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8 lorsqu'ils se réunissaient en synode \ pour délibé-

S! rer sur quelque affaire importante. Mais sa patrie ne

5 devait pas le posséder longtemps. Entraîné par un ir-

t résistible désir de consacrer sa vie à la propaga-

K tion de la foi, « il cherchait, dit son biographe, dans

.' quelle contrée lointaine il pourrait porter le nom du

s Christ. » Enfin, en 716 , il s'embarqua à Londres et

i vint aborder sur les côtes de la Frise. C'est là qu'il fit

î ses premiers débuts dans la carrière de l'apostolat.

' Forcé peu après de s'éloigner de ce pays où les Ostra-

î siens , sous la conduite de Charles Martel , étaient

entrés en armes, il se rendit à Rome. Le pape Gréi goire n l'accueillit avec une vive sympathie , l'encou-

f ragea à persévérer dans sa sainte et glorieuse entre-

i prise, et lui donna de pleins pouvoirs pour aller

i prêcher la religion chrétienne dans les contrées trans-

rhénanes , et pour y faire reconnaître l'autorité des successeurs de saint Pierre. Depuis lors, Winfrid se voua tout entier à l'accomplissement de l'œuvre héroïque qui devait lui mériter le surnom à^apôtre de la Germanie.

Il visita successivement la Frise, la Hesse, la Thuringe , répandant partout sur son passage la semence de l'Évangile. Nulle fatigue ne rebutait , nul péril n*effrayait son courage. Parfois pourtant, lorsqu'il errait au milieu des vastes solitudes de la Germanie, ou bien qu'il s'enfonçait dans ces forêts profondes où l'on n*apercevait que le ciel^ la terre et de grands arbres^

\ . on appelait synode l'assemblée des éyètiaes d'une même province délibérant sous la présidence de leur métropolitain.

292 GARLOMAN ET PÉPIN.

il ne pouvait se défendre d'un sentiment de douloureuse tristesse, et, par un retour involontaire vers le passé, il se prenait à regretter le temps de sa tranquille jeunesse, ses amis, ses parents et tout ce qu'il avait laissé avec eux dans cette patrie dont il portait l'image en son cœur , mais que ses yeux cherchaient en vain et qu'il ne devait plus revoir. Bientôt, au reste, la pensée de la noble mission qu'il avait reçue du ciel venait relever son esprit abattu et lui rendre sa première énergie. Alors il ne songeait plus qu'à continuer dignement ce qu'il avait commencé, abandonnant à Dieu le soin de fixer lui-même le terme de ses épreuves.

L'un des secrets de Winfrid pour gagner la cou* fiance des peuples dont il avait entrepris la conversion, était de se plier à leurs coutumes. Arrivait-il dans quelque village, il entrait, sans hésiter, dans la hutte grossière des chefs, s'asseyait à leur table, prenait part à leur repas, et, tout en conversant familièrement avec eux , il leur faisait connaître le véritable but de son périlleux voyage. Pendant qu'il parlait, ses barbares convives l'écoutaient dans un profond silence. Ils contemplaient avec une curiosité et un étonnemenl inexprimables cet homme, encore dans la fleur de l'âge , qui , après avoir dit adieu à toutes les affections terrestres, était venu, en bravant tant de fatigues et de dangers , les chercher au fond de leurs forêts et de leurs marécages, non pour son intérêt particulier, mais pour leur parler de son Dieu, de sa loi, de son culte; et, en présence d'un zèle si ardent et si pur, d'un courage si intrépide, ils ne pouvaient s'empêcher

d'admirer une religion capable d'inspirer de tels sentiments à ceux qui croient en elle. Lui cependant, sans heurter de front leurs fausses croyances*, et par un mélange heureux de douceur et d'adresse , d'onction et d'autorité, s'insinuait peu à peu dans leurs cœurs , et, en même temps, faisait briller à leurs yeux la lumière du christianisme. Le ciel bénit ses efforts , et, dociles à sa voix, une foule d'idolâtres consentirent à recevoir le baptême. Quelle joie pour le pieux missionnaire , quand il voyait les vieilles idoles païennes tomber sous les coups de leurs propres adorateurs, enfin désabusés des erreurs d'une religion mensongère, et, sur les ruines de ces idoles, des croix, des chapelles, des basiliques s'élever comme par enchantement! Comme alors tout souvenir des

t . C'est le conseil qu'avait donné i Winfrid son ancien évêque , Daniel , dans une lettre où il lui retraçait la marche à suivre pour la conversion des barbares.

« Ne leur oppose point, lui écrivait son vieux matlre , d'arguments contraires à la généalogie de leurs faux dieux.... Une fois que tu les auras forcés d'avouer que les dieux ont eu un commencement , demande-leur alors s'ils pensent que le monde aussi ait eu un commencement. ... S'il a eu un commencement, qui l'a créé? En quel lieu, avant l'établissement de ce monde, ils font subsister et habiter les dieux qui naissent? Et s'ils prétendent que le monde a existé sans commencement , demande-leur qui commandait au monde avant la naissance des dieux ; comment les dieux soumirent à leur domination le monde , qui existait de toute étemit)^ avant eux?... Toutes ces choses et beaucoup d'autres tu dois les leur objecter, non en les insultant , mais paisiblement et avec une grande modération ; et , par intervalles , comparer leurs superstitions à nos dogmes chrétiens , et, pour ainsi dire, les prendre en flanc, afin que les païens, plus honteux qu'irrités, rougissent de telles absurdités. » (Voy. le beau mémoire de M. Mignet sur l'introduction de l'ancienne Germanie dans la société civilisée de l'Europe occidentale, t. HI, p. 722-723 Ae» Mémoires de l' Académie des sciences morales et politiques.)

Î9i CARLOMAN ET PÉPIN.

rudes épreuves qu'il lui avait fallu traverser s'effaçait promptement de son âme ! et que sa tâche lui paraissait légère , dans l'attente d'une si douce récompense ?

Winfrid passa trente-huit années au milieu des mêmes travaux, établissant des évôchés, fondant des monastères, bâtissant des églises , réparant celles qui avaient été ruinées par la guerre ou par la fureur des païens, et s'efîorçant d'inspirer aux anciens et aux nouveaux convertis le véritable esprit de l'Évangile. Lors d'un second voyage qu'il fit à Rome en 723 , le pape (c'était toujours Grégoire IIj « le reçut dans la basilique de Saint-Pierre , et , après l'avoir questionné et entendu tout un jour, charmé de ses succès, convaincu et frappé de sa supériorité, il le nomma ëvêque régionnaire , c'est-à-dire sans siège déterminé , et sans autres limites dans sa juridiction que celles qui seraient marquées par ses conquêtes*. » En même temps, afin d'honorer, d'une manière plus particulière encore, tant de vertus et de services, il changea son nom de Winfcid en celui de Boni face j qui veut dire le bienfaisant. La postérité le lui a conservé.

Eh! qui jamais mérita mieux ce glorieux surnom ? La vie de ce généreux apôtre ne fut-elle pas tout entière consacrée à faire le bien ? Grâce à l'ardeur et à la persévérance de son zèle , les enseignements d'une religion de paix, de charité et d'amour commencèrent à adoucir les mœurs brutales et sanguinaires des peuplades encore sauvages de la Germanie, et à déposer dans les cœurs le germe

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