‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 70 sur 87 · On se rappelle qu'il était né en Italie · texte numérisé non relu

On se rappelle qu'il était né en Italie

de la légende de saint Wandrille , premier abbé de Fontenelle • , et se rapporte à une époque de sa vie antérieure à son entrée dans le clottre.

« Comme il se rendait un jour auprès du roi Dagobert, au moment où il approchait du palais, il y avait là un pauvre homme dont la charrette avait versé devant la porte même du roi ; beaucoup de gens entraient et sortaient , et non-seulement aucun ne lui prétait secours, mais la plupart passaient par-dessus lui et le foulaient aux pieds. L*homme de Dieu , en arrivant, vit l'impiété que commettaient ces enfants de l'insolence, et, descendant aussitôt de son cheval, il tendit la main au pauvre homme , et tous deux ensemble ils relevèrent la charrette. Beaucoup de ceux qui étaient là le voyant tout sali de boue , se moquaient de lui et lui disaient des mjures; mais lui ne s'en montrait nullement ému, suivant avec humilité l'exemple de son maître ; car le Seigneur lui-même a dit dans l'Évangile : « S'ils ''ont appelé le père de famille Belzébuth , que ne diront-ils pas à ses serviteurs ?»

Citons encore ce passage de la légende de l'évèque de Paris, saint Germain :

« Quand même toutes les voix se réuniraient en une seule, on ne saurait dire combien il était prodigue en aumônes ; souvent, se contentant d'une timique , il

4. L'abbaye de Fontenelle, fondée en 648, étail siluée sur le ruiageau de Fontenelle, non loin de la rive droite de la Seine et à environ trois Idlomètres à Test du lieu où s'élève maintenant la petite ville de Caudebec (département de la Seine-Inférieure] . C'est seulement dans la première moitié du XI* siècle, que cette abbaye devait prendre le nom de son fondateur, saint Wandrégésile, ou, comme on dit plus communément, saint Wandrille.

couvrait du reste de ses vêtements quelque pauvre nu, de manière que tandis que Tindigent avait chaud, le bienfaiteur avait froid. Nul ne peut dénombrer en combien de lieux ni en quelle quantité il a racheté des captifs. Les nations voisines , les Espagnols , les Scots (Écossais), les Bretons, les Gascons > les Saxons peuvent attester de quelle sorte on recourait de toutes parts au nom du bienheureux , pour être délivré du joug de l'esclavage. Lorsqu'il ne lui restait plus rien, il demeurait assis, triste et inquiet, d'un visage plus grave et d'une conversation sévère. Si par hasard quelqu'un l'invitait alors à un repas, il excitait ses convives ou ses propres serviteurs à se concerter de manière à délivrer un captif, et l'âme de l'évêque sortait un peu de son abattement. Que si le Seigneur envoyait, de façon ou d'autre, entre les mains du saint , quelque chose à dépenser , aussitôt, cherchant dans son esprit, il avait coutume de dire : « Rendons grâces à la clémence* divine, car il « nous arrive de quoi briser les fers de quelque mal- «t heureux, » et sur-le-champ, sans hésitation, Teffet suivait les paroles. Lors donc qu'il avait ainsi reçu quelque chose, les rides de son front se dissipaient, son visage était plus serein, il marchait d'un pas plus léger, ses discours étaient plus abondants et plus gais; si bien qu'on eût cru qu'en rachetant les autres, cet homme se délivrait lui-même du joug de l'esclavage*. » Les légendes ne sont pas toujours écrites, il s'en

4 . Pour ce morceau , comme pour le précédent , nous avons emprunté la traduction de M. Guizot (Histoire de la civilisation en France , t. U, dix-septième leçon).

Page 1