‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 46 sur 87 · TREIZIEME RECIT · texte numérisé non relu

TREIZIEME RECIT

CARLOMAN ET PÉPIN. — SAINT BONIFACE. — CHUTE DE LA DYNASTIE BtÉROVINGIENNE.

Carloman et Pépin «uceèdent à Charles niartel.—ltévolte de« peuples trlliiitalre«.

Avant de mourir, Charles Martel , du consentement des grands de la nation convoqués à Verberie S avait partagé entre ses fils le gouvernement de la monarchie gallo-franque. A Faîne, Carloman, il donna l'Ostrasie, avec la Souabe' et la Thuringe qui en dépendaient; au cadet, nommé Pépin comme son aïeul, il laissa la Neustrie, la Bourgogne et la Provence*. Le

^ ; Verberie, âlord villa royale , et qui devait garder ce rang sous la dytiastie carlovingienne, n'est plus maintenant qu'un simple bourg du département de rOise, situé à peu près à égale distance de Compiègne et de Senlis.

2. C'est le nom que l'on commençait à donner à l'ancienne Allémanie oU pays des Allemands.

3. Dans ce partage, il ne tut point question de l'Aquitaine, non plus que de la Bavière , de la Frise et de la Saxe. L'Aquitaine se montrait toujours prête à secouer le joug, bien que son nouveau duc Hunald (il avait succédé à Eudes, son père, en 735} eût été contraint de prêter serment de fidélité à Charles Martel : on ne pouvait donc la considérer comme faisant réellement partie de la monarchie franque. Il en était de même de la Bavière, de la Frise et de la Saxe. Quant à la Souabe, ses révoltes fréquentes contre l'autorité de Carloman prouvèrent que Charles Martel s'était trop hâté de la croire dêflnitivement soumise.

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premier tut duc ou prince des Francs; le second, maire du palais. Quant au troisième fils de Charles, Grippon, il n'eut pour son lot que quelques comtés enclavés entre les possessions de ses frères.

Deux ans après (743), Pépin, cédant peut-être aux murmures des Neustriens, qui conservaient toujours un reste d'attachement pour leurs princes légitimes, mit sur le trône un dernier représentant de la race mérovingienne, Childéric III. Au reste, le nouveau roi ne fut proclamé que dans les provinces gouvernées par Pépin. L'Ostrasie continua à former un État séparé, qui ne reconnaissait d'autre chef que son duc Carloman.

Cependant Grippon , dépouillé par ses frères de la faible part qui lui était .échue dans la succession paternelle, se vengeait de leur injustice en excitant à la révolte les Aquitains et les peuples tributaires d'au delà du Rhin. Mais il ne fit par là que fournir à Pépin et à Carloman l'occasion de signaler leurs talents militaires. Les hQstilités avaient commencé dès le printemps de 742. Pendant l'espace de cinq années, les deux frères, tantôt ensemble, tantôt séparément, atta« quèrent et battirent tous leurs ennemis. Le duc de Bavière, Odilon, de l'illustre famille des Agilolfinges', était comme le chef de la ligue, et il avait réuni une armée nombreuse composée non-seulement de Bayarois, mais de troupes auxiliaires fournies par les autres

4 . Celle famille tirait son nom d'Agilolfe ou Agilnlfe, guerrier bavarois, qui, après avoir, vers 553, aCTranchi sa nation du joug des Oslrogoths» i 'avait ensuite gouvernée avec le titre de duc. Sa postérité devait rester en uRsession de la dignité ducale jusqu'à la fin du vni* siècle.

nations germaniques. En 743, il perdit sur les bords du Lech une grande bataille, et se vit réduit à fuir avec quelques cavaliers, tandis que les Francs, pénétrant jusqu'au cœur de ses États, y promenaient, pendant près de deux mois, le fer et la flamme. Le duc d'Aquitaine, Hunald , ne fut pas plus heureux. Défait en plusieurs rencontres , il n'eut bientôt d'autre ressource , pour échapper à une perte certaine, que de poser les armes* (745). En 746, ce fut le tour des Allemands. Attirés dans une embuscade et cernés par toutes les forces de l'armée ennemie, ils demandèrent la paix. Mais ils ne l'obtinrent qu'à la condition de renoncer désormais à être gouvernés par leurs chefs nationaux, et de se soumettre à l'autorité d'un certain nombre de comtes pris parmi les vainqueurs. Dès ce moment, la Souabe peut être considérée comme incorporée dans l'empire gallo-franc.

Grippon ne put prendre aucune part à la guerre qu'il avait allumée. Avant même qu'elle n'éclatât, il était tombé aux mains de ses frères qui l'envoyèrent, sous bonne garde, dans un château des Ardennes. Ce n'est qu'au bout de six ans qu'il devait voir s'ouvrir les portes de sa prison.

Saint Bonlffaee préehe le ehrlAtlanlsine dans laCtermanto. — Réforme de réalise 9allo-fk*anqae*

D'autres conquérants, d'un caractère tout pacifique, entreprenaient, vers le même temps, de soumettre la Germanie : c'étaient les missionnaires.

-1 . Hunald abdiqua alors en faveur de son fils Waïfre, héritier de sa haine contre les Francs; puis il alla se renfermer dans un monastère de l'tlc de Bé. Il 17

tm CARLOMAN ET PËPIN.

Au vii« siècle, des moines, des évoques avaient tiavaillé avec une infatigable persévérance, les uns à déraciner certaines pratiques superstitieuses qui s'étaieiil maintenues dans le nord-est de la Gaule, les autres à convertir ceux des Francs ostrasiens qui demeuraient encore plongés dans les ténèbres du paganisme. Vers la fin de ce même siècle, et au couuuencement du vni% la prédication chrétienne s'étendit au delà du Rhin*. La Bavière et la Souabc, où déjà, dès le temps du roi Thierry 1", Ton avait essayé, mais sans beaucoup de succès, de faire pénétrer la lumière évangélique, furent de nouveau visitées par les missionnaires. De là quelques-tms de ces intrépides apôtres, se dirigeant plus au nord, résolurent d'aller, au péril de leurs jours, annoncer le Christ aux sauvages et féroces tribus de la Hesse*, de la Thuringe, de la Saxe et de la Frise. De ce nombre fut samt Boniface.

Il naquit en 683, chez les AngIo-5axons , qui, comme on l'a vu plus haut ', s'étaient établis par droit de conquête dans la Grande-Bretagne. Son premier nom fut Winfrid. Jeune encore, il embrassa la vie monastique ; puis il entra dans les ordres et acquit bientôt une grande réputation de vertu, de savoir et de sagesse. Aussi, quoiqu'il ne fût encore qu'un simple prêtre, les évoques eux-mêmes le consultaient.

4 , C'est ainsi qu'en 686 , l'Irlandais saint Kilian baptisa un très-grand nombre d'idolâtres dans la Franconie ou pays de la vallée du Mein.

2. Le pays que l'on commençait à appeler de ce nom, était situé à l'ouest de la Thuringe. Il comprend aujourd'hui la Hesse électorale et la partie seplentrionale du grand duché de Hesse-Darmstadt,

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