M. Mignel
de sentiments plus humains, plus élevés, plus généreux. En même temps, le pays changeait comme les hommes eux-mêmes. Les colonies de moines qui vinrent, sur les pas de Boniface, s'établir dans la Thuringe et dans les contrées voisines , ne se contentèrent pas de travailler à la conversion des âmes : pour la première fois les Germains virent des hommes libres se livrer à l'agriculture et mettre ainsi en honneur une profession qui, chez les peuples d'outre Rhin, avait été jusqu'alors abandonnée aux mains des esclaves. Ce sont les moines qui, les premiers, défrichèrent les terres incultes , éclaircirent les forêts avec la hache , comblèrent ou desséchèrent les marais. Autour des abbayes qu'ils avaient fondées, des villages se formèrent, qui devinrent dans la suite des cités florissantes*. Les lettres mêmes commencèrent à briller de quelque éclat sur cette terre jusqu'alors couverte des ténèbres de l'ignorance. Enfin le moment n'était pas loin où la Germanie, arrachée à sa barbarie primitive, allait prendre rang parmi les nations civilisées, et celui à qui elle fut surtout redevable de cette heureuse révolution , c'est saint Boniface.
Les princes de la famille d'Héristal secondèrent avec le plus louable empressement les travaux apostoUques de l'illustre missionnaire. Charles Martel l'avait pris sous son patronage, et une lettre circulaire de ce puissant protecteur avait enjoint aux commandants de la frontière de recevoir Boniface avec les plus grands
4. Ainsi, par exemple, Tabbaye de Folde, fondée en 744 par saint Boniface , a donné naissance à une ville importante , Fulde (aujourd'hui comprise dans Télectorat de Hesse-Cassel) .