Clolairel
ce qui , depuis cette époque , aura été ravi aux personnes restées fldèles^ leur soit immédiatement restitué. »
Cette première concession, faite par la royauté, suspendit, mais ne termina point la lutte. Elle devait se continuer encore, avec des vicissitudes diverses, durant plusieurs siècles, jusqu'à Tépoque où les possesseurs de fiefs (nom qu'on donna plus tard aux bénéfices) ayant conquis non-seulement Ji'hérédité, mais la plupart des droits qui sont l'essence même du pouvoir souverain , notre pays passa sous les lois de la féodalité.
Bx|^i«loB« dlv«r«e0 jle CHmiran et de CMMeberi il. ^ Baptême du Jeune rel de Meustrie. — Mort de «ontras. — • mort de Chlldebert.
En 585, deux ans avant le traité d'Andelot, Contran, reprenant les projets de Clovis, avait entrepris d'expulser les Visigoths de la Septimanie et de les rejeter au delà des Pyrénées. Mais les deux armées qu'il envoya contre eux furent vigoureusement repoussées et perdirent beaucoup de monde , soit dans le combat, soit dans la retraite. Deux nouvelles expéditions, l'une en 687 (peu de mois après l'entrevue d'Andelot), l'autre en 589, ne réussirent pas mieux. Depuis lors, les Francs renoncèrent à disputer aux Visigoths la possession de cette belle et riche province.
Gontran ne fut pas plus heureux dans la guerre qu'il fit aux Bretons. En sa qualité de tuteur du fils de ' Chilpéric, il s'était chargé de réprimer ces voisins incommodes, qui, par leurs incursions, infestaient
CONTRAN ET CHÏLDEBERT II. 195
sans cesse la frontière du royaume de Soissons. En 690, ses troupes s'avancèrent jusque sur le territoire de Vannes. Mais à la suite d'une bataille meurtrière, qu'elles perdirent, elles furent contraintes d'évacuer précipitamment le pays. L'indépendance de la Bretagne ne devait plus être sérieusement menacée, durant tout le reste de la période mérovingienne.
Le roi de Metz, de son côté, avait tourné ses armes contre l'Italie. Il s'était laissé entraîner à cette guerre et par sa propre ambition, et par les sollicitations de l'empereur d'Orient, Maurice, qui voulait se servir des Ostrasiens pour chasser les Lombards de la Péninsule. Comme autrefois Théodebert !•', quand il faisait espérer à Justinien son appui contre les Ostrogoths , Childebert reçut de la cour de Constantinople des subsides considérables, pour prix du service qu'il s'engageait à lui rendre. Mais à l'exemple aussi du fils de Thierry, il se promettait bien de garder pour lui-même ses conquêtes. Du reste , le succès répondit peu à son attente. Des diverses expéditions qu'il dirigea en personne ou que ses lieutenants conduisirent contre la nation lombarde , aucune ne réussit. La dernière eut lieu en 690. Après avoir, pour unique fruit de leur invasion, ravagé tout le plat pays et pris quelques viDes sans importance, les Francs, décimés par la famine et par les maladies pestilentielles, plus encofe que par le fer de l'ennemi, se décidèrent à repasser les Alpes*. Quant aux Lom-
I . Ils ne devaient pins reparaître en armes dans la Péninsule que sous Pépin, le fondateur de la dynastie carloTingienne.
iQ6 CONTRAN ET CHTLDEBERT II.
bards, comme ils craignaient que l'alliance des Ostrasiens et des Grecs ne les. exposât sans cesse à. de nouveaux périls , ils résolurent , quoique vainqueurs, de demander la paix à Childebert. Ils l'obtinrent ; mais ce fut à condition de lui payer un tribut annuel de douze mille sous d'or, et de s'engager à marcher comme auxiliaires, chaque fois qu'ils en seraient requis, sous les drapeaux des Francs.
L'année suivante (591), la mésintelligence parut près de renaître entre les rois d'Ostrasie et de Bourgogne. Ce dernier, à la demande de Frédégonde, qui, depuis quelque temps, cherchait à se. rapprocher de lui, avait promis d'être le parrain de son fils; car on avait toujours différé jusqu'alors le baptême de cet enfant, déjà parvenu à sa septième année. Contran se. rendît donc à Paris, accompagné d'une suite nombreuse; ensuite il alla à RueP, domaine royal situé à peu de distance de cette ville. Ce fut là qu'on lui amena son neveu. Mais, en même temps, il vit arriver des envoyés du roi de Metz qui venaient lui reprocher de trahir ses serments , en s'unissant aux plus dangereux ennemis de leur maître. Contran, après les avoir écoutés , leur répondit avec beaucoup de calme et de raison : « Non, je ne manque point à la foi que j'ai jurée à Childebert, et il serait mal à lui de se plaindre de ce que j'ai voulu accomplir envers son cousin, le fils de mon frère, un devoir auquel nul chrétien ne peut se refuser. Si les maîtres présentent souvent eux-
4 . Aujourd'hui simple commune du département de Seine-et-Oise / à douze kilomètres à Touest de Paris.
CONTRAN ET CHILDÉBERT II. 197
mêmes sur les fonts baptismaux les enfants de lem's propres serviteurs , pourquoi ne me serait-il pas permis d'y présenter un proche parent, et d'en faire mon fils spirituel par la grâce du baptême? Allez donc , et dites de ma part à votre roi que je suis toujours décidé à conserver intact le traité que nous avons conclu ensemble, et que si ce traité n'est pas rompu par sa faute , il ne le sera certainement pas par la mienne. »
Quand il eut congédié les envoyés ostrasiens, Contran donna l'ordre de préparer le baptistère de la chapelle du village de Nanterre. Cette chapelle était placée sotis l'invocation de sainte Geneviève, et, suivant la tradition, elle occupait l'emplacement où s'élevait autrefois la maison des parents de la célèbre patronne de Paris. Fidèle à sa promesse, Contran tint lui-même son neveu sur les fonts sacrés ; il lui donna le nom de Clotaire, qui, dans la langue des Francs, signifiait jmr^ sans tache, et, levant les yeux au ciel : « Qu'il croisse, cet enfant, dit-il; qu'il se montre digne du nom qu'il a reçu, et puisse-t-il un jour égaler en puissance le roi qui, le premier, s'est appelé Clotaire* ! »
Après la célébration du baptême, Contran était retourné dans sa résidence de Chàlons-sur-Sàône.; Il y mourut deux ans après (593), et, conformément aux stipulations du traité d'Andelot, ses États passèrent à son neveu Childebert, qui se trouva ainsi le maître de
4. Le X* cl dernier livre de V Histoire ecclésiastique des Francs, par Grégoire de Tours, s'arrête peu après le récit du baptême de Clotaire II, et à cette même année (594).
la plus grande partie de l'empire gallo-franc. Mais aux yeux de Tambitieuse Brunehaut, ce n*était point assez encore. Foulant aux pieds toute justice » elle voulait que ce prince profitât de Timmense supériorité de ses forces, pour détrôner le jeune Clotaire II et le dépouiller de son royaume. Surtout il lui tardait de le voir saisir avec ardeur l'occasion que semblait lui offrir la fortune de venger enfin, sur la veuve de Chilpéric, et sa famille et lui-même. Pour réveiller les ressentiments du roi de Metz, sans cesse elle lui rappelait la mort tragique de son père assassiné par des émissaires de Frédégonde; les périls qu'il avait lui-même courus, lorsque, prisonnier dans Paris, il n'avait été soustrait à une mort certaine que grâce au dévouement d'un de ses leudes; les embûches que, plus tard, «leur avait tendues à tous deux la reine de Soissons , toujours acharnée à leur perte; tant d'autres crimes enfin de cette odieuse femme restés impunis. De pareils conseils s'accordaient trop bien avec les propres sentiments de Childebert pour qu'il ne s'empressât pas de les suivre. Une armée ostrasienne reçut donc l'ordre d'envahir les possessions de Clotaire II. Mais Frédégonde se tenait sur ses gardes. Avec son activité ordinaire, elle leva des troupes, les rassembla près de sa villa de Braine, où elle les passa en revue, et, pour les animer à bien faire, elle promena dans leurs rangs son fils, cet imique rejeton de Chilpéric. Ensuite on marcha à l'ennemi. La bataille eut lieu près du village de Droissi, au sud de Soissons (593). Attaqués à l'improviste, les Ostrasiens furent complètement défaits et
CONTRAN ET GHILDEBERT II. i99
poursuivis jusque sous les murs de Reims. Depuis lors, Childebert II s'abstint prudemment de toute nouvelle agression contre le roi de Neustrie. Du reste, il survécut peu à cette guerre. 11 mourut en 596, à Tàge de vingt-cinq ans.