‹ Récits de l'histoire romaine au V. siècleChapitre 11 sur 108 · Voir plus bas le récit du concile dü Chêne · texte numérisé non relu

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maine et lui procurer un mariage patricien qui garantît la fidélité de son père. Théodose en effet ayant de grandes guerres à soutenir en Occident, la conservation de l’Africaine était du plus haut intérêt pour sa cause, car l’Afrique, on le sait, était le grenier de l’Italie. Salvina reçut donc à la cour d’Orient l’éducation d’une grande dame romaine, et, quand elle fut en âge de se marier, l’empereur lui donna un époux de sa famille, le propre neveu de l’impératrice sa femme, Nébridius 1. Il croyait avoir assez fait pour s’attacher le barbare dont il redoutait l’inconstance ; mais cette alliance avec la maison qui gouvernait le monde ne rendit Gildon ni plus civilisé ni plus fidèle. Le grand empereur avait à peine fermé les yeux que Gildon levait le masque, et sous le faux prétexte de faire passer l’Afrique du domaine occidental au domaine oriental, suivant le désir d’Arcadius, il fit égorger les colons romains et se déclara ennemi de l’empire. En même temps qu’il secouait les nœuds de la romanité, comme on disait alors, il brisait aussi ceux de l’Église, devenait persécuteur et païen, et s’abandonnait à tout ce qu’il y avait de dépravation et de cruauté dans les instincts sauvages de sa race *. Par un contraste curieux, la douce fille de ce païen devenait à la cour des princes d’Orient une chrétienne fervente et une chaste épouse, et lorsque arriva la mort de Nébridius, qui vécut peu, l’héritière des Massinissa et des Jugurtha ne rêva pas de plus grand honneur que d’être dia-

i. Hieron., Epist.,. ix. — Pallad., dial .

‘2. Nouveaux Récits de l’histoive romaine au v* siècle : Trois Ministres, etc., p. 140 et suiv.

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conesse à Constantinople en faisant vœu de viduité perpétuelle1. Ni Chrysostome, ni Jérôme ne furent étrangers au succès de cette vocation, sur laquelle la chrétienté fixait tout entière les yeux. Jérôme lui envoya de sa grotte de Bethléem une éloquente exhortation, et Chrysostome composa pour elle un traité intitulé A une jeune veuve 2, dans lequel il exalte à la fois la gloire de son alliance avec les maîtres de l’univers et l’avantage d’être appelée à un tranquille bonheur que ses augustes parents ne connaissaient guère. Salvina, diaconesse sans cesser d’être une très-grande dame, devint la protectrice des Églises orientales à la cour d’Arcadius. On s’adressait à elle de tous les coins de l’empire comme à une personne très-puissante près de l’empereur et de l’impératrice : son attachement à . Chrysostome changea tout cela.

Ampructé et Pentadia occupaient, dans un rang inférieur à celui de Salvina, une place honorée parmi les matrones. La vie de Pentadia avait été pleine d’agitations et d’angoisses. Femme du consul Timasius 3, une des plus nobles victimes de l’eunuque Eutrope, qui le fit reléguer dans l’oasis d’Égypte sous une fausse accusation de ièse-majesté, elle avait été englobée dans le désastre de son mari, condamnée elle-, même à la relégation, et obligée de se cacher pour échapper au plus affreux sort. Cette prison de l’oasis

1. Salvinam... quæ viduitatem suam præcipua virtutc et honestate decorabat. Pallad., dial., p. 30.

‘2. Ad viduam juniorem.

3. Nouveaux Ilécils de Vhisloire romaine au vc siècle : Trois Ministres, etc., p. 130 et suiv.

cl’Égypte avait pour murs et pour garde une zone de sables brûlants infranchissable. L’exilé essaya pourtant de la franchir avec l’aide d’une caravane de marchands arabes, et, soit qu’il fût tombé dans une embûche dressée par l’eunuque, soit qu’il restât englouti sous cette mer aérienne que les vents du désert soulèvent sur leur passage, il disparut sans qu’on pût jamais retrouver sa trace. Sa femme, que traquaient les espions d’Eutrope, après avoir fui de retraite en retraite, se voyant sur le point d’être découverte, se réfugia dans une des églises de Constantinople sous la protection du droit d’asile dont la loi avait doté les lieux de réunions chrétiennes ; mais l’eunuque fit forcer pour la prendre les clôtures de la basilique et violer l’immunité du sanctuaire. Ce fut le début de la terrible Ira-

gédie dont la mort du ministre fut le dénoûment. L’archevêque défendit le privilège de son église; il prit fait et cause pour Pentadia, la réclama au nom de l’hospitalité de Dieu même, et finit par sauver sa tête. Pentadia reconnaissante vint se vouer à l’église qui avait été son refuge et à l’évêque qui avait été son sauveur. La fortune changeant, la protégée put devenir protectrice. Chrysostome lui écrivait au jour de ses propres adversités : « Tu as su réunir sur ton front toutes les couronnes, tu es un réconfort pour tes concitoyens dans la peine, un port de refuge au malheureux contre les flots de la persécution *. » Nous ne

1. Multa divinitus præmia retulisti... primum ob hoc ipsum, quod civibus tuis subsidium es, amplissimusque portus et adminiculum, ac tutus murus iis qui laboribus et ærumnis conficiuntur. Chrys., Episl. i(H ad Pentad . diaconiss.

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connaissons Ampructé que de nom; mais l’affection que semble lui porter Chrysostome nous montre assez qu’elle était une digne compagne de Pentadia.

La gloire du corps des diaconesses n’appartenait point néanmoins à ces pieuses et courageuses femmes : de l’aveu de tout le monde elle était le lot d’Olympias, qui égalait Pentadia par le dévouement, Salvina par le rang dans le monde et l’illustration des alliances. Elle descendait par sa mère du célèbre Ablavius, préfet du prétoire sous Constantin. Après avoir été fiancée dans son enfance au nobilissime Constant, troisième fils de cet empereur, la fille d’Ablavius était montée sur le trône d’Arménie en épousant le roi Arsace, puis elle s’était unie en secondes noces à un noble Romain, qui fut le père d’Olympias : telle était la parenté de la future diaconesse. La mort lui ayant enlevé coup sur coup tous ses proches, elle se trouva subitement orpheline et maîtresse d’une immense fortune, lorsqu’elle était à peine adolescente. Une beauté merveilleuse, un caractère affable et doux, un esprit élevé, enthousiaste des grandes choses, firent bientôt de cette jeune fille le parti le plus recherché de Constantinople L L’histoire nous entretient longuement de ses perfections. « Olympias, nous dit le biographe Palladius, qui vécut dans son intimité, Olympias possédait un cœur vraiment magnanime, et quand on la connaissait, quand on voyait uni à tant de beauté et de grâce

1. Tamen cum genere et opibus, atque cognitione plurium scientiarum, necnon ingenio libcrali, et forma, atque ætatis flore exornata esset... Pallad., clial., p. 04.

ce mâle et ferme courage qui bravait les petitesses du monde, les craintes et les périls, on hésitait à l’appeler une femme *. » A l’âge de prendre un époux, elle jeta son choix sur un jeune homme d’un grand mérite, comte du domaine privé à la cour de Théodose; mais ce mariage ne dura que deux ans, et à la mort de son mari Olympias résolut de rester veuve.

Les empereurs romains, à cette époque surtout, s’arrogeaient une espèce de droit sur la destinée des filles ou veuves nobles et riches dont la fortune provenait soit de la faveur du prince, soit des fonctions publiques que leurs pères ou leurs maris avaient exercées. Théodose donc, voyant Olympias veuve à la fleur de l’âge, résolut de la remarier à un de ses parents, originaire d’Espagne comme lui et nommé Elpidius *. Olympias refusa. Elpidius n’en continua pas moins sa poursuite, soit qu’il fût réellement épris de la jeune femme, soit qu’il ne convoitât que sa fortune. Blessé de ce refus, Théodose voulut commander, mais sans succès encore. « Si Dieu m’avait destinée à vivre dans le mariage, lui écrivit Olympias, il ne m’aurait pas ôté celui que j’aimais. En nous dégageant l’un et l’autre du joug que nous nous étions donné volontairement et des devoirs que -la vie conjugale entraîne, Dieu m’a montré ma véritable vocation, qui est de le servir dans

1. Ne, quœso, dicas qualis millier, sed qualis honio. Vir enim est præter corporis habitum... in vita, in laboribus, in scientia et tribulationum patientia. Pallad., dial., p. 59.

2. Ut ejus præmatura viduitas ad Theodosii imperatoris aures pervenerit, eam Elpidio cuidam cognato suo hispano in niatrimonium dure cupiebat. Ibid., p. 05.

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le veuvage1. » L’empereur crut voir dans ce parti étrange, à l’Age d’Olympias et dans sa condition, un effet des suggestions des prêtres, désireux d’accaparer ses biens : il fit mettre son patrimoine sous le séquestre, le plaçant sous la garde du préfet de Constantinople, jusqu’à ce que la jeune veuve eût atteint sa trentième année 2.

C’était un de ces actes de despotisme que se permettait parfois le grand Théodose, sauf à s’en repentir après. Olympias fut cruellement offensée, non-seulement de la mainmise décrétée sur ses possessions, mais des procédés brutaux avec lesquels le préfet de la ville jugeait à propos de l’exercer, s’imaginant par là servir la cause d’Elpidius. Elle se révolta contre une pareille tyrannie, et, appelant à son aide la dignité de son caractère et de son rang, elle écrivit à l’empereur la lettre suivante, qui nous est restée.

« Je te rends grâce, prince auguste, de ce que, avec la sagesse et la bienveillance, non pas seulement d’un souverain, mais d’un évêque, tu daignes te charger de l’administration de ma fortune et m’alléger par là le fardeau des soins terrestres. Veuille couronner ton œuvre en distribuant ces mêmes biens aux pauvres et aux églises, comme j’avais l’intention de le faire 3. Tes agents s’y connaîtront mieux que moi, puis tu m’épar-

1. Si me voluisset rex meus cum viro vivere, virum mihi non abstulisset. Quoniam autem me conjugalis vitæ minime idoneam cognovit... suave suüm castimoniæ jugum imposuit menti meæ. Pallad., dial., loc. cit.

2. Jubet præfecto urbis ut ejus bona servarentur usque dum tri— genta ætatis annos explesset. Ibid.

3. Jmperatori debitam et congruam episcopo virlutem in me bu-

gneras les aiguillons de vanité coupable qui accompagnent trop souvent la charité 1. »

Cette lettre où sous un calme si élevé se cachait la plus sanglante ironie fit rougir l’empereur. Il révoqua la mesure, rendit S Olympias l’administration de son patrimoine et la laissa libre de suivre sa vocation comme elle voudrait : elle se consacra tout entière alors aux travaux de la viduité chrétienne. Nectaire, qui occupait en ce moment le siège épiscopal de Constantinople, l’accepta pour diaconesse et en fit même sa conseillère dans toutes les affaires de son Église. « Rien ne se décidait sans elle*, » nous dit le contemporain quenous avons déjà cité. Chrysostome, après Nectaire, lui montra une confiance égale avec une affection plus grande encore, car il put mettre à l’épreuve chez cette noble femme des facultés de dévouement dont Nectaire n’avait pas eu besoin. Olympias en retour voyait en lui plus qu’un père et presque un dieu.

Elle apporta de douces consolations à cet homme austère et chagrin dans les difficultés d’une vie qu’il gâtait trop souvent par les exagérai ions de son caractère. Adoucir ces fatales aspérités fut son travail de chaque jour. Elle veillait aussi sur les besoins de sa vie matérielle et se chargea de le nourrir, car, ainsi que je l’ai dit, Chrysostome, peu capable de ce vulgaire souci

milem exhibuisti, domine ; mandans grave onus menm custodiri, cujus curam habebam, ut adininistrarctur. Majus autem feceris, si illud pauperibus et ecclesiis distrilmi jusseris. Pallad., dial., p. 59.

1. Ego enim jamdudum vanam glorinm ex ejusmodi distributione dcprecata sum... Id., ibid.

2. Scio et beatum Nectanum plus eam coluisse, ita ut in ecclesiasticis rebus ci obtemperaret. Id., 1. c.

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pour lui-même et poussant l’isolement jusqu’à la manie, eût ruiné à plaisir une constitution déjà bien délabrée1. La persécution de ce grand et -malheureux homme ouvrit pour Olympias une èrod’épreuves où son âme se déploya tout entière: il noiïs suffit de dire ici que sa fidélité à cette cause qu’elle regardait comme sainte ne faiblit ni devant la pristm^ni. devant l’exil,

ni devant les chevalets du marlvrei;

Tels étaient à la fin de l’année.-tiOO, jçrt un peu plus d’un an après la chute d’Eutrope; la composition des deux camps et les prodromes de la guerre, quand une absence de l’archevêque, appelé en Asie par les désordres de l’Église d’Éphèse, 4»e;rmit,à ses ennemis de tirer leurs armes et de commencer le combat.

1. Non permisit cum quotidiano cibcNdfistrftlif , quod quidem non est minimum Christi operariis, interdiu noctu'(ÿie de rebus Cliristi sollicitis... Paliad., dial., p. 05.

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