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égards, et, au besoin, de lui prêter main-forte. « Que nul, élail-il dit dans cette lettre, n'ose lui être contraire, ou lui porter dommage, et qu'il demeure en tout temps tranquille sous notre sauvegarde. » Le saint écrivit lui-même au pape ces paroles : « Sans le secours du prince des Francs, je ne pourrais ni gouverner le peuple, ni défendre les prêtres, ni empêcher la célébration des cérémonies païennes dans la Germanie. » Glorieux témoignage, qui nous montre le vainqueur des Sarrasins s'associant au missionnaire , pour étendre dans les régions encore barbares de l'Europe l'empire de la foi chrétienne ! Pépin et Carloman suivirent l'exemple de leur père. Au reste, leur intérêt politique bien entendu se trouvait ici d'accord avec leur zèle, d'ailleurs trèssincère, pour la religion. Ils étaient convaincus que la prédication apostolique pourrait seule dompter l'humeur farouche des peuples d'au delà du Rhin et les déshabituer peu à peu de cette vie de violences et de brigandages, source perpétuelle de dangers pour la frontière orientale de la monarchie franque. L'événement a prouvé la justesse de leurs prévisions.
Ce fut aussi avec l'aide de Boniface que les deux frères entreprirent la réforme de l'Église gallo-franque, dans le sein de laquelle bien des désordres s'étaient glissés , au milieu de l'anarchie générale de la période mérovingienne. Un concile tenu à Leptines*, en 743, sous la présidence de l'apôtre de la Germanie, publia
4 . A vingt kilomètres sud-ouest de la ville actuelle de Charleroi , dans la province belge de Hainaut.
divers canons destinés à arrêter le mal*. On chercha, en môme temps, à terminer par une transaction équitable une question fort grave et fort épineuse qui concernait les intérêts temporels du clergé. Voici de quoi il s'agissait.
Pour récompenser les compagnons de ses victoires , Charles Martel leur avait distribué un grand nombre de bénéfices enlevés aux évêchés et aux monastères. Le clergé,, ainsi dépouillé d'une partie de ses possessions, protesta vivement et réclama à plusieurs reprises la restitution de ce qu'on lui avait pris. Les leudes, d'un autre côté, ne voulaient nullement se dessaisir de ceis domaines qu'ils regardaient comme le juste salaire de leurs services. De là, de part et d'autre, une irritation croissante. Dans l'impossibilité de satisfaire complètement les deux parties, le concile adopta un moyen terme. Il autorisa les gens de guerre, qui avaient des biens ecclésiastiques à titre de bénéfices, à les conserver, leur vie durant, mais sous la condition de payer une redevance annuelle à TÉglise
1. L'un de ces canons, qui avait principalement pour objet de rétablir Tautorité trop souvent méconnue des métropolitains et des évéques , contenait les dispositions suivantes :
« Que le métropolitain tienne ud concile chaque année ; que chaque évèque assemble ensuite ses prêtres et ses abbés, et les exhorte à observer les décrets du concile ; que tous les ans il visite son diocèse ; que, dans le temps du carême , chaque prêtre rende compte de sa conduite à son évêque. »
En outre , défense fut faite à Ions les ecclésiastiques de porter les armes et de se livrer aux plaisirs bruyattts de la chasse.
C'est aussi ce même concile de Leptines qui étendit i tous les monastères du royaume la règle de saint Benoit , qu'un grand nombre , au reste , avaient déjà adoptée.
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OU au monastère, à qui ces biens avaient d'abord appartenu.
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Ce fut, dit-on, par les conseils de Boniface que Carloman, à l'imitation de plusieurs autres princes, ses contemporains, prit tout à coup la résolution de renoncer au monde. Fatigué des grandeurs , il abdiqua volontairement l'autorité dont il était revêtu, et, s'étant rendu à Rome pour y recevoir la tonsure des mains du pape, il se retira dans un couvent qu'il avait fait bâtir à peu de distance de cette ville , sur le mont Soracte *. Mais bientôt, importuné des visites nombreuses qu'il y recevait, il chercha une retraite plus éloignée et fit choix du célèbre monastère du Mont-Cassin\ C'est là qu'il finit ses jours dans la pratique de tous les devoirs de la vie cénobitique.
Avant de partir pour l'Italie, Carloman avait recommandé ses deux fils à Pépin. Mais celui-ci, n'écoutant que son ambition, était bien décidé à ne point partager avec ses neveux l'héritage de Charles Martel. Il les enferma donc dans un cloître , sous prétexte de les y faire élever , et il eut soin qu'ils n'en sortissent plus. Il se montra plus généreux envers son frère Grippon.
-1. C'est aujourd'hui le mont Saint-Sylvealre , à trente kilomètres au nord de Rome.
2. Ce monastère, regardé comme le berceau de Tordre des Bénédictins (voy. ci-dessus p. 86) existe encore. Il est situé dans le royaume de Naples, sur une colline qui domine la ville de Cassin ou Cassino , près de la frontière des Abruzzes et de la Terre de Labour.
Il le tira de sa prison et lui donna des domaines considérables. Mais Grippon, peu touché de cette générosité tardive, et aigri par le souvenir de son injuste captivité, n'usa de la liberté qui lui était rendue que poiu* fomenter des troubles dans le royaume. Puis, passant le Rhin avec une troupe de mécontents , il alla de nouveau appeler aux armes les peuples tributaires de la Germanie. La guerre recommença aussitôt. Cette fois, comme la première, elle tourna à l'avantage de Pépin, qui battit successivement les Frisons, les Saxons et les Bavarois (749). Il n'en offrit pas moins à son frère , s'il voulait mettre bas les armes, de lui céder le duché du Mans avec douze comtés en Neustrie. Grippon accepta. Mais cet esprit inquiet et remuant ne tarda pas à nouer de nouvelles intrigues. Enfin il s'échappa d'auprès de son frère et s'enfuit en Aquitaine. Il périt assassiné, quelques années plus tard , au moment où il traversait les Alpes , pour aller chercher un asile à la cour du roi des Lombards.
Décadence de la famille mérovliiiilenne* ~-r Pépin s>mliare dv trône. — Chate de la première race»
Tranquille au dedans et au dehors. Pépin jugea que le moment était venu de consommer la révolution que la bataille de Testry avait commencée , et d'arracher le sceptre aux mains débiles des Mérovingiens.
Depuis longtemps déjà, les successeurs de Clovis étaient réduits au plus triste rôle. Tandis que les chefs de la famille d'Héristal se transmettaient le pouvoir, comme s'il eût été leur patrimoine, et gouvernaient le
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royaume avec autant d'habileté que de vigueur, le roi, content d'un vain titre et se bornant, pour toute distinction, à porter les cheveux flottants et la barbe longue, vivait d'une modique pension alimentaire que le maire du palais fixait à son gré. Sa cour ne se composait que d'un petit nombre de serviteurs attachés à sa personne. Du reste, uniquement occupé de ses plaisirs, jamais il ne visitait les provinces de son royaume, afin de s'instruire par lui-même des besoins des peuples. Lui arrivait-il , par hasard , de sortir de son domaine de Maumaques * pour se montrer en public, on le voyait s'avancer sur un chariot traîné par des bœufs, dont un paysan stimulait avec l'aiguillon le pas paisible et tardif. C'est dans ce même appareil que , chaque année, il se rendait au milieu de l'assemblée des Francs. Là, assis sur un trône et représentant Vimage du monarque y tantôt il recevait les présents de ses leudes, tantôt il donnait audience aux ambassadeurs des puissances étrangères, et leur adressait, en les congédiant , une réponse qu'il avait l'air de faire de luimême , mais que lui avait dictée le véritable souverain, c'est-à-dire le maire du palais. Voilà à quel degré de nullité et d'abaissement étaient tombés les derniers rejetons de la dynastie mérovingienne*.
4. Maumaques, le séjour habituel des derniers Mérovingiens, était situé sur les bords de TOise, un peu au sud de Noyon.
2. Dans un morceau célèbre du Lutrin, la Mollesse fait ainsi la peinure du temps où ell« régnait sans partage à la cour des Mérovingiens :
« Hélas ! qu'est devenu ce temps , cet heureux temps , Où les rois s'honoraient du nom de fainéants ; S'endormaient sur le trône , et , me servant sans honte , Laissaient leur scepire aux mains ou d'un maire ou d'un comte?
On se rappelle que les Ostrasiens , depuis 678 , ne reconnaissaient plus l'autorité de ces méprisables monarques. Lçs Neustriens eux-mêmes commençaient à rougir d'avoir toujours à leur tête non des rois, mais des fantômes de rois. L'occasion était donc favorable pour l'ambitieux Pépin , et il n'eut garde de la négliger. Toutefois, afin de donner à son entreprise une apparence de légitimité , il adressa d'abord au pape Zacharie une lettre dans laquelle il lui demandait s'il n'était pas juste que celui qui remplissait les fonctions de roi, y joignît le titre. Le pontife fit une réponse conforme aux vœux de Pépin. Dès lors, nul obstacle n'empêcha plus celui-ci de franchir enfin les degrés qui le séparaient encore du trône.
Au retour des deux ambassadeurs qu'il avait envoyés au pape, et dont l'un était l'abbé de Saint-De^ nis , 1(? maire du palais convoqua à Soissons une assemblée de tous les grands du royaume. Les historiens du temps ne nous ont point transmis de détails sur la manière dont les choses s'y passèrent. Toujours est-il que le fils de Charles Martel y fut proclamé roi (en mars 752). Peu après, il se fit sacrer par saint Boniface, alors évêque métropolitain de Mayence S et la céré-
Aacun soin n'approchait de leur paisible cour : On reposait la nuit, on dormait tout le jour. Seulement, au printemps, quand Flore dans les plaines Faisait taire des vents les bruyantes haleines, Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent. Promenaient dans Paris le monarque indolent.
Ce doux siècle n'est plus.... »
(Chant II*, vers 95 et suivants.) 4 . C'est en 745 qa'il avait été nommé évéque de Mayence, et, à quelque