Voy. ce qui a été dit plus haut (p
3. Voy., à la fin du volume, le tableau généalogique des ancêtres de Pépin le Bref. Quant au d^c Martin, il avait eu pour père un fils cadet de saint Ârnould. Ainsi il était cousin de Pépin de Landen.
ET LES MAIRES DU PALAIS. â67
cesse ils sollicitaient les ducs ostrasiens de prendre en main une cause qui était celle de toute Taristocratie franque , et de déclarer la guerre au redoutable maire du palais de Neustrie. Martin et Pépin , qui craignaient pour eux-mêmes Tambition du ministre de Thierry HI, accédèrent sans peine à la demande des bannis. Ils levèrent donc des troupes et marchèrent contre Ébroïn. La bataille s'engagea dans un heu que les chroniqueurs appellent Locofao , et que l'on croit être Loixi , sur le territoire de Laon (680). Après un combat très-vif, les Ostrasiens lâchèrent pied et se débandèrent. Ébroïn les poursuivit jusque dans leur pays. Puis il revint bloquer la ville de Laon, où Martin s'était réfugié, après la déroute des siens à Locofao. Le duc des Francs aurait pu faire traîner le siège en longueur et peut-être donner à Pépin, le temps de rassembler des nouvelles forces et de venir le dégager. Mais trop peu en garde contre la déloyauté de son ennemi , il se laissa attirer par lui à une entrevue où il périt lâchement assassiné, avec tous ceux qui l'accompagnaient.
Vainqueur des Ostrasiens et débarrassé de l'un de ses deux rivaux, Ébroïn se flattait qu'il lui serait facile d'accabler l'autre et de forcer enfin les populations de l'ancien royaume de Metz à reconnaître son autorité. H n'eut pas le temps de mettre ce dessein à exécution. 11 avait confisqué les biens d'un seigneur franc, appelé Hermanfroi, qui s'était rendu coupable de graves malversations dans l'administration des domaines du fisc, et il l'avait même menacé du dernier supplice. Hermanfroi prévint le péril par
un crime. U alla , suivi d*une troupe de gens armés, se poster près de la maison d'Ébroïn, et, au point du jour, au moment où le maire du palais franchissait le seuil de la porte pour se rendre à Féglise, il se jeta sur lui et le tua (681). Telle fut la fin tragique de cet homme, qui, pendant plus de vingt années, avait gouverné le royaume avec im pouvoir que nul autre, parmi les Francs, ne s*était encore arrogé.
BMiaUe «• TMiry. — lÊPépîn «^Hértotel , Huilre 4« pAlals,
Pépin, dit d'HéristaP, surnom qu'il devait transmettre à sa famille, se trouvait, par la mort de Martin, seul duc ou chef des Francs d'Ostrasie. Grâce à l'imprudente sécurité des trois maires , successeurs d'Ébroïn, il put, tout à loisir, se remettre de sa défaite et rassembler de nouvelles forces. Quand toutes ses mesures furent prises, il résolut de recommencer les hostilités. Mais afin de se donner les apparences de la modération, il députa vers Thierry III, pour l'inviter à rappeler les bannis, et à leur rendre les biens dont on les avait dépouillés. Le roi, d'après les conseils de Berlaire, qui était alors son maire du palais, répondit par un refus, et il ajouta ironiquement : «< Pépin voudrait nous renvoyer des hôtes qui l'embarrassent. Qu'il prenne patience ; nous irons bientôt les chercher nousmêmes. » Aussitôt la guerre éclata.
4 . C'est le nom d'un ch&teau qu'il possédait sur les bords de la Meuse (ai:^ourd'hui Herstâll, petite ville belge, située à six kilomètres au nordest de Liége\
Ce fut près du village de Testry, entre Saint- Quentin et Péronne, que les deux armées, dont l'une était commandée par Bertaire, l'autre par Pépin, se trouvèrent en présence (687). Une petite rivière, le Daumignon , affluent de la Somme , les séparait. Le duc des Francs, qui savait que l'ardeur présomptueuse du général de Thierry III égalait son inexpérience militaire, lui tendit un piège. Au milieu de la nuit, il fit sortir toutes ses troupes des retranchements , les mena en silence jusqu'à un gué où elles traversèrent la rivière, et gagna avec elles une colline qui s'élevait à l'est de la position qu'occupaient les Neustriens. Tous ces mouvements s'exécutèrent , sans que Bertaire en conçût le moindre soupçon.
Le lendemain, au lever du soleil, celui-ci fut informé par ses coureurs que le camp ennemi était désert , et qu'on n'y voyait plus que quelques débris de chariots et de bagages, auxquels les Ostrasiens avaient mis le feu en se retirant. Il n'en fallut pas davantage pour lui persuader que Pépin, effrayé de son approche et n'osant l'attendre de pied ferme, avait cherché son salut dans la fuite. Sans plus tarder, il sp dispose à passer le Daumignon pour joindre son adversaire, avant qu'il n'ait eu le temps de regagner la frontière du royaume de Metz. Les soldats secondent avec empressement l'ardeur de leur général. Mais à peine sont-ils entrés dans le lit de la rivière, dont les bords étaient très-escarpés, que tout change de face. Ces Ostrasiens, qu'il croyait en pleine retraite, Bertaire vient de les apercevoir,
avec non moins de surprise que de terreur, descendant en bon ordre de leur colline et marchant résolument au combat. G*est en ymn. qu'il essaye de rallier ses troupes et de les ranger en bataille. Sa voix se perd dans le tumulte; on s'avance, on s'arrête au hasard ; ce n'est partout que désordre et confusion. Cependant l'ennemi arrive à la portée du trait , et sur-le-champ l'action s'engage. Les Neustriens , quoique sans espoir de vaincre , combatlirent avec beaucoup de valeur. Mais enfin ils succombèrent et furent taillés en pièces. Quant à Bertaire, il périt de la main de ses propres soldats, qui ne pouvaient hii pardonner la honte de leur défaite.
Après le combat, un grand nombre de Neustriens s'étaient réfugiés dans les basiliques de Saint-Quentin et de Péronne. Les prêtres et les abbés de ces deux villes étant venus trouver le vainqueiur, implorèrent sa clémence en faveur de ces infortunés que le droit de la guerre , si rigoureux et si cruel alors , livrait à sa merci. Le duc des Francs accorda de bonne grâce ce qu'on lui demandait, se contentant d'exiger de ses prisonniers la promesse de ne point porter les armes contre lui. Ensuite il se mit à la poursuite de Thierry III, qui avait couru se renfermer dans les murs de Paris. Ce prince pusillanime ne tenta pas même de résister, et Pépin devint maître tout à la fois de la personne du monarque et de tout l'État. Il joignit alors à son titre de duc des Francs d'Ostrasie, celui de maire du palais des royaumes de Neustrie et de Bourgogne. Puis , après avoir confié à l'un de ses lieutenants le soin de veiller sur le roi, il
retourna à Cologne, au milieu de ces populations ostrasiennes qui lui étaient toutes dévouées. C'est là qu'il établit sa résidence.
La bataille de Testry est une date importante dans notre -histoire. Elle assure enfin à l'Ostrasie la prééminence sur la Neustrie , sa vieille rivale. En même temps, à partir de cette époque , l'autorité passe sans retour aux mains des maires du palais, tandis que les princes mérovingiens conserveront à peine, avec le vain nom de rois , les honneurs dus à jeur rang. Il y a plus : désormais cette dignité de maire va se fixer dans une seule et même maison, celle d'Héristal, et nous verrons les descendants du vainqueur de Testry se la transmettre héréditairement, comme un bien de^ famille, jusqu'au jour où l'un d'eux l'échangera contre iin titre plus auguste.
•liiuitloii de l*eniplre fk*aiie ifc Tépo^ne de la bataille de Testry, — curavemement de Pépin d^HérlsIal.
Il était temps qu'une main ferme saisît le gouvernail de l'État. Pendant cette période d'agitations intestines qui date presque de la mort de Dagobert P', la puissance de la nation franque avait essuyé de bien graves atteintes. Tous les peuples tributaires d'au delà du Rhin avaient secoué le joug. Au sud de la Loire, l'Aquitaine et la Gascogne n'obéissaient plus qu'à leur duc Eudes, petit-fils de Caribert*. D'autre part, les villes , soit de la Bourgogne , soit de la Provence, pla-
|. Cest en 688 qu'il était deveira dur d'Aquitaine. (Voy. ci-dessuR la noie 3 <le la p. 228.)
cées le long du cours de la Saône et du Rhône, étaient en proie à une complète anarchie et ne se rattachaient plus au centre de l'empire que par un lien très-faible et toujours prêt à se rompre. Enfin les Bretons , toujours en armes, ne cessaient de désoler par leurs incursions les frontières occidentales de la Neustrie.
Ainsi la conquête de la Germanie et même d'une grande partie de la Gaule était presque à recommencer pour les Francs. Pépin accepta sans hésiter cette rude tâche , et aussitôt il se mit à l'œuvre. Pendant que Thierry IH achevait son règne sans gloire, et qu'après sa mort trois autres rois, Clovis III, ChUdebert III , Dagobert III apportaient tour à tour sur le trône cette indolence et cette nullité devenues désormais comme le signe caractéristique de leur race, le vainqueur de Testry continuait, par une suite non interrompue d'éclatants services, à justifier sa haute fortune. A la tête de toutes les forces militaires du royaume, et surtout avec l'aide de ses fidèles Ostrasiens, il fit la guerre sans relâche aux divers peuples (Frisons, Allemands, Saxons, etc.), qui s'étaient soustraits à la domination mérovingienne. Ses armes furent constamment heureuses , et s'il ne put réussir entièrement à rendre à l'empire gallo-franc ses anciennes limites, il ranima, du moins, le génie guerrier de la nation et lui rouvrit la carrière des conquêtes. Ses descendants compléteront son œuvre.
Pépin mourut en 714, ^près avoir fondé la puissance de la famille d'Héristal^ Sans doute, on ne
1 . 11 avait , comme le dit une ancienne chronique , « commandé vingt-
saurait le disculper du reproche d*ambition ; mais s*il usurpa le pouvoir, il esl juste aussi de reconnaître qu'il n'en fit usage que dans l'intérêt et pour la gloire de son pays. Avec lui comiçence cette série de grands hommes par lesquels s'annonça au monde la dynastie carlovingienne.
sept ans (687-744) i toute la nation franque, avee les rois a lui soumis, Thien7, Clovis, Childebert et Dagobert. »