NEUVIÈME RÉCIT
Avénenciit de Théedebert il et de Thierry II. — Mort de Vrédésonde*
Childebert, en mourant, laissait deux fils. L'alné, Théodebert, fut procfemé roi d'Ostrasie*, et le cadet, . Thierry, eut pour sa part le royaume de Bourgogne, auquel on annexa le sud de la Champagne, l'Alsace et quelques autres territoires. Comme ils n'étaient encore ni l'un ni l'autre en âge de régner par euxmêmes*, Brunehaut s'empara immédiatement de la tutelle de ces jeunes princes et de la direction des affaires. D'autfe part, Frédégonde, depuis que la mort de Contran l'avait débarrassée d'une surveillance incommode, par conséquent, depuis trois ans déjà, exerçait en Neustrie une autorité semblable. Ainsi l'empire franc était alors gouverné, au nom de trois princes mineurs, par deux reines, dont certes on ne saurait nier l'habileté, l'énergie et le courage; mais
4. Outre rOstrasie proprement dite, le royaume de Théodebert comprenait encore tous les pays tributaires d'au delà du Rhin. 2. L'atné avait dix ans, le cadet neur.
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qui n'avaient donné que trop de preuves d'une ambition sans frein et d'une audace dès longtemps familiarisée avec les plus grands crimes.
Rien n'empêchait plus ces deux femmes, que tant de causes de haine animaient Tune contre l'autre, de laisser enfin un libre cours à leurs ressentiments. Une nouvelle guerre devenait donc imminente, et ce fut Frédégonde qui en donna le signal. Suivie de forces nombreuses, elle marcha rapidement sUr Paris, où elle entra sans résistance. Puis, après avoir également réduit sous son pouvoir quelques autres villes des bords de la Seine, elle s'avança au-devant des troupes que Brunehaut avait envoyées à sa rencontre. Les deux armées se joignirent dans un lieu nommé LatofaoS et, l'action s'étant engagée, la victoire, cette fois encore, resta aux Neustriens. La reine de Soissons se disposait sans doute à pousser plus loin ses avantages ; mais elle fut arrêtée tout à coup par une maladie aigué, qui l'enleva en quelques jours, au milieu de ses projets de conquête et de vengeance (597)*. Elle mourut au comble de la puissance , victorieuse de tous ses ennemis, et après avoir affermi le trône chancelant de son fils Clotairell. Mais ni cette prospérité éclatante, ni la vigueur de caractère et les rares talents qu'elle déploya dans les circonstances les plus critiques , ne sau-
4 . On croit que ce lieu était situé dans les environs de Moret f chef-lieu d'arrondissement du département de Seine-et-Marne, à douze kilomètres est-sud-est de Fontainebleau).
2. Elle fut entei*rée à Paris, dans la basilique de Saint-Vincent et Sainte^ Croix (Saint-Germain-des-Prés). La pierre qui recouvrait son tombeau existe encore. On la voit maintenant dans les caveaux de SainUDenis.
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raient , un seul moment , faire oublier les crimes de celle que Contran appelait l'ennemie de Dieu et des hommes, et le nom de Frédégonde est demeuré justement chaîné des malédictions et de Thorreur de la postérité.
Italie de BniMeluuit ««ntre Im leade* d'Ostnurfe. — Kllc e«i fforeéc de ae réffiisler à la cour é» ■•«rg^yBc*
La reine d'Ostrasie ne chercha point à profiter de la mort de Frédégonde pour reprendre aux Neusfriens leurs récentes conquêtes. Un autre dessein occupait alors toutes ses pensées. Tranquille désormais du côté du royaume de Soissoris ( car Clotaîre II , lorsqu*il perdit sa mère, était âgé de treize ans à peine ), Brunehaut se hâta de pourvoir à la sécurité de ses frontières par des traités avec les peuples voisins*, et, après s*être ainsi délivrée de toute inquiétude extérieure, elle ne songea plus qu*à écraser ses ennemis du dedans, c'est-à-dire les leudes, contre lesquels elle soutenait une lutte désespérée. L'origine de cette lutte remontait au commencement du règne même de Childebert IL
Lorsqu'après la mort de son époux et une captivité de plusieurs mois à Rouen, Brunehaut était retournée à la cour de Metz, elle y avait trouvé son fils Childebert sous la tutelle d'un conseil composé des principaux, de la nation^ qui gardaient tout le pouvoir entre leurs màinsi En sa qualité de mète du jeune roi^ elle revendiqua une part dans le gouvernement. Mais le Conseil, qui redoutait son esprit hautain, ambitieux et
4. Particulièrement avec les Avares, qui menaçaient les possessions des Francs en Germanie.
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entreprenant, rejeta cette prétention et s'obstina à la tenir éloignée des affaires.
Malgré cet échec, Brunehaut ne désespéra point d'arriver tôt ou tard à son but; car elle savait bien qu'elle avait à la cour d'Ostrasie des partisans déclarés, surtout parmi les Gallo -Romains. Dans le nombre se trouvait le duc de Champagne, Lupus, qui avait été Tun des officiers les plus distingués et des ministres les plus habiles du roi Sigebert. Sincèrement attaché à la veuve de ce prince, il travaillait avec un zèle infatigable à lui faire obtenir dans le royaume l'autorité qu'elle réclamait, et il l'aidait de tous ses efforts à rétablir l'ordre et la paix publique, sans cesse troublés par la turbulence des leudes. C'était plus qu'il n'en fallait assurément pour lui mériter la haine de ces hommes farouches, impatients de tout frein et de toute règle, et bientôt il se vit exposé à de continuelles violences. Des bandes armées venaient piller les maisons qui lui appartenaient ou dévaster ses domaines ; sa vie rnôme fut plus d'une fois menacée. Enfin les grands, qui formaient le conseil de régence, le dépouillèrent de ses emplois et le déclarèrent ennemi public; après quoi ils envoyèrent une armée contre lui. Lupus, de son côté , avait levé quelques troupes , et malgré Tinfériorité de ses forces, il attendit l*ennemi de pied ferme. On allait en venir aux mains, quand Brunehaut fut avertie de la situation périlleuse de celui qui s'était dévoué si généreusement pour elle. Ans* sitôt, animée d'un courage tout viril , elle accourt sur le champ de bataille, se jette résolument au-devant des soldats qui se disposaient à charger k petite troupe
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du duc Lupus» et les conjure avec larmes de ne pas s'entr'égorger, par haine contre un seul homme. Elle parlait encore^ lorsqu'un des leudes l'interrompant avec colère: «Femme, s'écria- 1- il, de quoi te mèles-tu? Assez longtemps tu as gouverné du vivant du roi ton mari. C'est maintenant ton fils qui règne, et c'est à nous, non à toi, qu'est confié le soin de veiller aux intérêts du royaume. Retire-toi promptement, si tu ne veux être foulée aux pieds de nos chevaux. » Sans se troubler de cette insolente menace, ]a reine redoubla ses instances auprès des chefs et des soldats. Elle réussit enfin à prévenir l'eflusion du sang. Mais le duc Lupus, pour mettre ses jours en sûreté, fut forcé de quitter FOstrasie et d'aller, avec sa famille, chercher un refuge en Bourgogne, auprès du roi Contran (583).
Pendant deux années encore, Brunehaut dtit se résigner à dévorer en silence bien des injures et des affronts. Enfin, celui des leudes qui remplissait les fonctions de gouverneur de Childebert étant mort, elle saisit avec empressement cette occasion de s'affranchir de la dépendance humiliante dans laquelle on la retenait, et déclara qu'elle entendait exercer elle-même, à l'avenir, la tutelle de son fils (585). A partir de ce moment, le jeune prince ne se gouverna plus que par les avis de sa mère. Malheureusement Brunehaut fit un bien trisle usage de l'influence qu'elle venait de recouvrer. C'eût été son devoir de chercher à inspirer au roi de Metz des sentiments de modération et de justice. Mais dans son aveugle désir de faire expier à ses ennemis les outrages dont ils l'avaient abreuvée, elle
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semblait plutôt prendre à tâche de Taigrlr chaque jour davantage contre les grands et de lui persuader qu^il ne pourrait les maintenir dans l'obéissance qu'en faisant peser sur eux im joug de fer. On ne douta point que les sanglantes exécutions qui souillèrent la seconde moitié du règne de Childebeil II* ne fussent le fruit des secrètes instigations de. sa mère, et les ressentiments que cette princesse avait déjà soulevés de toutes parts s'en accrurent encore.
La mort de son fils ne porta aucune atteinte à la puissance de Brunehaut. On a vu, en effet, qu'elle s'empara sur-le-champ de la tutelle de Théodebert II et de Thierry II, ainsi que du gouvernement des affaires, tant en Bourgogne qu'en Ostrasie. On a vu aussi qu'à peine rassurée sur les dangers du dehors, elle était revenue avec une nouvelle ardeur à son projet de triompher à tout prix de la résistance que lui opposaient les leudes. Comme l'aristocratie ostrasienne lui paraissait beaucoup plus redoutable que celle du royaume, bourguignon, c'est à Metz que l'intrépide Brunehaut avait voulu fixer son séjoiu*. Là, sans s'inquiéter de l'orage qui s'amassait sur sa t^te , elle poursuivit avec une violence inouïe sa lutte contre les grands. Â la fin, ceux-ci, poussés à bout par sa tyrannie et ses cruautés, se mirent en pleine révolte, et, s'étant rendus maîtres de ]a personne du roi, ils parvinrent, par leurs obsessions, à arracher à ce jeune prince un décret qui enjoignait à son aïeule de sortir du