Il avait succédé, en 576^ à saint irermain
CONTRAN ET GHILDEBERT II. HZ
Bourgogne , afin d'implorer sa protection et pour ellemême et pour rhérltier de Chîlpéric.
Contran était , à tout prendre , le plus juste et le plus humain des quatre fils de Clotaire I". On vantait son humeur pacifique , son caractère indulgent et débonnaire, la facilité avec laquelle il pardonnait et oubliait les injures reçues, sa charité envers, les pauvres, sa libéralité envers les églises , sa déférence pour les évéques. On l'appelait le bon Gontran. Et cependant, il se souilla, lui aussi, de plus d'un meurtre, tantôt dans le premier accès, d'une colère aveugle, tantôt pour obéir aux volontés de sa femme, princesse méchante et cruelle *, qui exerçait sur son esprit un empire absolu. Du reste, faible envers tout le monde, il ne savait ni se faire respecter ni se fedre craindre , et par là, il s'attira quelquefois les plus grossiers outrages. Tant il est vrai que la bonté du cœur n'est souvent qu'une qualité stérile , dangereuse même , si l'on n'y joint pas, avec une certaine fermeté d'âme, le sentiment de sa propre dignité!
La lettre que les envoyés de Frédégonde présen-
4 . Elle s'appelait Austrecbilde. Un seul trait suffira pour la faire connaître. Elle avait été atteinte de la peste, qui, en 580, désola toute la Gaule, et bientôt elle sentit que sa dernière heure était venue. Mais, dit Grégoire de Tours , avant d'exhaler sa méchante dme , elle voulut que son mari lui promit avec serment que ses deux médecins ne lui survivraient pas : « car , disait-elle , ce sont eux , qui , par leurs potions , ont abrégé mes Jours : si j'étais tombée en d'autres mains , je pouvais espérer de vivre encore. » Soit qu'il ajoutât Toi à cette absurde imputation, soit seulement par suite de sa déplorable et criminelle faiblesse envers Austrecbilde, Gontran se laissa arracher cet affreux serment, et, dès que la reine eut expiré , il fit périr par le glaive les infortunés dont elle avait exigé la mort.
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tèrent à Contran était conçue dans les termes les plus humbles : « Que mon seigneur vienne promptement , disait la reine de Neustrie , et qu*il prenne possession du royaume de son frère. J'ai un petit enfant* que je veux remettre entre ses bras. Pour moi, je ne songe plus à régner, et je me soumets entièrement à sa domination. »
Jusqu'alors le roi de Bourgogne n'avait éprouvé que de l'éloignemenl et de l'aversion pour Frédégonde. Il la regardait, non sans raison, comme la principale cause de tous les malheurs de sa famille, et l'expérience du passé lui avait appris à redouter pour luimême l'ambition, l'astuce et la scélératesse de cette femme. Toutefois , la lettre qu'elle venait de lui écrire produisit sur son esprit une impression favorable, et il parut très-touché de cette marque de confiance. Il se dirigea donc aussitôt vers Paris, accompagné de troupes nombreuses. Là, dès les premiers entretiens qu'elle eut avec Contran , Frédégonde sut si bien employer toutes les ressources de cet art de persuader et de séduire qu'elle possédait au plus haut degré , que ce prince , mettant en oubli ses anciens griefs , jura de défendre, envers et contre tous, le fils et la veuve de son frère. L'occasion de tenir l'engagement qu'il avait ainsi contracté ne se fit pas longtemps attendre. Déjà, en elTet, le roi de Metz, excité par sa mère Brunehaut, accourait à la tête d'une armée. Sur le refus
4 . Le nouveau roi de Neustrie, qui, comme nous le verrons, reçut dans la suite le nom de Clotaire II, n'avait encore que quatre mois, lorsqu'il perdit son père.
des habitants de Paris de lui ouvrir les portes de leur ville , il s'adressa à son oncle lui-même , lui demandant de livrer entre ses mains , pour qu'il en pût tirer enfin une éclatante vengeance, celle dont les fureurs avaient fait périr Galsuinte, Sigebert et tant d'autres royales victimes. Mais, fidèle à sa parole, Contran repoussa hautement la demande que lui faisait Childebert. Il ne l'écouta pas davantage , lorsque ce dernier lui proposa d'unir leurs forces, pour dépouiller de son héritage le fils de ce Chilpéric, qui avait été leur commun ennemi. Il se hâta, au contraire, de présenter le petit prince aux grands du royaume de Soissons, qui le reconnurent aussitôt pour leur roi, et lui firent ensuite prêter serment de fidélité par toutes les villes qui avaient appartenu à son père. L'un des premiers soins de Contran, dès qu'il eut pris en main la tutelle de son neveu, fut de travailler à réparer les maux sans nombre que les sujets de Chilpéric avaient eu à souffrir sous le règne de cet odieux tyran. Il rappela les bannis de leur exil , annula les sentences iniques , restitua les biens qui avaient été injustement confisqués. Bientôt même , cédant à la clameur publique , il relégua Frédégonde dans le domaine royal deReuil*. C'est ainsi qu'il s'appliquait à mériter, par un noble usage de son pouvoir, la reconnaissance des Neustriens , quand se forma contre lui un orage formidable.
4. C'est aujourd'hui Noire-Dame du Vaudreuil, dans la vallée de TEure, à peu de distance de l'endroit où cette riviète fait sa jonction avec la Seine (département de l'Eure, arrondissement de Louviers, canton du Pontde-r Arche).
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On avait vu longtemps à Constantinople un homme qui se disait fils de Clotaire I*', et qui, en signe de cette royale origine, portait la longue chevelure, attribut distinctif des princes mérovingiens. Il s'appelait Gondovald. Clotaire, auqyel sa mère^ l'avait présenté dans son enfance , n'avait point voulu le reconnaître , et lorsque , plus tard , il vint réclamer sa part de la succession paternelle, les fils du roi de Soissons le repoussèrent avec mépris. Ainsi renié et abandonné de la famille qu'il appelait la sienne , il passa de longues années en proie à la misère. 11 parait même qu'il fut réduit, pour vivre , à s'enrôler parmi les ouvriers qui travaillaient à orner de peintures les murailles des maisons particulières et des églises. Enfin, après diverses aventures , il se relira dans la capitale de l'empire d'Orient, où le gouvernement grec l'accueillit avec bienveillance. Ce fut là sans doute le motif qui le détermina à fixer sa résidence dans cette ville. Las d'être le jouet de la fortune , il semblait résigné à mener une existence obscure, mais tranquille, sans plus songer à revendiquer ses droits au trône, lorsque l'un des seigneurs les plus puissants de l'Ostrasie, le célèbre Gontran-Boson , qui se trouvait alors comme ambassadeur à Constantinople, vint réveil-
i . Le roi Clotaire I*' avait eu un grand nombre de femmes. Mais toutes n*avaient point vu leur union avec ce prince légitimée et bénie par l'Église, et il en avait été de même sans doute de la mère de Gondovald.
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1er son ambition et lui promettre l'appui des leudes francs.
A cette époque , l'aristocratie franque, indignée des tentatives qu'avaient faites quelques-uns des descen^ dants de Clovis pour la plier à l'obéissance et restreindre son pouvoir, était en lutte ouverte avec la royauté. Des menaces hautaines, des conspirations ourdies dans l'ombre, des révoltes fréquentes n'attestaient que trop l'esprit d'insubordination des grands et leur haine chaque jour croissante contre la race des Mérovingiens. Gontran surtout leur était odieux. Peut-être leur animosité contre lui venait-elle de ce qu'il avait annoncé, en plusieurs occasions, l'intention de réprimer sévèrement la turbulence des leudes et leurs continuels complots, non-seulement contre l'autorité , mais même contre la vie des descendants de Clovis. Toujours est-il que sa ruine était devenue le but permanent de leurs vœux et de leurs efforts , et ce fut dans cette pensée qu'ils appelèrent Gondovald en Gaule. Ils voulaient se servir de lui pour renverser Gontran ; puis ils l'auraient fait monter lui-même sur le trône. Ils ne doutaient point qu'un roi, qui leur serait redevable de son élévation , ne s'empressât , en retour, de leur garantir la pleine et libre jouissance des privilèges qu'ils s'étaient arrogés, et qu'ils comptaient bien désormais mettre à l'abri .de toute atteinte.
Gondovald, comme s'il eût été retenu par quelque sinistre pressentiment, ne répondit d'abord qu'avec beaucoup de réserve aux ouvertures qui lui étaient faites au nom de l'aristocratie franque. A la fin pourtant , rassuré par les protestations réitérées du duc
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Boson et par les serments solennels que celui-ci renouvela, en sa présence, dans douze églises ou chapelles de Con3tantinople , il se décida à quitter cette ville et se rendit par mer à Marseille (582). A peine y fut -il débarqué, qu'une partie de la population se déclara en sa faveur. Plusieurs des principaux d'entre les leudes vinrent aussi le rejoindre. Dans le nombre se trouvait le patrice de Bourgogne, ce Mummold qui, par ses talents, sa valeur et ses exploits*, était regardé comme le personnage le plus illustre de la Gaule franque. Hais la mésintelligence qui ne tarda pas à se mettre entre les chefs de l'insurrection , et la trahison de quelquesmns , firent échouer cette première tentative de Gondovald. Il se retira alors dans une lie que les historiens ne nomment pas, et où il demeura caché, en attendant une occasion plus propice. Elle se présenta bientôt.
Vers la fin de l'année 584", enhardis par l'état de trouble où se trouvait la plus grande partie du royaume , et plus encore par la minorité du roi de Soissons, l'extrême jeunesse de Childebert' et la faiblesse bien connue de Contran , les factieux renouèrent leurs intrigues et ramenèrent Gondovald sur la scène. Cette fois, ses progrès furent beaucoup plus rapides qu'en 582, et, en apparence, bien plus décisifs. Dans l'espace de moins de trois mois , il rangea sous son autorité non-seulement le Dauphîné et la
i. Voy. la noie 4 de la p. 429.
2. C'était, par conséquent, peu de temps après la mort de Chilpéric.
3. Ckildebert n, à celte époque, n'avait encore que quatorze ans.
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Provence, mais aussi une grande partie de l'Aquitaine. Alors, accompagné de Mummold , il se rendit à Brivesla-Gaillarde*. Là, suivant l'antique cérémonial, il fut élevé sur un bouclier et promené trois fois dans les rangs de son armée, qui le salua roi. Puis il parcourut les. principales cités de l'Aquitaine, Périgueux, Angouléme, Poitiers, Saintes, Bordeaux, Agen, Cahors, Toulouse, etc., dont les habitants s'empressèrent de le recevoir dans leurs murs. Déjà il parlait d'aller bientôt fixer sa résidence à Paris, et un tel projet paraissait n'avoir rien de trop téméraire. En effet, Childebert lui-même , trompé par les perfides conseils de quelques-uns de ses leudes, qui abusaient de son inexpérience pour le trahir et l'entraîner à sa perte , avait promis de soutenir Gondovald dans son entreprise et de l'aider à rentrer en possession de* ses droits.
Contran ne reçut point sans une sorte de terreur la nouvelle de ces événements. Néanmoins , avec une promptitude de résolution qui ne lui était pas habituelle, il prit immédiatement des mesures pour étouffer Une si dangereuse révolte. Son premier soin fut de chercher à enlever aux rebelles l'appui de son neveu Childëberti en se réconciliant avec ce prince. Il l'envoya donc inviter , au commencement de l'année 685 , à se rèpdre auprès de lui. Le roi de Metz accepta l'invitation, et, malgré les efforts que firent pour l'en détourner ceux de ses leudes qui avaient trempé
\. Brives-la-Gaillardc , alors simple bourg, est aujourd'hui une assez Jolie Yllle , cheMieu d'arrondissement du département de la Corrète , ft vingt-trois kilomètres sud-ouest de Tulle.
i80 GOMTRAN £T CHILDEBERT 11.
dans le complot de Gondovald, il vint trouver son oncle à ChAlons-sur-Saône. 11 en fut accueilli avec une bonté toute paternelle. Contran s'empressa de restituer à Childebert les quelques villes que celui-ci réclamait' depuis le commencement de son règne , et dont la possession contestée avait été jusqu'alors entre eux la cause de brouilleries fréquentes. Ensuite il résolut de renouveler l'adoption solennelle de son neveu*. Il le conduisit donc au milieu de l'assemblée des seigneurs ostrasiens et bourguignons, et lui plaçant une lance dans la main' : « Ceci , lui dit-il , est la marque certaine que je t'ai remis mon royaume ; maintenant , va , soumets à ta domination toutes mes villes, comme si elles étaient véritablement à toi, el sois le seul héritier de mes États ^ « Après quoi il prit le jeune prince à part, et, dans un long entretien , il lui fit connaître quels étaient, parmi les grands de sa cour, ceux de qui il pouvait attendre de bons et utiles conseils, et ceux dont, au contraire, il devait se défier. Au banquet du