‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 45 sur 87 · Drogon · texte numérisé non relu

Drogon

siens et de maire du palais dans les royainnes de Neustrie et de Bourgogne. Théodoald avait à peine six ans. Le roi Dagobert III, à qui on le donnait pour premier ministre, n'était aussi qu'un enfant. C'était donc, suivant la remarque d'un illustre écrivain*, mettre un fantôme sur un autre fantôme.

Aussitôt après la mort de Pépin, Plectrude, sa veuve , à qui il avait confié la tutelle du jeune roi et de son maire du palais, se hâta de s'emparer du gouvernement. Mais les Neustriens s'indignèrent d'être soumis à deux enfants et à une femme. Bientôt ils se soulèvent, attaquent et mettent en déroute" une armée ostrasienne qui était entrée dans leur pays, pour les contraindre à accepter la domination de Théodoald', et, fiers d'avoir ainsi réparé leur défaite de Testry, ils confèrent la mairie du palais, sur le champ de bataille même, à un de leurs leudes nommé Rainfroi (716). A quelque temps de là, Dagobert III étant mort, Rainfroi , au lieu de faire proclamer le fils de ce prince, enfant encore au berceau*, disposa de la couronne en faveur d'un moine de Saint-Denis , appelé Daniel, qui, par sa naissance, appartenait à la

i . Montesquieu, Esprit des lois, liv. XXXt, châp. vt.

2. La bataille eut lieu dans la forêt de Cuise (c'eit ainsi qti'on Appelait alors la forêt de Comftiègne).

8. Le pelit-flls de Pépin d'Héristal n'échappa qu'à grand'ileine à la pour^ suite des Neustriens. Il mourut peu de temps après, et dans cette même année 715. Alors Plectrude se renferma dans Cologne et s*y maintint jus^ qu'en 718. C'est i cette ét»oqiie seulement qu'elle consentit à ouvrir à Charles les portes de cette ville, et à lui remettre lès trésors de son père. La veuve de Pépin se retira ensuite dahs iin cloître, où elle pAssa le resté de sa vie.

4: Nous le Verrons reparaître i^lus tard sous le ilom de Thierry IV.

famille royale *. Le nouveau roi, qui prit le nom de Chilpéric n , était âgé de près de quarante-cinq ans, lorsqu'il monta sur le trône. On ne doit point le confondre dans la foule de ces princes auxquels rhistoire * a donné le surnom de fainéants. En effet, dans la guerre qu'il allait avoir à soutenir pour la défense de . ses droits , il fit preuve d'activité et de bravoure, et il lutta avec une constance digne d'un meilleur sort contre le malheur qui semblait attaché à sa race.

Cependant les Ostrasiens , furieux de l'échec qu'avaient essuyé leurs armes, brûlaient d'en tirer vengeance. Mais il leur fallait un chef pour les conduire contre les Neustriens. Tout à coup Charles se présente au milieu d'eux. 11 venait de s'échapper de la prison où Plectrude ", qui redoutait son ambition et ses talents , le tenait renfermé depuis la mort de Pépin. Mille cris de joie se font entendre à la vue de ce jeune homme qui , par les traits de son visage et plus encore par ses grandes quaUtés , semble la vivante image de son père. « C'était , dit un chroniqueur, comme le soleil qui renaît et qui paraît plus brillant après une éclipse. » D est aussitôt élu général, au milieu d'unanimes acclamations.

La guerre commence. Le roi de Neustrie annonce hautement l'intention de faire enfin rentrer dans le devoir ces Ostrasiens qui, depuis près de quarante ans, refusent d'obéir aux descendants de Clovis. D'a-

4. C'était ce fils de Ghildéric H qui, en 673, avait échappé au massacra de sa famille [voy. ci-dessus, p. 264).

*>.. Charles n'était pas le fils de Plectrude, mais d'une autre Temme de Pépin d'Héristal , nommée Alpaïdo.

bord la fortune semble lui sourire. A Tinsligation de Rainfroi, Radbod, duc des Frisons*, s'était soulevé contre Charles , et , dans une première rencontre, il avait battu complètement l'armée ostrasienne*. Mais cette défaite que venait d'éprouver le fils de Pépin ne servit qu'à aiguillonner son courage. Bientôt après , avec une troupe de cavaliers d'élite , il fond à l'improviste sur les Neustriens alors campés près d'Amblef ', leur tue beaucoup de monde et les oblige à repasser la frontière (716). Dans la campagne suivante (717), il remporte sur eux, près de Vinci*, une nouvelle victoire et les mène battant jusque sous les murs de Paris. Forcé de revenir sur ses pas, pour faire face aux Frisons et aux Saxons qui attaquaient, au nord et à l'est, la frontière ostrasienne, il laisse quelque répit au roi de Neustrie et à son maire du palais. Mais en 719, il marche de nouveau contre eux. Cette fois, Chilpéric avait appelé à son aide le duc d'Aquitaine Eudes. Vaincu près de Soissons dans une bataille sanglante, il se réfugie avec

4 . Radbod, qui, depuis longtemps déjà, gouvernail la Frise, avait défendu avec plus d'énergie que de succès l'indépendance de sa nation contre Pépin d'Héristal. Aussi saisit-il avec empressement l'occasion que lui offrait Chilpéric de venger ses précédentes défaites et de s'affranchir du joug des Ostrasiensf II mourut en 74 9, au moment où il se disposait à joindre de nouveau ses armes à celles du roi de Neustrie et de son allié le duc d'Aquitaine.

'2. Le combat eut lieu dans les environs de Cologne.

3>Ambler, domaine royal, était voisin de l'abbaye de Stavelot, fondée par le roi Sigebert U , i environ trente-cinq kilomètres sud-est de la ville actuelle de Liège (Belgique).

4. On croit que ce lieu était situé non loin du bourg actuel de CrèveccRur, à huit kilomètres sud de Cambrai (déparlement du Nord).

II ' l(i

son allié derrière la Loire. L'infatigable Charles Ira- Terse le fleuve à leur suite et fait sonuner Eudes de lui livrer le monarque neustrien. Le duc, n'osant continuer la lutte, prend le parti de céder, et Chilpéric est conduit au camp du vainqueur. Charles l'y reçut avec toutes sortes d'égards et de marques extérieures de respect. D le fit même reconnaître roi d'Ostrasie* en même temps que de la Neustrie et de la Bourgogne , et , de nouveau , la monarchie parut n'obéir qu'à un seul chef. Mais celte troisième couronne placée çur le front du malheureux prince ne lui rendit point une indépendance et une autorité que les Mérovingiens avaient perdues sans retour. Tout le pouvoir appartint dès lors à Charles, qui, à l'exemple de son père, réunit au titre de duc des Francs celui de maire du palais dans les trois royaumes. Quant à Rainfroi , après avoir prolongé sa résistance pendant plusieurs années encore, il finit aussi par faire sa soumission à Charles, qui consentit à lui laisser, sa vie dm^nt, le gouvernement de la ville et du territoire d* Angers.

4 . En 747, à lA suite de sa vicloire de Vinci, GhArIeg, pour doililer â l'Autorité qu'il exerçait en Ostrasie une Apparence de légitimité , avAit fait monter sur le trône un prince dont il feignait d'être lé lieutenant et lé ministre , Undis que, réellement, il ne lui laissait que le titre de roi, se réservant i lui-même tout le (iouyoir. Ce prince est connu sous 4e nom dé GlotairerV; Il mourut Au bout de dix-sept mois, et sA mort focilita l'accommodement qui eut lieu, après la bataille décisive de Soissons, entré Charles et lé roi Chilpéric U;

Expéditions de Charles an delà du Bhln.— lies Marraslma , après avoir fait la conquête de la Meptlmanle, envahissent Templre franc. — Charles marche à leur rencontre.

Jamais, au reste, les destinées de la nation n'avaient été remises en de plus dignes mains. Toujours en armes , Charles courait incessamment d'une frontière à l'autre, prêt à repousser toutes les attaques, à comprimer toutes les révoltes. Six fois il pénétra dans le pays des Saxons, leur fit éprouver de nombreuses défaites et les força de se reconnaître ses tributaires. Les autres peuples d'outre-Rhin, à qui chaque crise intérieure de la monarchie franque semblait toujours comme le signal de leur délivrance, furent également remis sous le joug. Bientôt s'offrit à Charles l'occasion d'un triomphe plus glorieux encore.

Après avoir conquis, dans l'espace de quatre-vingts ans, une partie de l'Asie, tout le nord de l'Afrique et l'Espagne, les Arabes ou Sarrasins*, franchissant les Pyrénées, avaient entrepris de soumettre la Gaule.

4 . Les habitants de TÂrabie n'avaient été longtemps qu'un peuple faible et obscur. Au vu» siècle de l'ère chrétienne, le célèbre Mahomet, originaire de la Mecque, entreprit de changer la face de son pays. Au nom d'un Dieu dont il se disait le prophète inspiré , il commença par prêcher une religion nouvelle , qu'à force d'adresse et d'audace il réussit à établir sur les ruines des anciens cultes (idolfttrie , judaïsme , christianisme même) qui se partageaient l'Arabie. Puis il réunit toutes les tribus arabes sous les mêmes lois, et fonda ainsi la grandeur de sa nation. Il mourut en 632. Aussitôt après sa mort , ses compatriotes , dont il avait su enflammer le génie guerrier, se lancèrent avec une irrésistible ardeur dans la carrière des conquêtes. Us se rendirent maîtres successivement de la Syrie (632- 638), de l'Egypte (638-640), de l'empire des Perses (636-652), du nord de l'Afrique (692-708). En 7 i 4, ils traversèrent le détroit de Gadès (Cadix),

Une première expédition les rendit maîtres de la Septimanie, où subsistaient encore quelques débris de la monarchie des Yisigoths (721). De là ils pénétrèrent dans les États du duc Eudes; mais celui-ci les battit sous les murs de Toulouse et les rejeta derrière les Cévennes. Cet échec ne les découragea point. Plusieurs fois encore, durant les années suivantes, ils firent irruption dans l'Aquitaine, ainsi que dans la Provence et la Bourgogne*. Enfin, en 732, un de leurs plus vaillants chefs, l'émir* Abdérame, résosolut de tenter un nouveau et puissant effort pour subjuguer la Gaule franque et contraindre par le glaive les habitants de ce pays à embrasser Yislamisme , c'est-à-dire la religion de Mahomet.

Parti de Pampelune avec l'élite des guerriers de sa nation, Abdérame traversa les Pyrénées par la vallée, depuis si fameuse, de Roncevaux et envahit l'Aquitaine. Eudes voulut en vain s'opposer à ce torrent. Vaincu sur les bords de la Garonne, il n'eut d'autre ressource que de gagner avec les débris de ses troupes la rive droite du fleuve, tandis que les infidèles , marchant droit sur Bordeaux , emportaient

et une seule bataille, celle de Xéré», où fut écrasée l'armée des Visigoths, leur livra toute l'Espagne. Les progrès de la religion des Arabes suivirent naturellement ceux de leurs armes , et le culte institué par Mahomet se répandit avec la plus étonnante rapidité en Asie, en Afrique, et jusqu'en Europe.

4 . C'est ainsi qu'en 725 ils pénétrèrent jusqu'à la ville d'Autun, qui ftit emportée d'assaut; après quoi, ils allèrent piller la célèbre abbaye de Luxeuil.

2. Ce mot qui, en arabe, signifie commandant, servait à désigner les généraux chargés du gouvernement d'une province , au nom et sous l'autorité du calife de Damas, chef suprême de tout l'empire.

CHARLES MARTEL. 2d1

la place de vive force, la livraient aux flammes et passaient au fil de Fépée la plus grande partie de ses défenseurs.

Le désastre de cette cité répandit la consternation dans la Gaule tout entière. La terreur redoubla, quand on apprit que les Sarrasins s'avançaient de la Garonne vers la Loire. A l'approche de ces hordes barbare^ qui ravageaient le pays où elles passaient avec une fureur inouïe, incendiant les moissons, saccageant les villes, détruisant de fond en comble églises et monastères , et massacrant tout ce qui s'offrait à leurs coups, les populations fuyaient éperdues. L'épouvante semblait avoir glacé tous les courages, et c'en était fait peut-être de la monarchie fondée par Clovis, si le héros ostrasien n'avait été là pour la protéger et pour faire reculer le flot de l'invasion musulmane.

Après une tentative infructueuse sur Poitiers, les infidèles, attirés par l'espoir de piller la riche basilique de Saint-Martin, s'étaient dirigés sur la ville de Tours*. Tout à coup le bruit se répand parmi eux que Charles, à la tête d'une armée nombreuse, composée d'Ostrasiens, de Neustriens et de Bourguignons, accourt pour les combattre. Le duc Eudes l'accompagne, Eudes, qui, pendant longtemps, avait refusé de reconnaître la suprématie de l'illustre maire du palais, mais qui vient enfin de consentir à lui faire honmiage de ses États, plutôt que de les voir tomber

i. Dans le même temps, une division de l'armée d'Abdérame s'était avancée josqae sous les mura de Sens. Mais les habitants reçurent cours* geusement l'ennemi , qui se retira en désordre , après avoir perdu beaucoup de monde.

SOUS le joug des infidèles. Abdérame, à cette nouvelle, prend le parti de battre en retraite. Mais l'immensÊ butin qu'ils tratnent après eux, embarrasse et retarde la marche de ses soldats. Le chef arabe sent bien d'ailleurs qu'il ne peut éviter sans honte la rencontre des Francs et des Aquitains, leurs alliés. Il s'arrête donc entre la Vienne et le Clain , un peu au sud de Poitiers , presque dans ces mêmes lieux où, au commencement du VI* siècle, Clovis avait vaincu et tué Alaric. Charles arrive et dresse son camp en face du camp des Sarrasins (octobre 732).

Bataille 4e PoItlerN'. — Vleiotre de Charles Martel sur lea

Pendant sept jours entiers, les deux armées restèrent en présence, s'observant l'une l'autre. Seulement, dans l'espace vide qui séparait les deux camps, elles engageaient de fréquentes escarmouches, comme pour essayer et mesurer leurs forces. Enfin Charles et Abdérame, voulant en venir à une action générale, firent sortir leurs troupes des retranchements et les rangèrent en bataille. Des deux parts l'ardeur était égale. Acculés dans une position dangereuse, et certains qu'ils ne devaient attendre de leurs ennemis ni pitié ni merci, les Arabes n'avaient à choisir qu'entre la victoire et la mort. Les Francs, de leur côté, allaient combattre pour leurs foyers, pour leurs familles, pom' leur patrie. La différence de religion augmentait en-

1 . On l'appelle quelquefois bataille de Tours. Il se peut qu'il y ait eu, près de cette ville, avant le mouvement rétrograde des Sarrasins, uncomba) d'avant-garde ; mais raction décisive se passa sur le territoire de Poitiers.

core l'animosité et la fureur des deux peuples. Enfin la possession de la Gaule devait être le prix du vainqueur. Ainsi rien ne manquait ici de ce qui peut exalter et enflammer les courages.

Au signal donné par Abdérame , les Sarrasins s'é-^ lancent de toute la vitesse de leurs chevaux aussi rapides que l'éclair, et fondent, tête baissée, sur les Francs. Ceux-ci, faisant halte à un commandement de leur chef, reçoivent de pied ferme le choc de l'ennemi, « et, dit un chroniqueur, opposent leurs larges poitrines aux coups comme un rempart de fer. « En vain Abdérame ramène ses cavaliers à la charge ; il ne peut entamer ce mur vivant et immobile que forment les rangs serrés des guerriers chrétiens. A la fin pourtant, par un effort désespéré, les escadrons arabes réussissent à rompre sur quelques points la ligne de bataille des Francs. Mais ce succès va leur coûter cher. A la vue du péril qui les menace, le courage des chrétiens, si calme jusque-là, s'irrite et se change en furie. Armés de leurs lourdes épées et de la terrible francisque , ils attaquent corps à corps les infidèles et sèment la mort dans leurs rangs. Charles , qu'on voit partout au milieu de la mêlée , anime les siens du geste et de la voix, et plus encore par son exemple. Déjà la victoire semble se déclarer pour lui. Soudain des cris et un grand tumulte se font entendre derrière l'armée arabe. C'est le duc Eudes qui, avec ses Aquitains, a pénétré dans le camp des musulmans, où il fait main basse sur les troupes laissées à la garde des bagages. Cette habile diversion, concertée avec Charles, décide du gain de la journée. Oubliant les ennemis

qu'ils ont devant eux, un grand nombre de Sarrasins commencent à quitter les rangs, et n'ont plus d'autre souci que de préserver du pillage ces tentes où ils ont entassé les riches dépouilles de la Gaule. Leur chef fiait, pour les retenir, d'inutiles efforts. Ds restent sourds à ses reproches comme à ses prières. Bientôt toute l'armée l&che pied et regagne en désordre ses retranchements, que le duc Eudes avait déjà abandonnés. Pendant ce temps, Abdérame, ne voulant pas survivre à la honte des siens, se jetait avec une poignée de braves au plus épais des bataillons des Francs, et mourait en soldat, les armes à la main.

La nuit seule suspendit le carnage. Le lendemain , dès le point du jour, les chrétiens se rangèrent en bataille , s'apprètant à Uvrer un nouveau combs^t , pour compléter leur victoire de la veille. Biais, à leur grande surprise, le camp arabe demeura silencieux , et personne ne se montra hors des retranchements. Les Francs, craignant une embuscade, n'osaient quitter leurs positions. Enfin, quelques éclaireurs, qu'on avait envoyés à la découverte, vinrent annoncer que les débris de l'armée des infidèles avaient décampé pendant la nuit et repris en toute hâte la route des Cévennes. Charles détacha aussitôt sa cavalerie et la lança à la poursuite des fuyards, pour les empêcher de se rallier. Quelques jours après, il retourna avec toutes ses troupes, d'abord à Paris, où il fit une entrée triomphale, ensuite à Cologne, qui, depuis que la famille d'Héristal était mattresse du pouvoir, avait remplacé Metz comme capitale de la France ostrasienne.

CHAULES MARTEL. !28t>

■iemlère* années ûu «onTernemenl de Cliarles Martel.

Cette mémorable bataille, qui assura le salut de la Gaule franque et même de toute l'Europe chrétienne, et qui plongea les Arabes dans le deuil et la consternation , valut au duc Charles une immense renommée. Ce fut là, dit -on, qu'il gagna le surnom de Martel ou Marteau , pour avoir écrasé et brisé les escadrons des Sarrasins comme un marteau écrase et brise le fer. Depuis lors, son autorité se trouva établie plus solidement que jamais sur les Francs , fiers d'obéir à un tel chef. Bien qu'un prince mérovingien portât encore la couronne, Charles seul était véritablement roi. Il n'osa pourtant point en prendre le titre. Mais, lorsqu'en 737 Thierry IV fut mort*, il criit pouvoir se dispenser de mettre à la place de ce fantôme de monarque un autre fantôme. Le trône resta vide, et le vainqueur de Poitiers continua de gouverner comme auparavant toute la monarchie, sous le nom de duc ou prince des Francs.

Cependant les Sarrasins n'avaient point entièrement renoncé à leurs projets sur la Gaule. Non-seulement ils portèrent encore le ravage dans diverses provinces; mais même ils s'emparèrent, le long du cours du Rhône, de plusieurs cités importantes, dont quelques-

4 . On se souvient qu'en 74 6 le maire du palais Rainfroi avait écarté du trône le fils de Dagobert HI , pour j faire asseoir le moine Daniel (Chilpéric II). Après la mort de celui-ci, qui arriva en 720, Charles lui donna pour successeur, sous le nom de Thierry IV, ce même fils de DagobertlII. Le nouveau prince régna, ou platôt poru le nom de roi pendant dix-sept ans (720-737).

unes leur furent livrées par trahison. Charles marcha de nouveau contre eux. Après les avobr chassés de Lyon, de Vienne, d'Avignon, d'Arles, de Marseille et de toutes les autres places qu'ils occupaient soit en Bourgogne, soit en Provence, il parvint à les refouler dans la Septimanie , les y poursuivit, prit, pilla, incendia plusieurs de leurs villes (entre autres Nîmes, Béziers, Maguelonne*), et dévasta toute cette contrée (737-739). En môme temps il continuait avec une rare vigueur la lutte contre les peuples d'au delà du Rhin , sur lesquels, à diverses reprises, il remporta d'éclatants succès. L'année 740 s'écoula sans guerre, et, pour la première fois, le duc des Francs put jouir de quelque repos. Admiré et respecté de tous les peuples de l'Europe, il était parvenu au comble de la puissance et de la gloire. Mais déjà ce grand homme touchait au terme de son héroïque carrière. En 741 , au moment où le pape Grégoire Ilf et Luitprand , le roi des Lombards, le prenaient pour arbitre de leurs différends, Charles cessa de vivre. Il était à peine âgé de cinquante-deux ans. On l'enterra dans l'abbaye de Saint-Denis.

i . Moins heureux contre Narbonne , Charles Martel essaya Tainemenl de s'emparer de celte ville qui était comme la capitale et la place d'armes àes Arabes dans la Septimanie.

CARLOMAN ET PÉPl^. — SAINT BONIFACE. 287

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