I . Voy. au tome précédent la note 3 de U page
curité des routes, alors que le royaume était le théâtre de continuels brigandages , rendait bien difficiles les communications et les échanges d'une province à l'autre, ou môme d'une ville à l'autre. Ajoutez à cela l'infinie variété des impôts que tout produit manufacturé devait payer au fisc. Néanmoins, malgré tant d'entraves, certaines foires, celle du Lendit surtout, commençaient déjà, au vn« et au vur siècle, à attirer une foule assez considérable de marchands. On y venait non-seulement de toutes les parties du royaume , mais même des divers pays voisins de la Gaule franque.
C'est Marseille qui était, à cette époque, comme le centre du commerce extérieur. A la faveur des relations qui, dès les premiers temps de la conquête, s'étabhrent entre les rois mérovingiens et les empereurs, ses vaisseaux allaient souvent faire le négoce à Constantinople , alors l'un des principaux marchés de l'Orient. Mais ils se dirigeaient encore de préférence vers l'Egypte et la Syrie * . L'Egypte leur fournissait le blé, le papyrus*, le lin fin, en un mot tous les produits de son sol, outre ceux de l'Arabie et de l'Inde (parfums, pierres précieuses, épices, etc.), dont Alexandrie était comme l'entrepôt. Ils demandaient à la Syrie les riches étoffes de soie de Damas et les vins de Gaza. On
4 . Dans la première moitié du vm* siècle , ces deux contrées étaient tombées au pouvoir des conquérants Arabes (voy. ci-dessus la note de la p. 279).
2. Le papyrus est une plante particulière à l'Egypte. Avec les feuilles de cette plante, battues et apprêtées avec soin, on faisait une espèce de papier qui survit longtemps pour écrire. Le papier de linge qui l'a remplacé, ne parait pas avoir été inventé avant le xi* siècle.
voit, d'un autre côté, que des marchands syriens vinrent en assez grand nombre dans le cours de la période mérovingienne, se fixer à Marseille^ pour y faire le négoce. Les étrangers, au reste, y affluaient de toutes parts. Diverses causes les y attiraient : la bonté de son port, la sécurité que maintenait dans ses murs une police vigilante et sévère, Taménité des mœurs de ses habitants et par dessus tout leur juste réputation de probité. Aussi Marseille avait-elle dès lors quelque chose de cette physionomie si variée qui la distingue de nos jours, et qui la fait ressembler à une sorte de caravansérail où se trouveraient réunis des marchands de toutes les parties du monde. Arles et Narbonne, sans atteindre à la même prospérité, ne laissaient pas d'avoir leur part du commerce de la Méditerranée.
Les villes situées sur l'Océan, ne demeurèrent point étrangères à ce mouvement commercial, à l'aide duquel quelques cités du midi des Gaules s'étaient relevées peu à peu des désastres de l'invasion. C'est ainsi que les navigateurs entreprenants et actifs de la Neustrie, de l'Armorique et de l'Aquitaine allaient chercher dans la Grande-Bretagne, sur les rivages de la mer du Nord et jusqu'au fond de la Baltique , le fer, le plomb, l'étain , l'ambre , les pelleteries et tous les autres produits des contrées septentrionales.
Le commerce extérieur se faisait aussi par la voie de terre. La route principale était la vallée du Danube, par laquelle des caravanes se rendaient de la Gaule
4. Il y avait aussi, à celle époque, des marchands de la mémeynation à Bordeaux et i Paris. .
dans Teinpire grec et surtout à Constantinople. Les plus braves des Francs embrassaient avec ardeur une profession qui leur offrait, avec l'appât du gain, l'attrait toujours si puissant sur eux d'une vie de courses lointaines, de périls et d'aventures. Nous en avons vu un exemple dans ce Samon, qui devint ensuite roi des Vénèdes*.
Ainsi, en dépit des calamités et des misères nées de l'anarchie mérovingienne, le commerce, quoique bien gêné dans son essor, n'avait point perdu toute activité, et le lien par lequel il avait autrefois rattaché notre pays aux autres nations de l'Europe ne se rompit jamais entièrement, même à cette époque si triste et si malheureuse de notre histoire.
lÉtat des leUre«.
Le V* siècle, durant lequel tant de désastres étaient venus fondre sur la Gaule, n'avait pourtant point vu la ruine ifnmédiate des études. Loin de là, elles s'étaient maintenues avec honneur, et la littérature avait brillé encore d'un certain éclat*. Il n'en fut plus de même à partir de la conquête définitive de la Gaule par les Francs. Dès lors, la barbarie fit les plus rapides progrès , et bientôt les esprits furent comme frappés de stérilité et de mort. « Malheur à notre temps 1 s'écriaient douloureusement les contemporains