‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 57 sur 87 · Voy. pliiB haut, p · texte numérisé non relu

Voy. pliiB haut, p

2. Gontran-Boson ne pouvait songer à provoquer celui qui l'accusait , puisque c'était le roi lui-même , mais seulement les seigneurs ostrasiens , ses égaux.

C'était le président du tribunal qui fixait le jour et rheure du duel. Le vaincu» dédaré coupable, subissait aussitôt le châtiment prononcé par la loi contre le crime qu*on lui imputait ou dont il avait accusé son adversaire. Se dérober au combat par la fuite n*était pas seulement le comble de l'infamie, mais une preuve de culpabilité qui paraissait décisive et comme un aveu fait par le prévenu lui-même. On ne dispensait du duel judiciaire que les ecclésiastiques, les femmes, les malades, les vieillards qui avaient passé soixante ans , les jeimes gens au-dessous de vingt et un ; encore les contraignait-on souvent à fournir un champion qui pût les remplacer et défendre leur cause en champ clos. Ce dernier venait-il à succomber, alors les juges frappaient de la même peine et le champion et celui pour lequel il avait combattu. En voici un exemple.

Un jour, le roi de Bourgogne, Contran, trouva dans une de ses forêts un taureau sauvage fraîchement tué. Irrité que quelqu'un eût osé, sans son aveu, chasser sur ses domaines et porter ainsi atteinte à ce droit exclusif de chasse dont nos anciens rois se montrèrent toujours très-jaloux, Contran pressa de questions l'officier chargé de la garde de la forêt, pour l'obliger à lui dénoncer le coupable. L'officier désigna comme auteur du délit le chambellan du prince , qui , à son tour , nia le fait. Pour sortir d'incertitude , le roi, suivant l'usage du temps, ordonna que le débat serait vidé par les armes. L'accusé, c'est-à-dire le chambellan, était vieux et infirme ; il se fit donc remplacer dans l'arène par son neveu, et celui-ci renversa

Taccusateur d'un coup de lance. Tirant alors le poignard qui pendait à sa ceinture, il se précipita sur lui; mais pendant qu'il cherchait à l'achever en lui perçant la gorge, il reçut lui-même une blessure mortelle, et tous les deux expirèrent aussitôt. Ce fut l'arrêt de mort du malheureux chambellan. Déclaré coupable parce que son champion avait péri dans la lutte, il fut saisi par ordre du roi, attaché à un poteau et lapidé *. Et voilà ce qu'on appelait alors rendre la justice!

Dans la suite , le combat judiciaire devint d'un usage général. D eut alors ses règles fixes , et tout s'y passait avec une sorte de solennité. Nous en reparlerons.

Pendant toute la durée de la période mérovin- ^enne, la loi des Saliens repoussa le duel judiciaire', et le remplaça par l'épreuve de l'eau et par celle du feu. L'une et l'autre étaient désignées sous le nom commun d'orda/ie*.

On distinguait l'épreuve par l'eau froide et l'épreuve par l'eau bouillante. Recourait-on à la première, l'accusé, après que le prêtre avait prononcé sur lui quelques oraisons, était jeté, pieds et poings liés, dans un grand bassin d'eau froide. S'il surnageait , on le réputait coupable*; s'il enfonçait, on le regardait

4 . On ne troave dans notre histoire qu'un très-petit nombre d'exemples de ce genre de supplice.

Page 1