Conjuratores
Si, après l'épreuve du serment, Taccusaleur maintenait son dire , alors , suivant la loi des Bourguignons et celle des Ripuaires, il fallait en venir à l'épreuve du combat. C'est ce qu'on appelait le jugement de Dieu. On était convaincu que la Providence ne laisserait jamais succomber un innocent, et, quelle que fût l'issue du duel judiciaire, on y voyait toujours un arrêt du ciel : préjugé déplorable, qui avait sa source tout à la fois dans la crédulité superstitieuse de ces siècles barbares et dans l'humeur belliqueuse et farouche de la nation. Le sanctuaire des lois se trouvait ainsi, transformé en un véritable champ de bataille, et la décision d'un procès dépendait non du bon droit, mais du plus ou moins d'adresse ou de vigueur de chacune des deux parties adverses.
Souvent c'était le prévenu lui-môme qui proposait le combat. Le célèbre Gontran-Boson , accusé par le roi de Bourgogne d'avoir fait venir Gondovald de Constantinople pour exciter la guerre civile dans le royaume (ce qui était vrai)*, répondit effrontément : « Je suis , je le proteste , innocent de ce crime. Mais si quelqu'un, mon égal*, m'en accuse en secret, qu'il se présente, qu'il parle; alors, ô roi, remets l'affaire au jugement de Dieu, afin que lui-môme décide notre querelle, en nous voyant combattre en champ clos, >» L'épreuve, au reste, ne put avoir lieu; personne, parmi les seigneurs ostrasiens, n'ayant relevé le défi de l'audacieux Boson.