DEUXIEME REGIT
LES FILS DE CLOVfS'
Premier parte^e du royaume s«lle-fk*Mie«
Chez les Francs, de même que chez les autres peuples d'origine germanique, si un homme, en mourant, laissait plusieurs f3s, la loi les appelait tous à partager, par portions égales, l'héritage paternel, et, à cet égard , il n'y avait nulle différence entre les familles des princes et celles des simples particuliers. C'est en vertu de cette loi que les conquêtes du fondateur de la monarchie franque furent, après sa mort, divisées entre ses quatre fils, Thierry, Qodomir, Childebert et Clotaire.
Au premier coup d'œil, rien de plus irrégulier, rien de plus bizarre que ce partage*. Chacun des quatre frères obtint pour son lot des provinces et des cités qui, loin d'être contiguês les unes aux autres
i . Nous rallacherons à ce deuxième récit ce que nous avons à dire de Tbéodebert el de Théodebald (l'un pelit-flls el Taulre arriére-pelit-fils de Clovis], par la raison que tous les deux sont morts avant Clotaire , le dernier survivant des quatre fils du fondateur de la monarchie.
2. Voy., au numéro i de Tappendice, la géographie politique du royaume gallo-franc , après ce premier partage.
el de former une masse compacte, étaient éparses dans toute l'étendue de l'empire gallo-franc ; de telle sorte que les quatre royaumes semblaient comme enchevêtrés l'un dans l'autre. Il en résultait encore que, quand l'un de ces princes voulait visiter ses diverses possessions, il ne le pouvait qu'en traversant des pays placés sous une autorité autre que la sienne*.
Au reste, cette irrégularité et cette bizarrerie s'expliquent. Le royaume conquis par Clovis se composait de deux parties distinctes : les pays en deçà et les pays au delà de la Loire. En deçà, c'est-à-dire au nord du fleuve , la domination des Francs était déjà solidement assise. Là , d'ailleurs , la nation entière se trouvait réunie sous les armes, prête à se porter partout où l'appellerait l'espoir de quelque nouvelle conquête ou la passion du pillage.. Leur intérêt bien entendu conseillait donc aux quatre frères de s'assurer d'abord un certain nombre de villes et de domaines dans cette partie des Gaules. C'est ce qu'ils firent. Ce fut également au milieu du peuple conquérant qu'ils fixèrent leur résidence. Thierry établit à Metz son séjour ordinaire, Clodomir prit pour capitale Orléans, Childebert Paris, et Clotaire, le plus jeune des quatre frères, alla demeurer à Soissons.
Quant à l'Aquitaine*, c'est-à-dire à la partie du
I. C'est ce qui arrivait, par exemple, à Childebert, dans le lot duquel se trouvaient trois villes trës-éloignées Tune de l'autre, Paris, Poitiers et Toulouse.
S. La division de rAquitaine en trois parties (Àcpiitaine première, Aquitaine seconde, Novempopulanie ) avait disparu peu à peu, après l'établissement des barbares en Gaule.
territoire gaulois située au midi de la Loire , il s'en fallait beaucoup qu'elle fût définitivement soumise. Clovis y avait bien laissé quelques garnisons ; mais il n'avait pas eu le temps d'atTermir sa conquête et de prendre follement possession du pays. Aussi ses fils se gardèrent-ils bien de transporter leur séjour au milieu des populations méridionales, qui ne voyaient en eux que des étrangers ou même des ennemis. Seulement, comme l'Aquitaine était sans contredit une des contrées les plus fertiles et les plus riches de la Gaule, chacun des quatre princes en réclama une part, et le midi fut divisé en quatre lots, comme l'avait été le nord.
Les Gallo-Romains suivirent le sort de la province ou de la cité qu'ils habitaient, et ils devinrent les surjets et les tributaires de celui des fils de Clovis que le hasard de ce premier partage leur avait donné pour maître. Mais il n'en fut pas de même des Francs. Ceux-ci ne reconnaissaient point aux descendants de Mérovée le droit de disposer ainsi de leurs personnes, et chacun d'eux s'attacha librement au prince dont il crut devoir, de préférence, suivre la bannière. Toutefois le Uen qui unissait entre elles les diverses tribus de la nation ne fut point rompu, et, bien qu'il y eût quatre royaumes, les Francs n'en continuèrent pas moins à former un seul peuple.
Guerre de Boarsosne. ^ Tletolre et mort de Clodomtr. lia Bonrsosne eonqulse iMir les Vraiies*
L'ardeur guerrière des Francs ne se ralentit pas sous les fils de Clovis, et ces princes, héritiers du
courage et de Thumeur belliqueuse de leur père, allaient s'efforcer d'agrandir encore les \astes Étals qu'il leur avait légués. Leur conquête la plus importante fut celle de la Bourgogne.
En 523, sous prétexte de venger les parents de leur mère, assassinés naguère par ordre de Gondebaud, les trois fils de Clotilde, Clodomir, Childeberl et Clotaire envahirent la Bourgogne. Gondebaud était mort* six ans auparavant (617), et ses deux fils; Sigismond et Godomar, lui avaient succédé*. Au premier bruit de cette invasion , les deux frères rassemblèrent leurs troupes et marchèrent à la rencontre de l'armée franque. Mais ils fiu*ent complètement défaits. Sigismond, que tous ses soldats avaient abandonné, erra quelque temps au hasard. Puis*, se voyant serré de près par les vainqueurs , il se retira sur le sonmiet d'une mon^gne escarpée et sauvage. Là, il se coupa les cheveux et revêtit le simple et grossier costume d'un anachorète. Il espérait, à la faveur de ce déguisement, échapper aux poursuites de l'ennemi. Vain espoir ! Quelques-uns de ses sujets , qui avaient conçu le lâche dessein de le Uvrer aux Francs , parvinrent à découvrir le secret de sa retraite. Feignant
4 . Malgré les exhortations et les instances d'Âvitas et d'un grand nombre d'autres évéques , Gondebaud rerusa constamment d'abjurer rbérésie arienne. Mais il permit que son fils Sigismond embrassât la doctrine catholique, et, dès que celui-ci fut monté sur le trône, la nation bourguignonne, à l'exemple de son nouveau roi, renonça à l'arianisme et revint A la foi catholique
2. Sigismond, qui était l'atné, eut la plus grande partie du royaume paternel , avec Lyon pour capitale. Quant à Godomar, on croit que ce fut îà Vienne qu'il établit sa résidence.
d'être touchés de son malheur, Us lui eonseOlèrent de se réfugier au monastère de Saint-Maurice*, comme dans un plus sûr asile , et ils s'offrirent de l'y conduire eux-mêmes. L'infortuné prince, qui ne soupçonnait nullement leur projet de trahison, consentit à les suivre. Mais il n'eut pas plutôt franchi le seuil de ce monastère, que toutes les issues furent occupées par dos soldats francs. On se saisit de sa personne, et on l'amena chargé de chaînes à Clodomir. Celui-ci , qui déjà tenait en son pouvoir la femme et les deux fils de Sigismond , fit aussitôt partir pour Orléans les quatre prisonniers. Peu après, il s'y rendit lui-même.
Cependant Godomar qui était plein de bravoure et d'énergie , avait rallié les débris de l'armée des Bourguignons et recouvré l'une après l'autre toutes les villes dont les Francs s'étaient emparés après leur victoire. A la nouvelle de ces événements, Clodomir se disposa à marcher de nouveau contre la Bourgogne. Mais de peur que, pendant son absence, ses prisonniers ne parvinssent à tromper la vigilance de leurs gardes et à s'évader, il, résolut de les faire mourir. Alors un saint prêtre* se présenta devant lui, et, l'interpellant avec une généreuse liberté : « roi, lui dit-il, que la crainte de Dieu te retienne ! Épargne ceux que la tictoire a fait tomber entre tes mains , et le ciel combattra pour
4 . Ce monastère s'appelait d'abord Âgaune. Rebâti et agrandi par Sigismond lui-même, qui le plaça sous Tinvocation du glorieux chef de la légion thébéenne, saint Maurice, il devait plus tard donner naissance à la ville de ce nom, Saint-Maurice, dans le Valais (Suisse).
2. Il s'appelait Âvit et était abbé du monastère de Mici (plus tard Saint- Mesmin), situé dans les environs d'Orléans.
toi dans la guerre que tu vas entreprendre. Mais si tu t'obstines dans ton barbare projet, sache-le bien, le châtiment ne se fera pas attendre longtemps. Toi et ta famille, vous subirez le même sort que tu auras fait éprouver à Sigismond , à sa femme et à ses fils. » Glodomir ne tint aucun compte de cette prédiction menaçante. Avec une froide barbarie, il fit, à l'heure même, égorger les malheureux captifs. Après cette affreuse exécution, il partit d'Orléans et se dirigea vers la frontière de la Bourgogne.
Cette fois, les deux autres fils de Clotilde refusèrent, on ne sait au juste pour quel motif, d'unir leurs armes à celles de Glodomir. Celui-ci n'en continua pas moins sa marche, et le roi de Metz, Thierry, lui ayant amené des renforts, tous deux pénétrèrent au cceur même du royaume de Godomar et livrèrent bataille à ce prince dans un lieu nommé Véseronce, près des bords du Rhône, entre Vienne et Belley (524). Dès le premier choc , les Bourguignons pUèrent. Glodomir, qui les poursuivait avec la plus aveugle ardeur, s'aperçoit trop tard qu'il s'est imprudemment séparé de ses troupes. Pendant qu'il cherche à les rejoindre, quelques-uns des ennemis, l'ayant reconnu à sa longue chevelure, l'appellent en imitant son cri de guerre. n entend ces mots : « Par ici , par ici ! nous sommes des tiens. »• Le roi s'avance vers eux sans défiance ; mais à peine est-il à la portée du trait, que les soldats bourguignons se jettent sur lui, le tuent, lui coupent la tête, et, la fixant au bout d'une pique, élèvent en l'air et promènent dans les rangs ce sanglant trophée. En même temps, Godomar, s'empresse de profiter
d'un événement qui peut changer le sort de la journée. Il rallie les fuyards et s'efTorce de rétablir le combat. Mais les Francs, animés par le désir de venger leur prince, se précipitèrent sur les Bourguignons avec tant de fureur, qu'ils les culbutèrent de nouveau et les taillèrent en pièces. Puis ils coururent tout le pays et y exercèrent d'horribles ravages.
Toutefois la mort de Qodomir allait donner quelque répit à la Bourgogne. En effet, aucun de ses frères ne parut songer à recueillir les fruits d'une victoire qu'il avait payée de sa vie , et ils laissèrent même Godoiiiar rentrer, pour la seconde fois, en possession de ses États. La guerre, ainsi suspendue, ne recommença qu'au bout de huit années (532). Elle fut d'abord conduite assez mollement ^ar Childebert et par Clotalre. Mais, en 634, le roi de Metz^ leur ayant envoyé quelques renforts, les hostilités furent poussées avec plus de vigueur. Défait dans une nouvelle et dernière bataille, Godomar tomba au pouvoir des vainqueurs, et allafinir ses jours dans une forteresse qui lui fut donnée pour prison. Quant à la Bourgogne , elle passa dès lors sous la loi des Francs. Les trois princes mérovingiens se la partagèrent; mais l'histoire contemporaine ne nous dit pas de quelle manière fut fait ce partage*.
* . C'était alors Théodebert, fils de Thierry.
2. Ainsi divisée d'abord entre plusieurs princes, puis réunie sous un seul maître, la Bourgogne devait continuer, pendant longtemps encore, à porter le titre de royaume. En outre , elle conserva ses lois , ses usages et même son gouvernement particulier. Un palrice , dont le pouvoir ressemblait beaucoup à celui qu'eurent plus tard les maires du palais, exerçait, au nom du roi, la principale autorité dans le royaume de Bourgogne.
Thierry ■«% ~ Conquête de la Thnrlnse.
Thierry, le roi de Metz, venait de mourir, à l'époque où fut entreprise la dernière campagne des Francs contre la Bourgogne. Dix ans auparavant, il avait, comme nous l'avons vu, accompagné Clodomir dans l'expédition qui se termina par la bataille de Véserouce. Depuis lors, il avait fait, pour son propre compte, plusieurs autres guerres. La principale est celle qui eut lieu, en 529 et qui amena la conquête de la Thuringe.
Hermanfred ou Hermanfroi régnait alors sur les Thuringiens. Il n'avait hérité d'abord que d'un tiers des États de son père. Mais poussé par les conseils de sa femme, princesse ambitieuse et cruelle, il attaqua successivement ses deux frères, les vainquit, les fît périr et se rendit ainsi seul maître du royaume. Pour venir à bout de cette odieuse entreprise, ses propres forces ne lui suffisant pas, il s'était vu contraint de recourir au roi de Metz , avec promesse , pour prix de son intervention," de lui céder une partie de la Thuringe. Après la victoire , il oublia ses engagements, et Thierry, pour l'en punir, lui déclara la guerre.
A cette nouvelle, Hermanfroi, rassemblant toutes ses troupes , vint se poster dans un camp fortement retranché, à peu de distance des rives de l'Unstrutt*.
4. L'Unstrult, rivière des États prussiens , prend sa source dans la régence d'Erfurt, un peu au-dessus du bourg de Dingelsladt, et va se jeter dan» la SaaTe, vis-à-vis de Naumbonrg, après un cours d'environ deux
Comme il n'ignorait point à quels adversaires redoutables il avait affaire, il résolut d'appeler la ruse à son aide, et, par son ordre, on creusa en avant de ses lignes des fosses profondes , qu'on eut soin de recouvrir d'un épais gazon, de manière à simuler une plaine tout unie. Thierry arriva peu après , et aussitôt il donna le signal de l'attaque. D'abord bon nombre de ses soldats, cavaliers et fantassins, tombèrent dans les fossés qui défendaient les approches du camp ennemi. Mais le piège une fois connu, il devint facile de l'éviter, et bientôt les Thuringiens, forcés dans leurs retranchements, se mirent à fuir dans le plus grand désordre. Hermanfroi avait été entraîné dans la déroute des siens. Au moment où il atteignait les bords de rUnstrutt, il fit halte, et, ramenant ses troupes au combat , il essaya encore de tenir tête à l'armée ripuaire. Cet effort désespéré ne servit qu'à rendre sa défaîte plus sanglante. Les Thuringiens furent écrasés, et ceux qui ne périrent pas par l'épée des vainqueurs, trouvèrent la mort, pour la plupart, dans les eaux de la rivière. A la suite de cette bataille, les Francs achevèrent sans peine la conquête de la Thuringe. Puis , ils reprirent la route de leur pays , chargés d'un riche butin et chassant devant eux une multitude de captifs *.
Cependant Hermanfroi, après le désastre de son
cents kilomètres. C'est sur les bords de l'Unstrutt que s'élevait Scheidingen, aujourd'hui simple village , mais qui était alors la capitale du royaume de Thuringe.
4 . Dans le oombrese trouvait Radegonde, fille de Bertaire, l'un des frères d'Hermanrroi. Lorsqu'on procéda au partage du butin et des prisonniers, le
armée , s'était dérobé par une fuite rapide à la poursuite des Francs, et, depuis ce temps, on ne l'avait plus revu. Le roi de Metz , qui craignait que quelque jour il ne reparût au milieu des Thuringiens, pour les exciter à la révolte , le faisait vainement chercher de tous côtés. A la fin, on découvrit le lieu qui lui servait d'asile. Thierry lui fit aussitôt promettre en son nom sûreté entière, s'il voulait le venir trouver. Sur cette assurance, Hermanfroi se rendit à Tolbiac, où résidait momentanément le chef des Ripuaires. Ce dernier l'accueillit d'abord avec honneur et lui fit de magnifiques présents. Mais il ne voulait par là que lui inspirer une sécurité trompeuse. En effet, au bout de quelques jours , comme ils se promenaient ensemble sur les remparts de la place, un des hommes de la suite de Thierry, saisissant par derrière le malheureux Hermanfroi, le précipita du haut des créneaux dans le fossé (530). Tel fut le sort du dernier roi de Thuringe. Depuis lors, ce pays, réuni à la monarchie des Francs, fut gouverné par de simples ducs, qui reconnaissaient la suprématie des princes mérovingiens *.
Un autre trait de perfidie , plus odieux encore , puisqu'il s'agissait, cette fois, du meurtre de l'un de ses
sort la fit échoir à Glotaire , qui avait suivi Thierry dans son expédition contre la Thuringe. Nous verrons bientôt (iv* récit) la suite de son histoire. i . La Thuringe ne conserva pas, sous les Francs, toute l'étendue qu'elle avait eue au temps de son indépendance. En effet, aussitôt après la conquête du pays, Thierry en détacha la partie septentrionale, pour la céder aux Saxons, qui l'avaient aidé du secours de leurs armes dans la guerre contre Hermanfroi. Seulement il exigea d'eux, en retour, la promesse d'un tribut annuel.
frères, achèvera de nous faire connaître le caractère de Thierry.
Au moment où il venait de terminer la conquête de la Thuringe, il voulut se défaire de Clotaire I", qui avait été son allié contre Hermanfroi, mais dont il convoitait le royaume. Il Tinvita donc à un entretien secret dans sa propre tente. Des hommes armés, qu'il avait cachés derrière un rideau, devaient, à un signal donné , se jeter sur Clotaire et le frapper de leurs glaives. Celui-ci vint au rendez-vous. Mais comme le rideau trop court ne descendait pas jusqu'à terre , le roi de Soissons aperçut de lom les pieds des soldats, et il ne consentit à entrer dans la tente qu'avec son escorte. Thierry, voyant sa trame découverte, fut assez mattre de lui-même pour dissimuler son dépit. Il inventa une fable, parla de choses et d'autres, et prodiguant hypocritement à son frère les protestations de la plus vive tendresse, il ne prit congé de lui qu'après lui avoir fait présent d'un plat d'argent magnifique. Mais à peine Clotaire se fut-il éloigné, que le roi de Metz eut l'impudence de lui faire redemander par son propre fils ce plat d'argent qu'il n'avait donné qu'à regret, et seulement pour sortir de l'embarras où l'avait jeté la découverte de sa trahison.
Thierry mourut en 534. Les Francs ripuaires proclamèrent roi à sa place son fils Théodebert.
Théodeliert I**. — «randes qualités de ee prince.
A l'exemple de Clovis, son aïeul, Théodebert avait recherché de bonne heure la gloire des armes, et il
venait à peine d'atteindre sa dix-huitième aimée, quand une descente des Danois sur les côtes mari* times dé la Gaule lui fournit une première occasion de signaler son courage.
Des pirates de cette nation, débarquant à Timproviste près de rembouchure de la Meuse, avaient pillé une bourgade qui se trouvait comprise dans le royaume de Metz. Leur audace fut rudement châtiée. Théodebert, que Thierry avait envoyé contre eux, arriva au moment où ils chargeaient le butm sur leurs vaisseaux, et lorsque déjà ils s'apprêtaient à mettre à la voile , pour retourner dans leur patrie. Aussitôt il les attaque, les culbute et tue de sa main leur chef, qui était resté sur le rivage, pour protéger l'embarquement des siens. En même temps, les deux flottes étaient aux prises, et ce combat naval, le premier qu'eussent livré les Francs depuis leur étabUssement en Gaule , se termina par une victoire complète *. Les Danois, forcés de prendre la fuite*, laissèrent au pouvoir des vainqueurs la plus grande partie de leur butin, sans compter un nombre considérable de prisonniers que Théodebert eut la joie de délivrer et de rendre à leurs familles.
Ce premier exploit lui avait valu l'honorable sur-
4 . n est encore plasiears fois question, dans nos anciens chroniqueurs , de la marine miliudre des Francs. Mais c'est ici le seul combat naval de quelque importance dont ils Tassent mention, pendant toute la durée de la période mérovingienne.
2. Cette victoire de Théodebert sur les Danois eut lieu au commencement du règne de Thierry , en 54 5. Près de trois siècles devaient s'écouler, avant qu'on vit les pirates du nord revenir infester les rivages de la Gaule.
nom de Prince utileK Depuis lors, dans les diverses expéditions dont on lui confia le commandement ou bien auxquelles il prit part sous les ordres de son père*, il sut soutenir et accroître encore , par de nouveaux succès, sa précoce renommée. Mais ce furent surtout les qualités du cœur qui valurent à Théodebert les éloges de ses contemporains, et c'est là aussi, aux yeux de la postérité, son principal titre de gloire. Bien qu'il n'eût pas entièrement échappé à la barbarie des mœurs de son temps, l'histoire lui doit cette justice de reconnaître en lui des élans de générosité et une noblesse de sentiments bien rares chez les rois mérovingiens. On le voit, par exemple, racheter des mains de ses soldats des captifs, qu'il s'empressait ensuite de remettre en Uberté; sauver la vie à plusieurs seigneurs francs que poursuivait la vengeance du barbare Thierry, et, à peine monté sur le trône, s'occuper avant tout de réparer les injustices nombreuses qu'avait commises son prédécesseur. Enfin, nous dit-on, il ne laissait échapper aucune occasion de faire le bien et de secourir l'infortune. Voici ce que raconte, à ce' sujet, Grégoire de Tours.
Didier, évêque de Verdun, avait été injustement persécuté et condamné à l'exil par Thierry. D n'en
\ . Dans le langage du temps, ce mol signifiait vaillant , actif, capable de grandes entreprises.
2. En 520, par exemple, il accompagna Thierry dans la gaerre de Tharinge. Cinq ans après (534], son père l'ayant opposé aux Visigotlis, il reprit sur eux quelques contrées de TÀquitaine (le Rouergue, le Gévaudan, le Velay), récemment retombées en leur pouvoir, et pénétra en vainqueur au delà de Gévennes et jusque sur les bords du Rhône.
fut rappelé qu'à la mort de ce roi. De retour dans sa ville épiscopale, il la trouva réduite à la plus extrême détresse. Le commerce était complètement ruiné , et la plupart des habitants en proie à une affreuse misère. Ce triste spectacle déchirait le cœur de l'évêque; mais, comme lui-même avait été entièrement dépouillé de ses biens sous le dernier règne, il ne lui restait plus de quoi leur venir en aide. Dans cette cruelle situation , il résolut de s'adresser à Théodebert, dont il entendait célébrer de toutes parts la bienfaisance. Didier écrivit donc au prince, le suppliant de lui prêter, pour les malheureux habitants de Verdun, une certaine somme d'argent, laquelle lui serait plus tard fidèlement rendue. Théodebert, touché de compassion, lui envoya sept mille sous d'or*, que le prélat partagea entre ses concitoyens. Ceux-ci, par leur industrie et leur activité, eurent bientôt rétabli l'ancienne prospérité de leur ville. L'évêque alors, suivant sa promesse , vint rapporter à Théodebert la somme que ce prince lui avait prêtée. Mais le roi ne la voulut point reprendre. « Je n'en ai pas besoin, lui dit-il, et c'est un assez grand bonheur pour moi d'avoir pu, à ta prière, soulager des hommes que la misère accablait. » C'est ainsi que Théodebert travaillait à se rendre digne de l'affection et de la reconnaissance de ses peuples. En même temps , il continuait le cours de ses entreprises guerrières et cherchait sans cesse à étendre au loin la puissance des Francs et la terreur de leur
* . Le sou d'or de l'époque mérovingienne est évalué à 9 IV. 28 c. (valeur intrinsèque).
nom. Ce fut surtout contre l'Italie qu'il dirigea l'effort de ses armes.
Sxpédlflon de Vkéodebert en Italie. — Pr<|ei« «Mblttevx 4e ee prlaee.— •• nert«— iftèsne 4e «en flbi Vhéedebald* — lies due* iienttuMi* et Bveella.
Deux peuples se disputaient alors la possession de ce pays : c'étaient les Ostrogoths et les Grecs*, Lesunset les autres recherchèrent avec un empressement égal l'alliance des Francs, ne doutant point que de tels auxfliaires ne dussent faire pencher la victoire en faveur de celle des deux nations dont ils auraient embrassé la querelle. Pour obtenir le secours des princes mérovingiens, les Ostrogoths, non contents de leur donner de fortes sommes d'argent, leur firent, en outre, l'abandon de la partie de la Gaule méridionale dont ils étaient les maîtres, c'est-à-dire de la Provence'; de sorte qu'à partir de ce moment (536J*, la Gaule entière, moins la Septimanie , fut complètement soumise à la race de Clovis. De son côté, l'empereur de Constantînople, Justinien, en prodiguant les présents et les pro-
1 . C'est le nom qu*on donnait aux habitants de Tempire d'Orient , par la raison que la Grèce proprement dite formait la partie la pins importante de cette moitié de l'ancien monde romain dont Constantinople était devenue la capitale , et qu'en outre les populations de ces contrées parlaient gênéralement la langue grecque.
2. Le roi des Ostrogoths, Théodoric , après avoir, à la suite de la bataille de Vouglé, repoussé les Francs de la Provence et de la Septimanie, avait gardé pour lui la première de ces deux provinces, comme prix des secours qu'il avait fournis aux Visigoths contre Glovis.
3. La Provence, après qu'elle eut été cédée aux Francs , fiit aussitôt partagée entre Childebert, Glotaire et Théodebert.
messes , s'était efforcé de gagner à sa cause les rois francs, et particulièrement Théodebert. Il avait même adopté ce dernier. Mais, du reste, cette adoption n'était, de sa part, qu'un simple témoignage d'amitié et d'estime, et, comme on le pense bien, elle ne donnait au roi de Metz aucune espèce de droit à la succession de son père adoptif. Justinien se regardait connue trèsassuré -de l'appui des Francs. Le roi des Ostrogoths, Vitigès, n'y comptait pas moins. L'illusion, dont ils se bergiient tous les deux fut bientôt dissipée.
A la tête de près de cent mille hommes, Théodebert avait franchi les Alpes, frayant ainsi à ses compatriotes la route de cette contrée qui, durant treize siècles, devait être tant de fois témoin de leurs victoires et de leurs revers. Quand il arriva sous les murs de Pavie (639), deux armées se trouvaient en présence : les Ostrogoths d'un côté, les Grecs de l'autre. Les Goths à qui, pour les mieux tromper , il avait, l'année précédente, fait passer secrètement quelques renforts, le virent approcher non-seulement sans défiance, mais avec une vive allégresse. Convaincus que ce prince allait se joindre à eux contre les légions de l'empereur, ils le laissèrent tout à loisir ranger ses troupes en bataille. Mais, à leur grande surprise, ces prétendus alliés les assaillirent tout à coup eux-mêmes avec une telle furie que, toute résistance devenant impossible , il ne leur resta bientôt plus d'autre parti à prendre que celui de la fuite. Les Grecs ne furent pas mieux traités. La déroute de l'armée ennemie leur avait fait croire que c'était le général en chef des forces impériales en Italie, l'illustre BéUsaire, qui venait en personne à leur
secours. Dans cette persuasion, déjà ils se mettaient en mouvement pour se joindre à lui et l'aider à compléter sa victoire, lorsque les Francs, par une brusque et impétueuse attaque, les contraignirent à leur tour de battre précipitamment en retraite. Les vaincus ne trouvèrent pas même un asile dans leur camp , qui déjà était au pouvoir d'un corps nombreux , détaché au commencement de l'action par le roi de Metz.
Alors les Francs , que rien n'arrêtait plus dans leur marche , se répandirent comme un torrent sur tout le nord de la péninsule, qu'ils couvrirent de sang et de ruines; puis ils allèrent assiéger Gênes, la prirent et la saccagèrent. Toute l'Italie tremblait au nom de Théodebert, et peut-être ce prince aurait-il réussi, suivant ses secrètes espérances, à chasser de cette contrée et les Grecs et les Ostrogolhs, si la famine et la peste, qui firent périr en peu de temps plus d'un tiers de ses troupes, ne l'eussent obUgé à repasser les monts. 11 se contenta de laisser derrière lui un de ses lieutenants, pour garder quelques postes au delà des Alpes, jusqu'à ce que luimême fût en mesure de conduire ou d'envoyer en Italie une nouvelle armée.
En apprenant l'échec essuyé par les siens, Bélisaire avait écrit sur-le-champ à Théodebert une lettre pleine de reproches : «» J'ai toujours pensé , lui disait-il dans cette lettre, que le mensonge est indigne d'un homme de cœur, et surtout d'un prince , qui , comme vous, a été placé par la Providence à ]a tête d'une grande nation; mais violer ses engagements et manquer à la foi des traités , c'est ce dont rougirait le dernier des
hommes. » Il lui rappelait ensuite les promesses qu'il avait faites à Justinien , et la perfidie avec laquelle il s'était parjuré. Il terminait en le menaçant de toute la colère de l'empereur. Théodebert s'effraya peu de cette menace. Mais sans doute il dut s'avouer à lui-même qu'il n'avait que trop mérité les sévères paroles que lui adressait Bélisaire. On regrette de voir un prince, doué d'ailleurs de si nobles qualités, se rendre coupable d'un tel manque de foi et payer ce honteux tribut aux vices de sa nation et de son siècle.
Cependant Justinien, malgré le ressentiment que la duplicité des Francs avait dû lui faire éprouver, se trouva bientôt contraint, par le mauvais état de ses affaires, à rechercher de nouveau leur alliance contre les Ostrogoths. Dans cette vue, il renonça en leur faveur, à tous les droits qu'il revendiquait sur la Provence. Il autorisa même les princes mérovingiens à présider dans la ville d'Arles aux jeux du cirque, à l'imitation des anciens empereurs d'Occident et des préfets qui exerçaient, au nom de ces derniers, le gouvernement des Gaules. Enfin il publia un décret par lequel il déclarait que la monnaie d'argent et d'or, marquée à l'effigie des rois francs, aurait cours dans toute l'étendue de ses États, privilège qui n'avait été accordé jusqu'alors à aucun des monarques barbares alliés de l'empire. Mais toutes ces concessions, toutes ces prévenances intéressées de la cour de Constantinople ne purent détourner Théodobert de ses projets de conquête.
Ce prince roulait alors dans son esprit les desseins
58 LES FU.S DËXLOVIS.
les plus gigantesques. Indigné de ce que Justiiiien, parmi les titres nombreux qu'il s'attribuait dans ses édits, prenait celui de Franeiquey comme s'il eût vaincu et dompté les Francs, il annonça hautement sa résolution d'aller lui demander raison de cette injure jusque dans Constantinople. Et ce n'était pas avec les seules forces de sa nation qu'il se proposait d'exécuter une si audacieuse entreprise. Il comptait, en prenant sa route par la vallée du Danube, entraîner facilement à sa suite les peuples qui habitaient les deux rives du fleuve ; puis , marchant rapidement vers le Bosphore, il aurait précipité tous ces flots de barbares sur la capitale de l'empire d'Orient. Mais il n'eut pas le temps de réaliser ce rêve , dont son ambition aimait à se repaître. En 547, un accident arrivé à la chasse, ou, d'après Grégoire de Tours, une longue maladie contre laquelle échoua tout l'art des médecins, enleva Théodebert !•' au miUeu de sa brillante carrière. La mort du grand roi des Francs (comme l'appelle un ancien chroniqueur) fut peut-être le salut de Constantinople. Théodebald, son fils, qui lui succéda, n'avait que quatorze ans* Il ne pouvait donc songer à reprendre les projets de son père. Son règne n'en fut pas moins marqué par une nouvelle irruption des Francs en Italie ; car le mouvement qui semblait entraîner la nation vers la péninsule n'était pas arrêté encore, et à la place du prince, que son âge et sa constitution faible et maladive empêchaient de se met^ tre lui-*même à la tête de ses troupes , deux chefs intrépides se chargèrent de guider au delà des Alpes une armée formidable composée non-^seulement de
LES FILS D£ GLOVIS. 59
Ripuaires mais de Bourguignons, d'Allemands, de Thuringiens et de Bavarois*.
Ces chefs étaieùt deux frères, Allemands d'origine et qui portaient l'un et l'autre le titre de ducs. On les nommait Leutharis et Bucelin. Quand ils parurent sur les rives du Pô (553), la monarchie , fondée à la fin du siècle précédent par legrandThéodoric, venait de s'écrouler sous les coups de Narsès, l'heureux et digne successeur de Béhsaire, et, à l'exception d'un petit nombre de places où les débris de la nation des Ostrogoths essayaient de prolonger une inutile résistance, tout le pays avait reconnu l'autorité de Justinien. Les Francs et leurs aUiésn'en continuèrent pas moins leur marche, et, renversant devant eux tous les obstacles, ils se frayèrent un passage jusqu'à l'extrémité méridionale de l'Italie. Là, ils se séparèrent. Leutharis, au printemps de l'année suivante, remonta vers le nord, avec l'intention de repasser les Alpes , pour aller mettre son butin en sûreté. Mais avant même qu'il fût arrivé au pied de ces montagnes, la peste se déclara dans son armée. Le chef allemand succomba des premiers aux atteintes de ce terrible fléau, et, dans l'espace de quelques mois, la plupart de ses sold^its éprouvèrent le même sort.
Bucelin, pendant ce temps, se dirigeait lentement
i . La Ëaviére avait pour limites , à l'ouest le Lech qui la séparait du pays des Allemands, à l'est la rivière de l'Eus, les Alpes au sud , et au nord le cours du Danube.
On ne sait, au juste, à quelle époque les Bavarois étaient devenus tributaires des Francs. Il est assez probable que cela n'eut lieu qu'après là mort de Clovis , peut-être sous le règne de Théodebert. Toujours èstp-il qu'au tempa^ont nous parlons, ils marchaient déjà comme auxiliaires soUs les drapeaux des rois mérovingiens.
vers la Carapanie. Parvenu près de CasilinS petite ville sur les bords du Vulturne, et à peu de distance au nord-ouest de Capoue , il s'arrêta pour attendre Narsès, qui, en effet , ne tarda pas à venir camper en face de lui et à le provoquer au combat. D'abord Bucelin se tint sur la défensive , se bornant à quelques escarmouches sans importance. Mais enfin le manque de vivres se faisant vivement sentir parmi ses troupes, il prit brusquement la résolution de sortir de ses retranchements et d'engager une bataille générale, pour décider par les armes à qui des Francs ou des Grecs resterait la, possession de l'itahe (564).
L'armée franque se rangea sur une seule ligne, au centre de laquelle l'élite des guerriers formait, suivant l'usage, une sorte de eotn, dont la pointe menaçait l'ennemi. Cette armée était forte de trente mille hommes. Celle de Narsès n'en comptait que dix-huit mille; mais, en revanche, il avait une cavalerie nombreuse, tandis que Bucelin en était presque entièrement dépourvu*.
Ce furent les frondeurs et les archers du général grec qui commencèreiit l'action. Les Francs essuient d'abord, sans y répondre , la grêle de pierres et de flèches que ces troupes légères faisaient pleuvoir sur eux. Ensuite, poussant leur cri de guerre accoutumé, ils s'avancent, tète baissée, contre l'ennemi. Les uns, armés de la redoutable francisque , brisent et font voler en éclats les longs boucliers des soldats impériaux; les
4 . Celte ville de Casilin ou Casilinum n'existe plus aujourd')>ui. 2. Le gros de la cavalerie avait suivi LeuUiaris.
autres combattent avec l'épée. Déjà les deux premières lignes de l'infanterie grecque, rompues et dispersées, se sont rejetées en désordre sur le corps de bataille, qui lui-même ne résiste plus qu'avec peine, et la victoire va se déclarer pour les Francs, lorsque Narsès les fait tout à coup charger en flanc et en queue par sa cavalerie , qu'il avait mise en embuscade derrière un bois épais. Attaqués de tous les côtés à la fois et n'espérant plus* vaincre, les compagnons d'armes de Bucelin voulurent du moins vendre chèrement leur vie. Mais ils furent promptement écrasés et tombèrent en foule sous le fer des Grecs. Bucelin luimême resta parmi les morts.
Théodebald ne survécut pas longtemps à ce désastre de ses compatriotes. Il mourut Tannée suivante (556).*
CMMeliert et clotalre. — iHmiMiere de« ententa de Clodomlr.— lllortde Clilldeliert.— fondation de réalise «aliit- Csermaln des Prés et de THÔtel-^Dlea de I^yon*
Théodebald n'ayant point laissé d'enfants , la loi franque appelait à lui succéder ses grands-oncles, Childebert et Clotaire, qui étaient, dans la ligne masculine, ses parents les plus proches*. Le hasard voulut
I . Théodebald avait deux sœurs, Wisigarde et Ragnilmde. Mais ni Tune ni l'autre ne llit admise à Théritage de son royaume. Ainsi le voulait, chez les Francs, cette coutume nationale qui excluait les femmes de la couronne. Le même fait devait se renouveler, trois ans après, à la mort de Childebert.
11 était naturel que, chez un peuple éminemment guerrier, le pouvoir royal ne fût conGé qu'à des mains viriles , et qu'en aucun cas on ne le laissât tomber de lance en quenouille. Cet usage qui se perpétua , et qui reçut plus laid le nom fameux de loi salique , est devenu , comme on sait , l'une des règles i fondamentales du droit public de la France. 11 . 4
que le premier de ces deux princes fût alors gravement malade. L'ambitieux Glotaire se hâta de profiter de cette circonstance, et il s'empara, au préjudice de son frère, de tout l'héritage de Théodebald.
Les quatre royaumes entre lesquels la monarchie des Francs avait été divisée en 511, se trouvèrent alors réduits à deux ; car Childebert et Ootaire s'étaient , depuis longtemps déjà, partagé les États du roi d'Orléans. Mais, à leur honte étemelle, ils avaient acheté l'accroissement de puissance que leur valut ce partage, au prix d'un des plus odieux et des plus lâches forfaits dont nos annales aient conservé le souvenir.
Lorsqu'il fut tué à Véseroncc , Glodomb* avait trois fils encore dans l'enfance. Clotilde prit avec elle les orpheUns et les emmena dans la ville de Tours, où, depuis la mort de Clovis, la veuve du conquérant des Gaules avait fixé sa résidence. Là , elle les fît élever sous ses yeux , en attendant qu'arrivés à l'âge d'homme, ils pussent être présentés à l'assemblée de la nation et solennellement proclamés rois, à la place de leur père. Cette espérance, que la vieUle reine n'avait pas cru devoir dissimuler, causa leur perte.
Childebert voyait avec jalousie la tendre afifeCtion de Clotilde pour les enfants de Clodomir. Il craignait surtout qu'elle ne réussît à les faire admettre par les Francs au partage de la royauté. C'en fiit assez pour allumer sa haine et poui* lui faire concevoir les plus sinistres projets. L'dccasioii s'olBfrit bientôt de lés mettre à exécution.
Clotilde était venue à Paris avec les trois petits prin-
ces, et eUe semblait avoir Fintention d'y faire un assez long séjour. Childebert envoya aussitôt un message secret au roi de Soissons. u Notre mère, lui mandait-il, a pris sous sa garde les fils de notre frère Clodomir, et c'est sa volonté bien arrêtée qu'ils héritent du royaume de leur père. Viens donc me trouver promptement à Paris, pour que nous avisions de concert au parti qu'il convient de prendre à l'égard de nos neveux. Faut-il leur couper les cheveux et les réduire à la même condition que le reste du peuple* ? ou bien, vaut-il mieux les faire périr , afin de pouvoir ensuite nous emparer des États de notre frère ? » Loin de repousser une si horrible proposition , Clotaire l'accueillit avec une joie farouche. Il se hâta donc de quitter sa capitale et accourut au palais des Thermes", demeure ordmaire du roi de Paris, pendant que ce dernier, pour détourner les soupçons, faisait répandre le bruit que le but de son entrevue avec Clotaire était de mettre les fils de Clodomir en possession de l'héritage paternel.
Après avoir conféré ensemble, les deux frères firent prier la reine de leur envoyer leurs neveux , qu'ils voulaient, disaient-ils, élever sur le pavois, en présence de tout le peuple. Clotilde ne se doutait nullement de ce qui se tramait. Elle s'empressa donc d'accéder à cette demande , et , en prenant congé de ses petitsfils : « Je croirai, leur dit-elle, n'avoir pas perdu mon cher Clodomir, si je vous vois monter à sa place sur
4. Un prince mérovingien à qui Ton coupait les cheveux était par là même dégradé de la royauté.
2,. Voy., sur remplacement et l'étendue du palais des Thermes, la rotp 4, page 471 du tome précédent.
le trône. » Les trois enfants partirent aussitôt pour le palais des Thermes. A peine y furent-ils arrivés , qu'on éloigna d'eux les gens de leur suite et leurs gouverneurs, qui furent gardés à vue, tandis qu'on les conduisait eux-mêmes dans un appartement séparé. En même temps Childebert et Clotaire dépêchaient vers la reine un Gallo- Romain, nommé Arcadius. Il était petit-fils du célèbre Sidoine Apollinaire, et son père, comme nous l'avons dit plus haut, avait vaillamment combattu à la tête des Arvernes, dans les champs de Vouglé; mais, par une bassesse de sentiments qui forme un triste contraste avec une si noble origine , il s'était voué corps et âme au roi de Paris , pour être l'exécuteur servile de ses volontés, et, au besoin, de ses crimes. Cet homme, dès qu'il parut devant Clotilde, lui présenta des ciseaux et une épée nue, symboles expressifs de la terrible alternative qu'il avait ordre de lui proposer. « Reine, lui dit-il , tes fils , nos maîtres , attendent que tu leur fasses connaître ta volonté sur la manière dont ils doivent traiter les enfants de Clodomir. C'est à toi de décider de leur sort. Lequel préfères-tu , qu'ils vivent avec les cheveux coupés , ou qu'ils meurent ?» A ces paroles, à l'aspect de l'épée et des ciseaux, Clotilde, hors d'elle-même et comme égarée par la douleur, s'écria : « S'ils doivent être privés de la couronne , j'aime mieux les savoir morts que tondus ! » Arcadius ne lui donna pas le temps de rétracter cette exclamation imprudente. Il revint en toute hâte dire aux deux rois : « Achevez ce que vous avez commencé ; la reine y consent. *» Les petits princes se trouvaient
en ce moment auprès de leurs ondes. Ootaire, aussitôt, se saisit de l'aîné S le renverse à terre et lui plonge son poignard dans le cœur. Le cadet, tout éperdu, court se jeter aux genoux de Childebert, et le conjure, en pleurant et en sanglotant, de lui sauver la vie. Tout féroce qu'il était , Childebert se sentit ému du désespoir de ce pauvre enfant , et , ne pouvant lui-môme retenir ses larmes , il supplia le roi de Soissons de ne point passer outre et de se contenter d'une seule victime. Alors Cloteire, les yeux étincelants de rage : « Quoi ! répondît-il , c'est toi qui m'as poussé à cette action , et déjà tu recules ! Livre-moi cet enfant, ou tu vas mourir à sa place. » Effrayé de cette menace , Childebert n'osa pas défendre plus longtemps son neveu. II le repoussa loin de lui et l'abandonna à Clotaire, gui l'eut bientôt étendu sans vie à côté du cadavre de son frère. Quant au troisième, nommé Clodoald, il aurait infailliblement subi le même sort, si quelques hommes courageux, pénétrant de vive force dans l'appartement où se passait cette scène affreuse , ne l'eussent dérobé à la furie du roi de Soissons *. Toute la suite- des jeunes princes fut
4. Il avait dix ans et le cadet sept. On ne sait pas au juste Tâge du troisième.
2. Plus tard Clodoald se fit couper les cheveux , annonçant par là quMl renonçait à tous ses droits à la couronne , et il embrassa la vie religieuse. Il mourut en 560, dans un monastère que lui-même avait fondé pr^'s de Paris, au village de Nogent-sur-Selne. L'Église Thonore sous le nom de saint Cloud (dérivé, par corruption, de Clodoaldus).
A l'époque où le prince mérovingien vint s'y établir, le village dont nous parions n'offrait qu'un triste et sauvage séjour, tout entouré d'arides buissons, de bois et de rochers qui en rendaient les abords très-difficiles. Bientôt, ])ar
. massacrée, le jour même, par les satellites de Childebert et de Clotaire. Puis ce dernier, montant à cheval, reprit tranquillement la route de son royaume (526).
Cependant la rumeur publique avait appris à Clotilije le massacre de ses deux petits-fils. Par son ordre, les corps furent enlevés sur un brancard, et , se mettant elle-même à la tête du cortège funèbre, la vieille reine se dirigea, au milieu des prières et des larmes de tout le peuple , vers la basilique des Saints-Apôtres (plus tard Sainte -Geneviève), où elle les fit enterrer. Après quoi, elle quitta Paris, dont le séjour lui était devenu odieux, pour revenir se fixer à Tours , près du tombeau de saint Martin. Elle y passa les dernières années de sa vie* dans une retraite profonde et uniquement occupée de bonnes œuvres. Sa mort arriva en 643 *.
L'espèce d'accord que la complicité d'un même crime avait établi entre Childebert et Clotaire, ne pouvait subsister longtemps. Ils réunissaient l'un et l'autre, au même degré, l'ambition et la mauvaise
les soins de Glodoald, le sol fut défiché, ensemencé, et Ton perça des routes à travers l'épaisseur des forêts. Alors le nombre des habitants s'accrut d'une manière assez rapide, et l'aisance succéda peu à peu à la misère. Aussi la reconnaissance publique ne tarda-t-elle pas à donner à ce village le nom de celui qui en avait été le bienfaiteur : Nogent-sur-Seine devint Saint-Gloud.
La basilique du clottre où l'illustre cénobite finit ses Jours avait reçu sa dépouille mortelle. Son tombeau se voyait encore, à la fin du siècle dernier, dan» la crypte de l'église qui remplaça cette ancienne basilique. Ce tombeau , devant lequel une lampe brûlait continuellement , était d'une seule pierre, recouvert d'un marbre noir et surmonté de quatre colonnes qui soutenaient une espèce de dôme. Il a été détruit en 4 793.
4 . Le corps de Clolilde fUt apporté à Paris et enseveli dans l'église des Saints-Apôtres , à côté du tombeau de Clovis.
foi, et nul scrupule ne les arrêtait, quand il s'agissait pour eux de satisfaire leur passion de s'agrandir. Aussi s'éleva-l-il entre ces princes de fréquents démêlés. Childebert qui, dans ses entreprises contre son frère, avait eu constamment le dessous, en éprouvait un vif dépit. La déloyauté avec laquelle nous avons vu que Clotaire le frustra de la part qui lui revenait dans l'héritage de Théodebald , porta au comble son ressentiment. Animé par le désir de la vengeance, il suscita au roi de Soissons de graves embarras , soit au dedans, soit au dehors de son royaume S et finit par prendre lui-même les armes contre lui. Cette guerre durait encore, lorsque Childebert mourut (558).
Ce prince, dans le- cours de son règne, avait fait deux expéditions contre les Visigoths. La première (531) fut marquée par une brillante victoire des Francs près de Narbonne et par la prise et le pillage de cette ville, où ils firent un immense butin". La seconde n'eut pas, à beaucoup près, un succès aussi heureux. Cette fois, Childebert, défait sous les murs de Saragosse qu'il était venu assiéger, se vit contraint de battre précipitamment en retraite*. Devancé par les Visigoths , qui s'étaient emparés des passages des Pyrénées, il aurait certainement péri avec toutes ses
4 . Au dedans, il poussa à la révolte son fils Chramme, dont nous aurons tout à rheure occasion de parler ; au dehors, il arma contre lui un peuple tributaire, les Saxons, qui battirent Clotaire et le réduisirent à demander la paix (555).
2. Au reste, les Francs ne cherchèrent point à s'assurer la possession de Narbonne qui, peu après, repassa sous la domination des Visigoths.
3. Le roi de Soissons avait uni ses armes à celles de Childebert, dans coitp seconde expédition.
troupes, si le général ennemi, qui se laissa corrompre, ne lui avait vendu à prix d'or le retour dans ses États (542).
Childebert avait rapporté de son invasion en Espagne une relique vénérée, la tunique du martyr saint Vincent *. De retour à Paris , il fonda , pour y déposer cette relique, une église cpii paraît avoir été l'un des plus beaux monuments de l'époque mérovingienne. Des colonnes d'un marbre précieux soutenaient, à l'intérieur, les voûtes de l'édifice. Des peintures rehaussées d'or décoraient les lambris et les murailles. Le pavé était en mosaïque , et le toit , couvert de lames de cuivre doré , brillait d'un vif éclat, lorsqu'il venait à être frappé des rayons du soleil. Mais ce qui faisait le plus curieux ornement de cette basilique, c'étaient les statues de pierre placées des deux côtés de la porte principale. Elles représentaient un évêque (probablement saint Rémi); deux reines, dont l'une était Clotilde , l'autre la femme de Childebert, et cinq rois, à savoir Clovls et les quatre fils de ce prince*. On appela d'abord cette église Saint-Vincent et Sainte-Croix •. Vers le milieu du vu* siècle , elle fut
* . Saint Vincent était un diacre de Téglise de Saragosse , qui subit la mort avec un admirable courage, en 304, au commencement de la persécution do Dioclétien.
2. Ces huit statues ont été détruites pendant la Révolution. Quant à Téglise elle-même, elle (tit entièrement reconstruite au commencement du IX" siècle, et restaurée depuis, à diverses reprises. Il ne reste plus aujourd'hui de la basilique mérovingienne que le portail, et la partie inférieure de la grosse tour carrée qui, s'élevant au-dessus de ce portail, domine tout Tédifice.
3. Le premier de ces deux noms s'explique par les détails qui précèdent.
placée -SOUS Finvocation particulière de Tévêque de Paris, «saint Germain*, et alors elle reçut le nom de Saint-Germain des Prés*, qu'elle porte encore. C'est là que Childebert fut enterré. Son tombeau était placé au fond du chœur, dans l'abside ^
Une autre construction, non moins célèbre, due au même prince, est celle de Y Hôtel-Dieu de Lyon*, l'hôpital le plus ancien peut-être qui ait été fondé dans les Gaules. L'antiquité païenne n'avait connu rien de semblable à ces asiles où la charité chrétienne recueiUait, avec une si touchante et si admirable sollicitude, les voyageurs, les pauvres, les malades; où l'indigence et le malheur étaient sûrs de trouver toujours abri, secours, soins compatissants. L'hospice dont nous parlons fiit bâti près de la rive droite du Rhône, sur le même emplacement qu'occupe encore aujourd'hui le vaste et magnifique édifice qui forme le grand
Le second venait de ce qae Childebert avait voulu que Tédifice eût la forme d'une croix , disposition assez rare alors dans la construction des églises , mais qui , par la suite , devint fort commune.
4 . C'est lui qui en avait fait la dédicace , le jour même de la mort de Childebert (23 décembre 658).
2. Cette basilique, située hors de la ville, était, en effet, tout entourée de vastes prairies qui , plus tard , ont disparu pour faire place à l'un des plus beaux quartiers de la capitale. Le nom de Saint-Germain des Prés servait, en outre, à la distinguer d'une autre église bAtie sur la rive opposée de la Seine. Celle dernière église, dédiée à saint Germain, évêque d'Auxerre, est la même qui s'appelle encore aujourd'hui Saint-Germain l'Anxerrois.
3. Plusieurs autres princes et princesses de la première race eurent aussi lenr sépulture dans l'église Saint-Germain des Prés. On peut citer, entre autres, Chilpéric, Frédégonde et Clotaire H.
4. La ville de Lyon appartenait à Childebert, depuis l'époque oii les rois fhmet s'étaient partagé le royaume de Bourgogne.
hôpital de Lyon. L'évëque de cette wlle, Sactrdos, à la prière duquel le roi de Paris avait commencé cette pieuse et si utile fondation, en fit la dédicace en présence du prince. Puis un concile, présidé par le saint prélat, déclara f meurtrier des pauvres et frappé Sun anathème irrévocable quiconque chercherait à s'approprier les dons que les fidèles pourraient faire à Fhospice, ou bien à y introduire le trouble et le désordre. Dans ces temps de barbarie, quelle autre autorité que celle de l'Église aurait pu mettre un frein à la cupidité et à la violence?
ClotAlre l** «enl rot de* vranes. — Bévolie de ChraMme* 0* fin trai^lqae. — Horl de Clotelre*
Le roi de Soissons ayant survécu à ses trois frères , et même au fils et au petit-fils de Thierry, se trouvait ainsi seid possesseur du vaste héritage de Clovis, accru encore de la Thuringe, de la Bourgogne et de la Pro* vence. Parvenu à ce haut point de puissance et de grandeur, il espérait sans doute achever en paix son règne. Cet espoir ne se réalisa pas.
Vers 656, Clotaire avait donné le gouvernement de l'Auvergne à Chramne, l'atné de ses fils. Celui-ci, égaré par de perfides conseils, se révolta contre son père. D'abord il obtint quelques succès, et, pendant deux ans , il sut se maintenir en possession du pays dont il s'était emparé, c'est-à-dire d'une grande partie de l'Aquitaine. En 658 , la mort de Childebert l'ayant tout à coup privé de son principal appui, il se décida à faire sa soumission et à implorer sa grâce. Clotaire, touché du repentir qu'il témoignait , lui pardonna.
L£S FiLS DE CLOYIS. 71
Mais cet esprit inquiet et brouillon ne tarda pas à former de nouvelles intrigues. Ses coupables menées furent découvertes, et, pour se soustraire au juste châtiment qu'il méritait, il prit le parti de s'enfuir auprès du roi des Bretons, Conobre, à qui il demanda asile et protection. Conobre, d'abord simple comte de Nantes, s'était rendu maître de toute la presqu'île armoricaine par un triple fratricide, et c'est alors qu'il avait pris le titre de roi*. Il embrassa d'autant plus volontiers la querelle du prince mérovingien, que Clotaire avait accueilli avec honneur le fils d'une de ses victimes, son neveu Judual, et lui avait promis de l'aider à reconquérir la succession paternelle.
Furieux de l'ingratitude et de la perfidie de son fils, Clotaire rassembla des forces nombreuses, entra en Bretagne , et se porta rapidement à la rencontre de l'armée ennemie, qu'il joignit dans les environs de Dol. Après quelques escarmouches entre les troupes légères des deux partis, on se sépara, vers le coucher du soleil , et la bataille fut remise au lendemain. Pendant la nuit, Conobre, qui, malgré la férocité dont il n'avait que trop donné de preuves, ne pouvait soutenir l'idée de voir un fils marcher, l'épée à la main^ contre son père, essaya de détourner Chramne de prendre part au combat. «< Laisse^moi, lui dit-il, le soin de tes intérêts. Cette nuit même j'attaquerai par surprise le camp de Clotaire , et lui et tous les siens
4. Conobre était petit-fils de ce Badlc, qui, vers la fin du siècle précédent, avait soutenu la guerre contre CIotIs.
7â L£S FILS D£ CLOVIS.
toinbci ont sous mes coups. » Mais le jeune prince , comme frappé d'aveuglement et de vertige, s'obstina dans cette lutte impie. Le lendemain , dès la pointe du jour, l'action s'engagea. On combattit longtemps des deux côtés avec un égal acharnement. Mais à la fin, Conobre ayant été tué*, les Bretons commencèrent à plier et bientôt ils se débandèrent. Chramne, voyant tout perdu , prit la fuite et se dirigea vers la mer. Des vaisseaux, tout prêts à mettre à la voile et qu'il avait fait venir dans la prévision d'une défaite, l'attendaient près du rivage. Il allait s'embarquer , lorsqu'il reçut la nouvelle que sa femme et ses deux filles étaient tombées aux mains de l'ennemi. Il retourna aloi^ sur ses pas pour tâcher de les délivrer. Mais il fut aussitôt enveloppé, fait prisonnier, chargé de chaînes; puis on le condmsit dans la demeure d'un pauvre paysan, où déjà se trouvaient ses enfants et sa femme. Clotaire survint quelques instants après. Sourd à tout sentiment de pitié, il fit sur-le-champ étrangler Chramne. Ensuite on mit le feu à la cabane, qui ensevelit sous ses débris fumants, avec le cadavre du fils rebelle, les trois infortunées qu'il avait entraînées dans sa perte (560).
Clotaire ne survécut que peu de temps à sa triste et funeste victoire. Au retour d'une partie de chasse , il
i. La mort de Conobre permit àJadual, le protégé de Clotaire, de rentrer en possession de l'héritage de son père , c'esUà-dire du comté de Rennes. Plus lard, en 577, il prit le titre de roi et le nom d'Alain I*'. Mais il ne parvint jamais à étendre son autorité sur toute la Bretagne , dont la plus grande partie était alors goavemée par des comtes indépendants.
fut pris d'une fièvre violente et mourut à Compiègne S un an et un jour après la fin si tragique de Chramne (661). On raconte que, comme il était près d'expirer, on l'entendit s'écrier avec un sentiment de terreur que redoublait encore le souvenir des forfaits qui avaient souillé sa vie : « Xh ! que pensez-vous que soit ce roi du ciel qui fait ainsi périr, comme il lui plaît, les plus grands rois de la terre? »
4. La villa royale de Compiègne, lout enlourée de yastes et giboyeuses foréls, était, dès celte époque, une des résidences de prédilection des IféroTingiens.
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