Voy. i ce sujet la note de la p
2. On se rappelle que déjà, en 577, Gontran avait, une première fois, adopté son neveu (voy. ci-dessus, p. 430).
3. Chez les Francs , la lance était, aussi bien que le sceptre, le symbole de la royauté. Voilà pourquoi , sur Tanneau trouvé dans le tombeau de Childéiic, ce prince est représenté tenant une lance à la main.
4. Ainsi il déshéritait son autre neveu, le flls de Chilpéric,*donl il avait d'abord généreusement adopté la tutelle. Mais Frédégonde et les leudes du royaume de Neustrie avaient profondément blessé le roi de Bourgogne, en refusant plusieurs fois avec obstination de lui laisser voir le jeuae prince, et ce fut sans doute par ressentiment de la déflance injurieuse qu'on semblait ainsi lui témoigner, que Gontran se décida à Texclure de sa succession.
soir, le roi de Bourgogne, s'adressant aux leudes qui l'entouraient et leur montrant Childebert : « Voilà mon fils , leur dit-il. Maintenant ce n'est plus un enfant, mais un homme. Renoncez donc désonnais à vos trames perfides et à vos projets de révolte ; car il est votre roi, et vous lui devez tous obéissance et respect. » Trois jours se passèrent dans les festins et les réjouissances. Enfin les deux princes , après s'être fait l'un à l'autre de riches présents, se séparèrent, et Childebert reprit la route de Metz.
CMBdevaM^ forcé de battre en. retraite devant l^armée baiirsalgneMBe , se retable dans Cammlnses*— 0iése et «ae de cette ville* ^Mart de Ciendevald et de aes principaux partisans*
Cette réconciliation des rois de Bourgogne et d'Ostrasie porta un coup irréparable aux affaires de Gondovald. Il perdait par là tout espoir d'une diversion faite par les Francs du royaume de Metz. Bientôt quelques-uns de ses partisans l'abandonnèrent , dans l'espoir d'obtenir, au prix de cette défection, leur pardon de Contran. Gondovald apprit en même temps que les troupes de ce dernier , après avoir reçu de nombreux renforts, s'étaient mises à sa poursuite. Alors, désespérant de pouvoir tenir tête à l'ennemi en rase campa* gne, il repassa à la hâte la Garonne, et, se dirigeant vers les Pyrénées, il courut se réfugier derrière les remparts de Comminges*.
4 . Aujourd'hui Saint-Berlrand-Hlc-Comniiiiges, i vingt et un kilomètres sud-ouMt de Sainl-Gaudens (déparlement de la Haute-Garonne}. Il H
Cette ville avait été fondée par les Romains , vers le milieu du premier siècle avant Fère chrétienne. Située sur la cime d'un rocher très-escarpé et isolé de toutes parts, elle dominait cette vallée longue et étroite où la Garonne , qui n'est encore qu'un torrent, roule à travers mille obstacles ses ondes écumantes, avant de se frayer dans la plaine un libre passage, n n'y avait point d'eau sur cette hauteur. Hais du pied du rocher jaillissait une source vive. Une grosse tour en défendait les approches , et tout près de là aboutissait un chemin souterrain qui, partant de la ville même, permettait aux habitants devenir, sans ètr^e vus, puiser à cette source Feau nécessaire à leurs besoins. La place, entourée d'épaisses murailles, était d'ailleurs abondamment pourvue de vivres. Aussi Gondovald n'hésita-t-il point à s'y renfermer avec ceux de ses compagnons d'armes qui étaient demeurés fidèles» à sa fortune.
Cependant les troupes de Contran s'avançaient à marches forcées, pillant et ravageant tout sur leur passage. Arrivées devant Comminges, elles prirent position au bas de la montagne et y dressèrent leurs tentes* Tandis que, de part et d'autre, on travaillait avec activité aux préparatifs de l'attaque et de la défense, souvent des soldats de l'armée assiégeante gravissaient la hauteur, et, s'arrêtant à portée de la voix, ils adressaient à Gondovald , dès qu'il se montrait sur les remparts , les interpellations les plus injurieuses : « Ne serais-tu pas, lui criaient-ils, ce méchant pemtre qu'on a vu , au temps du roi Clolaire , badigeonner les murailles et les plafonds des oratoires?
GONTRAN ET GHILDËBERT II. i83
N'est-ce pas toi que les habitants des Gaules surnommaient Ballomer*? N'es-tu pas cet homme , enfin, qui, pour avoir osé aspirer au trône , fut , à plusieurs reprises, tondu* par nos rois et envoyé en exil? Qui donc t'a inspiré l'audace d'envahir leurs possessions ? Maintenant la mort est devant tes yeux; sous tes pieds s'ouvre le goufifre que tu as cherché si longtemps, et nous allons t'y précipiter. » Et lui, pour toute réponse à ces railleries et à ces menaces , leur racontait la longue histoire de ses malheurs. Il leur disait aussi comment et par qui il avait été appelé en Gaule, et les adjurait de se joindre à lui, afin d'amener Gontran à le reconnaître pour son frère el à lui rendre sa part de l'héritage paternel. Que s'ils ne voulaient pas l'aider à obtenir justice , il les suppliait du moins de le laisser retourner librement à Constantinople. Mais, se» paroles ne provoquaient, de la part de ceux à qui il s'adressait, que de bruyants éclats de rire et de nouveaux outrages.
A la suite de quelques escarmouches sans importance , les travaux du siège commencèrent. Les Bourguignons firent d'abord avancer contre la ville leurs machines de guerre, parmi lesquelles figuraient plusieurs béliers*. Mais lorsqu'ils furent arrivés au pied
i . Ce surnom de fiallomer voulait dire, à ce qu'il paraît, le faux prince.
2. Il l'avait été, une première fois, par ordre de Clotaire, lorsque sa mère le {trésentA à ce prince qui ne voulut pas l'avouer pour son fils. t'Ius tdrd , Sigebert le fit encore dépouiller de la longue chevelure qu'il 86 prétendait en droit de porter, comme issu des Mérovingiens.
9. On appelait ainsi une machine de guerre faite d'une longue poutre assez semblable à un mât de navire, et dont une des- extrémités, armée de fer, avait ordinairement la forme d'une tète de bélier. Cette machine, placée
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des murs, ni les claies, ni les madriers dont ils avaient, suivant l'usage, formé des galeries couvertes, ne purent les garantir des traits que faisaient pleuvoir sur eux les défenseurs de la place. Souvent encore ces derniers les accablaient d'une grêle de pierres, ou bien ils leur lançaient des pots remplis de poix ardente et de graisse enflammée. Tout soldat bourguignon qui se présentait à la portée des coups de l'ennemi, tombait bientôt mortellement atteint. Les assaillants dirigèrent alors leurs efforts d*un autre côté. Ils comblèrent avec des fascines* le fossé profond qui était à l'orient de la ville , afln de pouvoir facilement approcher des remparts, qu'ils croyaient sans doute moins bien gardés ou plus faibles en cet endroit. Mais ils ne parvinrent point à mettre en défaut la vigilance de la garnison , et les assauts successifs qu'ils tentèrent , durant plusieurs semaines , furent constamment repoussés.
horizontalement sous une galerie roulante , était attachée par le milieu avec de grosses cordes ou avec des chaînes, et suspendue à une Torte traverse. À Taide de ces cordes ou de ces chaînes, on mettait le bélier en mouvement, et on le poussait violemment contre les murs de la ville assiégée, jusqu'à ce qu'il y eût fait brèche. Quant à la galerie elle-même, qui était recouverte de claies et de madriers , elle avait une double destination : elle servdit à Taire avancer le bélier jusque sous les murs de la place, et à protéger ceux qui le faisaient jouer contre les projectiles de toute sorte qu'on leur lançait du haut des remparts ennemis.
L'invention des béliera remontait à une très-haute antiquité, et c'était des Romains que les Francs en avaient appris l'usage, de même qu'ils leur avaient aussi emprunté toutes les autres machines de guerre qu'ils employaient dans les sièges.
4 . C'étaient des fagots de branchages , qui servaient à combler les fossés de la ville assiégée , lorsqu'on voulait ou faire approcher les machines des murailles ou monter à l'assaut.
Les assiégeants avaient déjà perdu beaucoup de monde dans ces attaques infructueuses. Convaincus dès lors qu'ils ne pourraient point, par la force seule, venir à bout de la résistance qu'on leur opposait, les généraux de Contran eurent recours à un autre moyen : ce fut d'adresser aux principaux chefs des ennemis, et en particulier à Mummold, un message secret, pour les. exhorter à abandonner une cause perdue et leur garantir la vie sauve, à la condition de livrer cet aventurier qui se disait leur roi légitime. Des pourparlers s'engagèrent aussitôt, et l'infâme marché fut promptement conclu. Alors les traîtres se rendent auprès de Gondovald, et Mummold prenant la parole au nom de tous : « Tu sais, lui ditil, que nous Cavons prêté serment de fidélité. Eh bien! écoute un conseil salutaire : sors de cette ville, et va, suivant le désir que tu en as souvent manifesté, le présenter à ton frère. Nous venons d'avoir un entretien avec quelques-uns de ses officiers, et ils nous ont affirmé que leur roi ne songe nullement à te faire périr ; car il ne reste plus que bien peu de rejetons de votre race. >» A ces mots, Gondovald, comprenant que sa perte était résolue, leur rappela, non sans une vive et bien naturelle émotion , que c'était sur leurs instances qu'il avait quitté Constantinople , et qu'il n'avait jamais voulu régner que par eux et pour eux. « Si vous me trompez, ajoula-t-il, c'est Dieu qui vous en demandera compte; c'est lui qui sera juge entre vous et moi. » Mummold lui répondit que ses iTaintes étaient dénuées de fondement ; qu'au reste il n'y avait plus à délibérer , parce que déjà les plus
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grands seigneurs de Tarmée de Bourgogne l'attendaient en dehors des murs de la place, pour le recevoir et lui faire cortège. En même temps, d'un ton rude et brusque, il redemanda à Gondovald un baudrier d'or dont lui-même lui avait fait présent. De plus , comme tous deux avaient naguère, en signe d'amitié, échangé leurs épées : « Reprends ton èpée , lui dit-il encore , et rends-moi la mienne. » Quand on eut franchi la porte de la ville , le perfide patrice remit Gondovald aux mains des seigneurs bourguignons et rentra luimême dans Comminges. Alors l'infortuné, qui se voyait au pouvoir de ses ennemis, levant les bras et les yeux au ciel : < Dieu juste, dit-il, Dieu qui as en horreur la fourberie et le mensonge, puisses-tu me venger bientôt de tous ceux qui m'ont si indignement trahi! »
A quelque distance des murailles, comme on côtoyait le bord du précipice formé par l'escarpement du rocher sur lequel la ville était assise, un de ceux qui accompagnaient Gondovald le poussa si rudement qu'il le fit tomber. Aussitôt cet homme s'écria d'un air de triomphe : « Voilà votre Ballomer, voilà celui qui se prétend fils et frère de rois ! » et , en prononçant ces mots, il le frappa d'un javelot qu'il tenait à la main. Mais le coup, amorti par la cuirasse de Gondovald, ne lui fit aucun mal. Celui-ci s'étant relevé s'efforçait de remonter vers la ville, lorsque le duc Boson lui lança une pierre qui l'atteignit à la tête et le renversa mort. Son cadavre , percé de mille coups par les soldats bourguignons, fut ensuite lié avec une corde et traîné tout à i'entour du camp ; puis, après
qu'on lui eut arraché la barbe et les cheveux, on l'abandonna sans sépulture. Ce meurtre allait être suivi d'une scène bien plus horrible encore. Le lendemain, dès la pointe du jour, l'armée de Contran, introduite dans Comminges par Mummoid et les divers chefs du complot, fit main basse sur les habitants, mit le feu aux maisons, aux églises et aux autres édifices, et détruisit de fond en comble cette malheureuse cité (685)*.
Le dernier vœu de Gondovald ne devait pas tarder à s'accomplir. Un ordre secret du roi de Bourgogne avait prescrit à ses généraux de punir de mort , nonobstant toute promesse de pardon qui aurait pu leur être feite, Mununold et tous les grands renfermés avec lui dans la place. Le patrice, qui eut vent du sort qu'on lui réservait, voulut du moins vendre chèrement sa vie. Cerné dans une tente où il s'était ré* ftigié, il se défendit avec le courage du désespoir, et rendit longtemps inutiles toutes les attaques. Â la fin, comme il cherchait à s'élancer dehors et à se faire jour à travers la foule des assaillants, il tomba percé de coups. Plusieurs de ses complices eurent une fin semblable. Nul ne les plaignit, et assurément ils ne méritaient aucune pitié. Mais Contran devait -il oublier qu'on se déshonore en vengeant la perfidie par une autre perfidie , le crime par un autre crime?
4 . Elle ne Ait rebAtie qae cinq siècles après, en 4 085, par saint Bertrand, évèque du pays de Comminges. Après la mort de ce prélat, les habitants, par reconnaissance , donnèrent son nom à leur ville. C'est depuis lors qn^on l'a appelée Saint-Bertrand-de-Commingen.
188 GONTRAN ET CBILDEBERT H.
Au nombre de ceux qui furent enveloppés dans la perte du patrice de Bourgogne se trouvait Sagittaire, évèque de Gap. C'était un homme de très-mauvaises mœurs, perfide, violent, cruel, et dont toute la TÎe n'offhiit qu'une longue suite de désordres et de crimes. En 572, lors de la première invasion des Lombards, on Pavait vu, avec son frère Salone, évêque d'Embrun, mettant en oubli la dignité et les devoirs du ministère sacerdotal, se mêler au tumulte des camps, et tous deux, comme le dit Grégoire de Tours, iarmanJt ncm de la croix céleste^ mais du casque et de la cuirasse du siècle ^ ils avaient versé y de leurs propres mains ^ le sang de beaucoup d'hommes. Ce scandale , le premier de ce genre qui eût affligé l'Église des Gaules , causa dans tout le clei^é une vive et douloureuse émotion. Aussi une sentence de déposition fut- elle, bientôt après, prononcée contre les deux frères, par un concile convoqué à Châlons-sur- Saône.
Sagittaire avait été l'un des plus empressés à trahir Gondovald et à se rendre dans le camp bourguignon. Témoin du meurtre de Mummold , il comprit qu'un sort semblable le menaçait lui-même et fut saisi d'une subite terreur. Quelqu'un qui se trouvait à ses côtés lui dit alors : « Tu vois ce qui se passe. Crois-moi , couvre-toi la tête de ton capuchon, pour n'être pas reconnu, et cours te cacher dans la forêt prochaine. » Sagittaire voulut suivre cet avis; mais au moment où il essayait de s'enfuir du camp, celui-là même qui lui en avait donné le conseil, le frappant par derrière avec son épée , lui abattit la tête.
Quant à Gonlran-Boson, le principal auteur de tous ces troubles, il parvint alors à s'échapper ; mais, deux ans après, étant entré dans un nouveau complot, il fut arrêté et mis à mort par ordre des dçux rois de Bourgogne et d'Ostrasie. « C'était, nous dit Grégoire de Tours, un homme vain dans sa conduite, d'une avarice insatiable, avide outre mesure du bien d'au- Irui,, donnant sa foi à tout venant, et toujours prêt à se jouer de ses promesses. ».
MonTelles eon^plratlons des tendes. — Traité d^Andelet.
Le mauvais succès de l'entreprise de Gondovald n'avait point découragé les leudes, et ils ne tardèrent pas à former* de nouveaux complots. Effrayé de se voir sans cesse en butte à la haine de ces hommes qui semblaient avoir juré l'extermination de la race royale*, Gontran ne se montrait plus en public qu'entouré d'une escorte nombreuse. En même temps , il surveillait avec une sollicitude inquiète la conduite des grands de la cour de Metz. Averti par son oncle du péril qui le menaçait, Childebert se tint sur ses gardes et déjoua toutes leurs trames. La vengeance qu'il en tira fut atroce. On raconte, entre autres, que deux des conjurés', attirés sous
4 . « Puisque tu ne veux pas rendre à ton. neveu les villes que tu lui as enlevées, disait un jour à Gontran un ambassadeur ostrasien, souviensloi de mes paroles : la hache qui a frappé la tête de les frères est encore en bon état, et bientôt elle te brisera le crâne. »
2. Ils s'appelaient, l'un Magnovald, Tautre Rauching. Celui-ci était duc de Champagne; celui-là un des grands officiers du palais de Childebert.
un faux prétexte dans le palais , périrent massacrés par les ordres du prince et en sa présence. Quelle triste époque que celle où la justice ne savait atteindre un coupable qu'en recourant au guet-apens et à l'assassinat !
En 687, Contran fit demander à son neveu une nouvelle entrevue, afin de pouvoir s'entendre avec lui sur les mesures qu'il convenait de prendre pour leur sûreté mutuelle. Ce fut à Andelot * , villa royale au sud du royaume d'Ostrasie, qu'ils se réunirent. Là , les deux rois commencèrent par régler à l'amiable tous les sujets de contestation et de mésintelligence qui pouvaient encore exister entre eux, surtout relativement au partage des villes et territoires provenant de la succession de Carîbert*. Après quoi ils avisèrent aux moyens de se donner une sorte de garantie réciproque contre le parjure et la trahison. Dans cette pensée, ils se promirent de ne plus permettre désormais que les leudes pussent passer capricieusement d'un royaume à l'autre, comme cela était arrivé souvent pendant les guerres civiles , parfois à la sollicitation des princes eux-mêmes. De plus, on convint
i . Andelot, aujourd'hui cheMieu d'arrondisgemenl du département de la Haute-Marne, est situé sur la rive droite du Rognon , affluent de la Marne, à environ seize kilomètres au nord-est de Chaumont.
2. L'une des clauses du traité d' Andelot adjugea à Gontran la possession exclusive de Paris, que ce piince réclamait comme ayant, lui seul des trois frères et héritiers de Caribert, tenu son serment de ne point entrer de vive force dans celte ville. A ce titre, il avait également élevé des prétentions sur la totalité de la succession de l'ancien roi de Paris. Mais il finit par se contenter du pays Chartrain, du Dunois, du Vendomois et de la cité d'Étampes, laissant le reste à son neveu.
aONTRAN ET CHILBEBERT II. 191
que tous les transfuges seraient contraints de retourner auprès du roi qui avait reçu leurs premiers serments. Toutefois , pour ne pas pousser à bout Taristocratie franque, Childebert et Contran décidèrent, d'un commun accord , de faire droit à quelques-unes de ses réclamations.
C'est principalement la question des bénéfices qui avait mis aux prises les rois mérovingiens et leurs leudes. Mais avant de dire ce qui fut arrêté à Ândelot sur ce point important, quelques explications préliminaires sont indispensables.
Anciennement, dans la Germanie, les rois, les chefs francs, pour s'attacher plus étroitement leurs compagnons d'armes, leur donnaient de fréquents et copieux festins * ; ou bien encore ils leur distribuaient des framées, des épées, des chevaux de bataille, des esclaves. Plus tard, la conquête de la Gaule ayant fait tomber en leur pouvoir dimmenses domaines , des lots de terre, pris sur ces domaines, devinrent, pour les princes mérovingiens, les présents ordinaires par lesquels ils cherchaient à retenir autour d'eux leurs leudes ou à en acquérir de nouveaux. C'est là ce qu'on appela des bénéfices. Ils différaient essentiellement des alleux*^ c'est-à-dire des terres que les
i. Voy. p. U3 da tome précédent.
t. Alodis on allodium, dans le latin du moyen âge.
La terre allodiale, aussi appelée terre saliqne^ était, d'après quelques publicistes, la terre du Salien. D'autres, dont l'opinion semble plus probable, veulent que ce (ût la terre qui entourait immédiatement la tala^ comme on disait en langue germanique^ c'est-à-éire ta maison du guei«> rier, et qui formait le prineipat domaine el le palrimelntf partlealier d«
192 CONTRAN ET GHILDEBERT U.
Francs, à l'époque de leur établissement dans le pays conquis, avaient enlevées aux vaincus pour se les partager parla voie du sort S et qui demeurèrent la pleine et libre propriété de quiconque en était devenu possesseur*. En effet, les bénéfices ne se donnaient qu*à titre d'usufruit, pour un temps presque toujours limité*, et sous la condition expresse de la fidélité^ Au bénéficiaire envers le donateur. Gomme autrefois le compagnon germain , le leude qui avait ainsi reçu un lot de terre, devait se dévouer à son chef, à son ««gnetir, le suivre dans toutes ses expéditions, combattre à ses côtés, et, au besoin, mourir pour le défendre. S'il manqu,ait à ses obligations, s'il se rendait CQUpable de lâcheté ou de félonie, alors il perdait
la famille. De là Yienl qu'on la nommait aussi quelquefois la terre des aXeux. Dans l'origine, les enfanU mâles héritaient seuls de Tallça, au préjudice des flUes. Mais cette loi d'exclusion ne tarda pas à tomber en désuétude.
1 . Il est probable que ce partage eut lieu de la même manière que celui qui avait suivi. l'invasioB des Bourguignons et des Visigotbs (voy. la note 2 de la p. 252 du tome précédent). Mais, du reste, on ne sait rien de précis à cet égard.
2. Le possesseur d*un alleu ne relevait de personne pour sa terre ; car, comme on disait plus tard, il ne la tenait- que de Dieu et de son épée.
3. On trouve bien, dès l'époque mérovingienne, des exemples de bénéfices concédés à titre héréditaire. Mais, en général, la concession n'était faite que pour la vie du bénéficier. Quand il mourait, sa terre fiiisait retour au fisc, ou bien, si elle passait A ses enfants, c'était avec le consentement formel du donateur.
Il y avait aussi des terres qui étaient données en usufruit pour un temps fixe, pour cinq ans, pour dix ans, par 'exemple. C'est ce qu'on appelait des précaires.
4. Ce mot exprimait alors, d'une manière générale, mais un peu vague, les obligations du bénéficier envers le donateur, obligation^ qui devaient plus tard se régulariser et devenir de véritables lois.
tout droit à la possession de «on bénéfice. Telle était la règle; mais cette règle, qu'aucune loi d'ailleurs n'avait encore sanctionnée d'une manière formelle , était souvent violée. D'une part, les bénéficiérs ne se résignaient qu'avec peine à ne point regarder comme leur appartenant en propre les biens qu'ils tenaient de la libéralité royale. Aussi s'etîorçaient - ils sans cesse d'en changer la nature, afin de pouvoir les transmettre héréditairement à leurs enfants, et comme de simples alleux. D'autre part, les rois ne se faisaient nul scrupule de révoquer, par vengeance, par caprice, sur le plus léger prétexte, les donations qu'ils avaient faites. Toute l'histoire du temps est pleine d'exemples de ces confiscations "Tirbitraires , iniques , brutales, qui exaspéraient les grands et ajoutaient continuellement de nouveaux griefs à tous ceux qu'ils avaient déjà contre la race mérovingienne.
Justement inquiets de cette situation violente et pleine de périls , Contran et Childebert avaient résolu, tout en maintenant les droits du pouvoir royal, d'apaiser par quelque concession l'irritation croissante des leudes. Ils insérèrent donc, dans le traité d'Andelot, diverses clauses destinées à rassurer les possesseurs de bénéfices contre la crainte d'être, à l'avenir, dépouillés sans raison de leurs biens. La dernière , qui résume toutes les autres, était ainsi conçue : « Que chacun jouisse en toute sécurité de ce qu'il aura obtenu de la munificence des princes précédents jusqu'à la mort du seigneur roi Clotaire*, et que tout