès de ton maître , dis-lui que , s'il veut m' épouser, il envoie sans délai demander ma main à Gondebaud ; car mon oncle attend son conseiUer Aridius, lequel est maintenant à Constantinople , et si celui-ci , lorsqu'il reviendra, me trouvait encore à Genève, il pourrait bien empêcher l'accomplissement de ce mariage. » Qovis s'empressa de suivre le conseil de Clotilde, et ce fut Aurélien lui-même qu'il chargea d'aller, comme ambassadeur, annoncer ses intentions au roi de Bourgogne.

Gondebaud était fort embarrassé. Il appréhendait que sa nièce, une fois mariée à Clovis, n'excitât ce prince à la venger, elle et tous les siens. D'autre part , il aurait bien voulu éviter le péril d'irriter par un refus le roi des Francs , et de lui fournir ainsi un prétexte immédiat de guerre. Il crut pouvoir se tirer d'affaire par un faux-fuyant. Comme l'ambassadeur insistait pour avoir une réponse favorable : « Mais, dît

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Gondebaud, ma nièce est chrétienne, et Clovîs est païen; si j'acquiesçais aux vœux de ton maître j ellemême les repousserait.. — Non, cela n'arrivera pas, repartit Aurélien ; car elle les a agréés d'avance. » Et, en même temps , il montra l'anneau que lui avait remis la fille de Chilpéric. A cette vue , Gondebaud demeura d'abord immobile d'étonnement et fort indécis sur ce qu'il devait faire. Indigné que Clotilde eût osé , sans son aveu, disposer de sa main, il eut un moment la pensée de rompre la négociation. Mais la réflexion le calma. La perspective d'un danger éloigné lui parut moins redoutable, après tout, que la crainte d'une guerre imminente et certaine. Il prit donc le parti de céder, et donna , bien qu'à regret , son consentement au mariage de Clotilde.

Aurélien s'occupa activement des préparatifs du départ. Quand tout fut prêt , la jeune princesse se mit en roule dans une espèce de voiture couverte appelée bastemeS derrière laquelle venaient plusieurs chariots portant les bagages. Aurélien et quelques guerriers francs, qui l'avaient accompagné à la cour de Gondebaud , formaient l'escorte. Le cortège s'avançait assez lentement, lorsque Clotilde reçut la nouvelle qu'Aridius était de retour en Bourgogne. Aussitôt, convaincue que quelque grand péril la menaçait, elle descendit de sa basteme, monta à cheval, et, suivie d' Aurélien et de sa petite troupe, se dirigea en toute hâte vers la frontière des États de Clovis. L'événement prouva combien ses craintes étaient fondées.

4. CC8 voilures, traînées par des bœurs, étaient parliculièremenl à l'usage des femmes.

A son retour de Constantinople, Aridlus s'était immédiatement rendu auprès de Gondebaud. Ce prince , dès qu'il l'aperçut, lui dit : « Sais-tu ce qui s'est passé en ton absence? Eh bien , j'ai fait amitié avec le roi des Francs , et je lui ai accordé la main de ma nièce. — Que parles-tu d'amitié? s'écria Aridius; c'est là bien plutôt le germe d'une discorde sans fin. As-tu donc oublié, ô roi! que tu as fait périr par le glaive le père de Clotilde; que tu as fait noyer sa mère et jeter dans un puits les cadavres décapités de ses deux frères? Et ne crains-tu pas que Clovis ne veuille les venger un jour? Crois-moi, il n'y a pas un moment à perdre. Envoie promptement des soldats à la poursuite de ta nièce , avec ordre qu'on te la ramène. Il sera toujours moins fâcheux pour toi de supporter les, plaintes et les reproches d'une jeune fdle irritée d'avoir vu s'évanouir ses espérances de mariage, que d'être continuellement aux prises avec les Francs. »

Gondebaud fit ce que lui conseillait Aridius. Mais il était trop tard. Ses gens ne purent atteindre que la basterne et les bagages de Clotilde. La jeune princesse était déjà hors de péril. A quelque distance de la frontière, elle rencontra Clovis, qui venait au-devant d'elle avec toute son armée , et qui , ravi des charmes de sa fiancée, l'épousa aussitôt.

Clotilde s'efforce de sagner Clovis k la rellsIoK ehrétlenne* — Bataille de Tolbiac* — Conversion et baptême du roi des Vranes.

La nouvelle reine , dont la piété était aussi ardente que sincère, désirait vivement la conversion de son

raari, et sans cesse elle le conjurait d'abandonner le culte de ses idoles , pour ne plus reconnaître d'autre Dieu que le Dieu des chrétiens. Clovis , sur lequel elle exerça de bonne heure un très-grand ascendant , ne paraissait pas fort éloigné de se rendre à ses désirs, n avait môme consenti à ce que le premier enfant qu'elle lui donna fût présenté sur les fonts baptismaux. Mais huit jours après , l'enfant mourut. Profondément affligé de cette perte, Clovis s'en prit à Clotilde , à qui il adressa d'amers reproches : « Si mon fils, lui dit-il, avait été consacré au nom de mes dieux, certainement il vivrait encore ; mais tu as voulu qu'il fût baptisé au nom de ton Christ , et c'est pour cela qu'il n'a pu vivre. » Peu à peu , toutefois , la colère de Clovis s'apaisa; et quand, un an plus lard, la reine eut mis au monde un second enfant, elle obtint qu'il recevrait aussi le baptême. Par malheur, à quelques jours de là, le petit prince tomba dangereusement malade. Alors les craintes superstitieuses du roi se réveillèrent. Inquiet et irrité, il disait à Clotilde : « Comment lui arriverait-il autre chose que ce qui est arrivé à son frère ? Lui aussi , il faut qu'il meure ; car il a été baptisé. » Le ciel épargna cette douleur au cœur maternel de la reine : l'enfant revint à la santé et à la vie K Mais Clovis gardait au fond de son âme un reste de prévention et de défiance contre la religion chrétienne, et il se montrait de moins en moins disposé à prêter l'oreille aux exhortations de sa pieuse épouse. Un événement inattendu vainquit enfin la ré-

i . Cet enrani s^appelail Clodomir. Il devait , après la mort de Clovis , régner »ur une partie des Francs. (Voy. le ii« récit.)

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sistance de ce prince, et, en ouvrant ses yeux à la lumière de la vraie foi , combla le vœu le plus cher de Clotilde:

Excitée par l'exemple des Visigoths, des Bourguignons et des Francs , qui , sans autre droit que leur courage, avaient conquis de vastes établissements dans la Gaule , la nation des Allemands voulut aussi avoir sa part de cette riche, proie. Les tribus d'au delà du Rhin franchirent donc le fleuve, et se réunirent à celles qui étaient déjà cantonnées en Alsace; puis, toutes ensemble, elles envahirent le territoire des Francs ripuaires.

A la première nouvelle du danger qui menaçait le roi de Cologne S Glovis vole à sa défense. Une bataille furieuse s'engage dans les plaines de Tolbiac'. Pen- ^ dant longtemps la victoire reste indécise; mais enfin elle paraît sur le point de se déclarer pour les Aile- j

mands. Blessé au visage , Glovis voit tomber autour de lui l'éUtede ses guerriers, et déjà' le désordre se met dans les rangs de l'armée franque, qui commence à plier de toutes parts. En cet instant critique, le roi des Saliens se rappelle ce que la reine lui avait dit tant de fois de la puissance du Dieu des chrétiens, et, levant le$ yeux et les mains au ciel : « Dieu de Clotilde 1 s'écrie- t-il, si tu viens à mon aide et que tu m'accordes de vaincre en ce jour, je jure de n'adorer que toi désormais 0t de recevoir le baptême'. » A peine a-t-il

1 . Cologne était, on s'en souvient, la capitale des Francs ripuaires.

2. On croit que l'ancienne ville de Tolbiac est aujourd'hui Zulpich , à trente kilomètres sud-ouest de Cologne.

î«. Suivant un ancien chroniqueur, Frodoard, ce ftit le Gallo-Romain

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prononcé ces mots , que les Francs , comme animés d'un nouveau courage, retournent à la charge. L'ennemi s'étonne. Tout à l'heure il poursuivait des troupes rompues, qui semblaient n'avoir plus de salut que dans la fuite, et le voilà obligé de s'arrêter pour recommencer la lutte. Bientôt le combat change complètement de face. Attaqués avec une irrésistible vigueur, les Allemands reculent à leur tour et abandonnent le champ de bataille. Ils avaient perdu dans cette journée leurs soldats les plus braves. Leur roi lui-même fut trouvé parmi les morts.

Glovis se garda bien de laisser l'ennemi opérer tranquillement sa retraite. Chassant devant lui les débris de l'armée vaincue , il les força de repasser le Rhin , traversa le fleuve à leur suite, et commença à ravager l'AUémanie par le fer et la flamme. Alors les Allemands , de peur qu'une plus longue résistance ne les exposât à une mine totale , prirent le parti de mettre bas les armes, et envoyèrent dire au roi des Francs : « Cesse d'exterminer notre nation , car nous sommes à toi. » Qovis accepta leur soumission *, et, de retour dans son royaume , il raconta à la reine comment le Christ, qu'il avait invoqué au moment du péril, lui avait donné la victoire.

Clotilde, voyant les bonnes dispositions de son époux, manda immédiatement l'évêque de Reims, et

Aurélien, le même dont nous avons parlé plus haut, qui, au plus fort du péril, conseilla à Glovis d'invoquer Tassistance du Dieu des chrétiens.

I . Depuis cette époque, les Allemands ne Turent plus gouvernés par des rois, mais seulement par des dues, qui reconnaissaient la suprématie des princes mérovingiens.

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le pria d'achever l'œuvre de celte conversion si désirée, en faisant descendre dans le cœur du roi la parole du salut. Rémi accepta avec empressement la tâche confiée à son zèle. Il eut avec Clovis de fréquents entreliens, et, par son éloquence persuasive, il l'amena peu à peu à reconnaître la vérité de l'Évangile. Toutefois ce prince hésitait encore : il craignait de se voir abandonné de ses soldats, dès qu'il leur proposerait de renoncer aux idoles qu'avaient adorées leurs ancêtres. A la fin pourtant il se décida, quoi qu'il pût arriver, à tenir son serment. Mais, suivant le témoignage de Grégoire id Tours, comme il allait prendre la parole, pour exhorter les Saliens à abjurer le culte de leurs fausses et impuissantes divinités, ses compagnons d'armes le prévinrent et s'écrièrent : « Nous rejetons des dieux périssables , et nous sommes prêts à servir le Dieu immortel que Rémi annonce. »

Cette nouvelle remplit l'évêque de l'allégresse la plus vive. Sans plus tarder, il fit préparer les fonts baptismaux dans une basilique qui était située hors des murs de la ville de Reims. Le jour de Noël de l'an 496 fut fixé pour la célébration de cette solennité. Jamais, dans ses cérémonies, l'Église n'avait déployé plus de pompe et de magnificence. Des tentures tapissaient les rues , des milliers de cierges brillaient de tous côtés , et les plus doux parfums embaimiaienl l'air. Bientôt le cortège part du palais. Le clergé ouvre la marche, précédé des saints Évangiles, de la croix et des bannières, et chantant des hymnes et des cantiques ; le pontife vient ensuite, conduisant

par la main le vainqueur de Tolbiac; la reine suivait avec tout le peuple. On dit que, chemin faisant, Clovis, émerveillé d'un spectacle si nouveau pour lui , demanda à saint Rémi si c'était là ce royaume céleste dont il lui avait si souvent parlé : « Non , répondit l'évoque ; mais c'est l'entrée de la route qui y conduit. »» Quand ils furent arrivés à la porte de la basilique , le roi s'avança le premier , pour recevoir le baptême de la main du prélat. Au moment où il entrait dans le baptistère , Rémi élevant la voix : « Courbe humblement la tête , Sicambre , lui dit-il ; adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré.» Alces mots, il répandit sur le front du prince l'eau du sacrement ; puis il l'oignit du saint chrême ^ Alboflède, sœur du roi*, et plus de trois mille guerriers saliens, sans

i . Queltpies historiens ont voulu voir là le premier exemple du sacre des rois de France. Mais ce n'était probablement que le sacrement de la confirmation, qu'il était d'usage alors de conférer immédiatement après le baptême. Un passage de Fleury vient à l'appui de cette opinion : « Au baptême, dit-il, on joignait l'onction de l'huile sanctifiée sur l'autel. Les baptisés étaient présentés à l'évèque , et , par sa prière et l'imposition de ses mains, ils recevaient le Saint-Esprit, c'est-à-dire la confirmation. » {Mœurs des chrétiens. H* partie, § 2.)

Il ne paraît pas qu'aucun roi firanc ait été sacré avant Pépin le Bref, le fondateur de la seconde race.

Tout le monde connaît la tradition suivant laquelle une colombe , d'une blancheur éclatante , aurait apporté du ciel à l'évèque Rémi une fiole (ampulla) contenant l'huile avec laquelle il donna à Clovis l'onction sainte. C'est ce que l'on appelle le miracle de \2k sainte ampoule : pieuse fiction, qui parait avoir pris naissance au ix* siècle. Toujours est-il que la fiole à laquelle on attribuait cette merveilleuse origine, et dont on se servait pour le sacre de nos rois , était précieusement conservée dans le trésor de la cathédrale de Reims. Elle a été brisée en 4794.

2. Une autre sœur de Clovis, nommée Lantéchilde, qui était arienne, abjura l'hérésie et revint au catholicisme , le jour même du baptême du roi des Francs.

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compter un grand nombre de femmes et d'enfants , reçurent le baptême en ce môme jour*.

Ce n'est pas sans raison que l'on a appelé Clovis le fils atné de l'Église^. En effet, il n'y avait alors aucun autre souverain , dans toute l'étendue du monde chrétien, qui fit profession de la foi orthodoxe. L'empereur de Constantinople , Anastase , était tombé dans

4 . Les craintes qui d'abord avaient fait hésiter Clovis à recevoir le baptême, ne laissèrent pas de se réàKser en partie. Un certain nombre de ses soldats, mécontents de son changement de religion, se séparèrent de lui et 9fi relirèrept au delà dç la Somme. Là, ils continuèrfent de piatiquer lenr ancien culte , jusi{u*à l'époque où , comme nous le verrons plus loin , Clovis réunit sous son autorité tops les petits royaumes ftancs. Alors l'exemple des trois mille guerriers qui avaient été baptisés à Reims avec leur roi, (lit imité par le reste de la nation , et Ton peut dire que de ce moment date l'entière conversion des Francs à la religion chrétienne. Touterois , au vil* siècle, on trouvait encore des vestiges de paganisme -sur les bords de l'Escaut et de la Meuse, ainsi que près de la rive gauche du Rhin, dAis l'ancien pays des Ripuaires. .

2. Ses successeurs héritèrent de ce glorieux titre, et même lorsqu'ils eurent des rois jtour frères en Jésus-Christ^ ils conservèrent toujours, aux yeux de l'Église, un droit de primogéniture.

Quelques historiens (Mézeray, entre autres) attribuent, en outre, à Clovis le titre de roi très-chrétien, et ils veulent qu'il l'ait légué à ses descendants. C'est une erreur. On ne voit dans aucun monument contemporun que Clovis ait jamais pris ce titre , et, s'il a été donné à quelques-uns des rois qui, dans les huit siècles qui suivirent, se succédèrent sur le trdne de France, ce ne ftit évidemment point en vertu d'un droit héréditaire et dont l'origine remonterait au fondateur même de la monarchie. Il y a plus. On trouve quelquefois des souverains, autres que ceux qui régnèrent sur notre pays, désignés par ce surnom. C'est seulement vers le xiv* siècle qu'il a commencé à devenir d'un usage particulier pour nos rois , en mémoire et comme en récompense des services que, de tout temps, ils avaient rendus à l'Église) surtout pendant les croisades. Au xv* siècle, une bulle du pape Paul W (1 469} consacra cet usage, en assurant à Louis XI et à ses descendants la possession exclusive du titre de très-chtétiens. Depuis lors , ce titre devint l'attribut distinctSf et héréditaire des rois de France.

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des erreur^ que plusieurs conciles avaient solennellement condamnées; et tous les chefs barbares qui.se trouvaient à la tête de quelqu'un des royaumes fondés sur les ruines de l'empire d'Occident, avaient adopté l'hérésie arienne. Aussi la* conversion de Clovis fut-elle un grand sujet de joie pour tous les catholiques , qui virent en lui un nouveau Constantin , un nouveau Théodose. Le pape Anastase II lui adressa une lettre pleine de félicitations , dans laquelle il exprimait l'espoir que jamais l'appui du roi des Francs ne manquerait à l'Église, et que ce glorieux fils qu'elle venait de donner au Seigneur^ serait pour elle comme une colonne de fer. De leur côté, les évoques catholiques des Gaules , opprimés , persécutés par les Bourguignons et les Visigoths hérétiques*, tournaient désormais vers le vainqueur de Tolbiac leurs regards et leurs espérances ; et l'un d'eux , l'évêque de Vienne Avitus', se faisait l'interprète fidèle des sentiments de tous , lorsqu'il écrivait à Clovis : « Ta foi est notre

1 . Le roi EuriCy le prédécesseur d'Aîaric U sar le trône des Visigoths, s'était surtout montré l'ennemi implacable des orthodoxes. Un écrivain contemporain , le célèbre évéque de Clermont , Sidoine Apollinaire , nous représente, dans le royaume de ce prince, les églises catholiques privées de leurs pasteurs et les basiliques sans toits, sans porter, n'ayant d'autre clôture que les ronces et les épines, de telle sorte que les troupeaux venaient brouter, l'herbe jusque dans le sanctuaire.

2. Avitus , né vers le milieu du v* siècle, monta sur le siège épiscopal de Vienne en 490. Depuis cette époque jusqu'à sa mort, arrivée en 525, il joua un très-grand rôle dans l'Église des Gaules, surtout comme défenseur de l'orthodoxie. U avait composé de nombreux ouvrages, dont quelques-uns seulement sont parvenus jusqu'à nous. Le plus célèbre est. un poërae sur la création et la chute de l'homme , qui , dans certains passages , offre une frappante analogie avec le Paradis perdu Ae Mil ton.

triomphe ; chacun de tes combats est pour nous une victoire. » L'appui du clergé allait être pour ce prince Tune des principales causes des rapides progrès et de l'affermissement de sa puissance.

Nouveaux suecèi» du roi des Vranes* — Son ln%'a«loB en IBonrsosne*

Clovis, chrétien et catholique, n'était plus un étranger et un ennemi pour les Gallo-Romains. C'est ainsi que les cités armoricaines, qui, jusqu'alors, avaient opiniâtrement repoussé toutes ses attaques, se donnèrent volontairement à lui , presque aussitôt après sa conversion (497). Les troupes romaines, qui occupaient encore en Gaule * quelques places fortes , suivirent cet exemple, et Clovis les incorpora dans son armée; seulement il fut convenu qu'elles continueraient de garder leur ancienne organisation, leur costume et leurs drapeaux.

Ce prince , en même temps , poursuivait le cours de ses victoires. On le voit, dans l'espace de quelques années , porter la guerre jusque chez les Thuringiens*, dont il dévasta tout le pays; battre le Breton Budic^

\. Principalement dans la partie de la Gaule ^ui avait reconna Taulo^ i'ité de Syagrius.

fl. LaTliuringe Tormait alors un royaume qui s'étendait depuis les rives du Wéser supérieur, à Touest, jusq[u'à l'Elbe, à l'eët., et f[Ui confinait, du côté du nord , au pays des taxons , du côté du âud , à la Bohême et au territoire des bavarois. Elle était, comme on voit, beaucoup plUs vaste que la ïhuringe actuelle.

3i D'après le témoignage des chroniques bretonnes, il descendait de ce donan-Mériadec qui avait fondé le royaume de Bretagne (Voy. la note 3 de la page 4.

qu'il contraignit à quitter le nom de roi et à se contenter du simple titre de duc* ; puis envahir la Bourgogne, qui allait, à son tour, sentir le poids de ses armes.

Depuis la défaite et la mort de Chilpéric et de Gondemar*, Gondebaud, après avoir laissé à son troisième frère Godegisèle une portion du royaume , avec Genève pour capitale, avait rangé sous son autorité tout le reste de la Bourgogne. La mésintelligence ne tarda pas à se mettre entre ces deux princes. Elle était entretenue et attisée par les principaux chefs de la population gallo-romaine, qui ne pouvaient pardonner à Gondebaud, d'ailleurs couvert du sang d'une partie de sa famille , son zèle pour l'arianisme'. Ce fut à leur instigation que Godegisèle , qui se sentait le moins fort, résolut d'appeler à son aide le roi des Francs. Il envoya donc secrètement vers celui-ci des députés chargés de lui dire que si, par son secours, il devenait seul maître de la Bourgogne , il s'engageait à lui payer un tribut annuel. Clovis accueillit avec joie cette proposition, et, au temps convenu, il se mit en marche avec toute son armée (600).

A cette nouvelle , Gondebaud , qui ignorait la trahison de son frère, lui fit porter en toute hâte un message ainsi conçu : « Les Francs marchent contre

i . Nous verrons plus d'une fois encore j dans la suite de celle histoire j reparaître le titre de roi des Bretons.

2i Voy. ci-dessus la note 4 de la page 40.

3. Les Bourguignons étaient catholiques au commencement du v* siècle, c'est- à-Hlire à l'époque où ils s'établirent dans la partie orientale des Gaules. On croit généralement que ce lUl sous Oondebaud , et à son exemple, qu'ils embrassèrent l'arianismé.

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nous pour s'emparer de noire pays. Unissons donc nos forces contre ces envahisseurs, de peur que, combattant séparément, nous n'éprouviops le même sort que les autres peuples. — Certainement j'irai & ton secours , » lui répondit le perfide Godegisèle.

Les deux princes bourguignons ayant joint leurs troupes , s'avancèrent immédiatement à la rencontre de Clovis, qu'ils atteignirent à peu de distance de Dijon , sur les bords de la rivière d'Ouche. A peine l'action était-elle engagée , que Gondebaud vit son frère passer à l'ennemi, avec tous les soldats qui marchaient sous ses ordres. Malgré le trouble où le jeta cette défection inattendue, il essaya pourtant de disputer la victoire. Mais il fut accablé sous le nombre et forcé, après avc4r perdu l'élite des siens, d'abandonner précipitamment le champ de bataille. Alors, fuyant le long du Rhône , il courut se renfermer dans les murs d'Avignon. Clovis arriva bientôt devant la place , et , sans perdre de temps, il en commença le siège, qui fut poussé avec une telle vigueur, que Gondebaud, réduit aux abois , se décida à demander la ivaix. Il l'obtint, mais à la condition de se reconnaître, lui aussi, tributaire des Francs.

Le traité conclu, Clovis avait repris la route de ses États. Sa retraite entraîna la perle de Godegisèle. En effet, dès qu'il ne fut plus contenu par la présence de l'armée franque, Gondebaud rallia ses troupes dispersées ; puis il attaqua son frère, l'assiégea dans Vienne, dont il se rendit maître après une courte résistance, et fit égorger le malheureux prince avec un grand nombre de ses partisans. Toute la Bourgogne subit

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alors la loi du vainqueur^ qui s'affranchit aussitôt du cribut promis à Clovis. On pouvait croire que cette violation du traité d'Avignon amènerait le renouvelle- *ncnt de la guerre. Il n'en fut rien, et Gondebaud put achever en paix son règne. Bientôt môme il allait voir le roi des Francs rechercher son allience.

«nerre eontre les iri«lgoth««— iMtallle de Veaclé.

Le succès des diverses expéditions entreprises par l'heureux chef des Saliens avait fait des Francs la première des nations barbares établies dans la Gaule. Mais l'ambition de Clovis n'était point encore satisfaite, et, rêvant toujours de nouvelles conquêtes, il ne cherchait qu'un prétexte pour déclarer la guerre à Alaric II. L'occasion ne pouvait, ce semble, être plus favorable. Le souvenir de la persécution exercée par le roi Euric contre les catholiques de ses États, était encore vivant dans tous les cœurs, et rien n'avait plus contribué à rendre odieuse aux populations de l'Aquitaine la domination des Visigoths. Aussi la plupart des Gallo-Romains de cette partie des Gaules désiraient-ils avec ardeur de passer sous l'autorité des Francs. Déjà même quelques évoques se déclaraient hautement en faveur de Clovis*. Ce prince était donc attendu, appelé comme un libérateur et un vengeur par les habitants gallo-romains du pays situé au sud

i . Nous citerons , entre autres , Quintianus , évéque de Rodez. Dénoncé aux Visigoths qui habitaient la ville comme partisan des Francs » il fut menacé de mort et se vit contraint , pour échapper au péril , de quitter précipitamment son diocèse et d'aller chercher un refuge en Auvergne. II 2

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de la Loire. D'ailleurs, le résultat de la lutte qu'il allait entreprendre ne paraissait pas douteux. Amollis par les douceinTs d'une longue paix, les Visigoths avaient perdu peu à peu leurs vertus guerrières , et le roi des Saliens se flattait de vaincre sans grands efforts ce peuple dégénéré de son antique bravoure. De son côté, Alaric II , effrayé des progrès de son redoutable voisin et inquiet des secrètes intelligences que Clovîs entretenait avec une partie de ses propres sujets, sentait bien que , tôt ou tard, il lui faudrait recourir aux armes, pour repousser le péril qui le menaçait et pour arrêter, s'il en était temps encore , l'essor si rapide de la fortune des Francs. Tout annonçait, comme on voit, une rupture prochaine.

La guerre faillit d*abord éclater, à l'occasion de quelques démêlés relatifs aux limites des deux royaumes. Mais un puissant médiateur intervint tout à coup. C'était le monarque des Ostrogoths ' , l'illustre Théodoric , qui , par son génie et ses éminentes qualités , non. moins que par l'étendue de ses possessions, tenait le premier rang entre les rois d'origine barbare* Au moment même où les hostilités allaient commencer , il écrivit à Alaric et à Clovis , pour les sommer de déposer les èlrmes*. «Vous êtes tous les deux ^ leur

4. Ddns rc8[jacc de quelques aimées (480-493), les Ostrogoths, sous là conduite de Théodoric , avaient renversé en Italie la domination des Héi-ules y et fondé sur les ruines du royaume d'Odoacre un État puissant, que d*imt)ortantes conquêtes hors des limites de la péninsule devaient agrandir encore. Lorsque Théodoric mourut, en 526^ son vaste empire s'éten- . dait du lac de Constance à Textrémité de la Sicile , et de l'embouchure du khûne au (fonfluent de la Drave et du Danube.

à. Théodoric avait d'autant plus le droit d'interposer sa médiation entre

disait -U, dans la fleur de l'âge, et vous régnez paisiblement sur deux grandes nations; n'allez pas, par une guerre entreprise à la légère , mettre en péril la prospérité et l'existence même de vos États. Je vous offre ma médiation : croyez-moi, acceptez-la, plutôt que d'en venir aux mains. Au reste -, je vous avertis l'un et l'autre , comme votre père et votre ami , que je prendrai parti contre celui de vous deux qui refusera de déférer à mes conseils. »

Cette lettre produisit l'effet que Théodoric en attendait. Pour n'avoir pas à combattre en même temps , avec ses seules forces , les armées réunies des Visigoths et des Ostrogoths , Qovis ajourna ses projets de conquête. Il parut même accéder de bonne grâce à la proposition que lui fit Âlaric de régler , à Tamiable , et en personne , leurs différends. L'entrevue eut lieu dans une petite île S près d'Amboise. Les deux rois s'embrassèrent , s'entretinrent longuement de leurs affaires , et ne prirent congé l'un de l'autre qu'après s'être prodigué les protestations les plus vives d'une amitié fraternelle (502).

Ces apparences de paix ne durèrent pas. Au bout de quelques années, de nouveaux sujets de querelle s'élevèrent entre Alaric et Clovis, et vinrent ranimer leur jalousie et leur haine mutuelles. Cette fois, le roi des Francs fut assez habile pour s'assurer l'alliance et les secours des Bourguignons. Dès lors , bravant les

ces deux princes, qu'il était uni à Tun et à Tautre par des liens de famille. En effet, il avait donné une de ses filles en mariage à Alaric H, et luimême avait épousé Anaflède, sœur de Clovis.

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