‹ Récits de l'histoire romaine au V. siècleChapitre 26 sur 108 · Hoc ejus dictum monachorum animos mitigavit. Socr., ibid · texte numérisé non relu

Hoc ejus dictum monachorum animos mitigavit. Socr., ibid

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ques-uns des Longs* Frères avaient, comme je Fai dit, composé sur ces délicates matières des traités reconnus orthodoxes. Toutefois la concorde semblait vouloir s’exiler de ces pieuses solitudes; l’anthropomorphisme s’y glissait avec sa grossière intolérance malgré le bon sens des abbés et les interdictions violentes du patriarche. Or on n’apprit pas sans étonnement à Nitrie et à Scété que Théophile changeait de langage, qu’il était entré en rapport avec les anthropomorphites des couvents, et que, dans une lettre probablement concertée entre eux, il avait déclaré qu’à la rigueur, l’Écriture en main, on pouvait supposer à Dieu une voix, des yeux, des oreilles, un corps, puisque la Bible le disait, et que la Bible était la plus sûre des vérités 1 ; dans cette môme lettre, il s’élevait avec force contre les athées, qui osaient nier la personnalité divine2. Il y avait là un revirement d’opinion fort surprenant, mais qui trouva bientôt son explication. Encouragés par sa déclaration, excités d’ailleurs par des manœuvres souterraines, les anthropomorphites devinrent de plus en plus provoquants, et « la guerre, suivant le mot d’un écrivain du temps, alluma ses torches dans le royaume de la paix. »

Sur ces entrefaites, Isidore, cassé de sa charge de

1. Missis- litteris ad eos qui in solitudine degebant, monuit ne Dioscorum fratresque ejus auscultarent qui Deum incorporeum esse * dicebant. Deus enim, aiunt, juxta sacræ scripturæ testimonial et oculos

habet et aures, et manus ac pedes quemadmodum homines. Socr., vi, 8.

2. Hi vero qui cum Dioscoro sunt Origenis doctrinam sequentes impium dogmainducere conantur: Deumscilicet nec oculos, nec aures, nec manus, nec pedes habere. Socr., îbid.

grand hospitalier et condamné par un synode à la dévotion du patriarche, était venu se réfugier à Scété1. Convaincus de son innocence, ses anciens compagnons de solitude étaient accourus pour le recevoir et soutenir son courage; mais le vieillard, en revoyant les lieux qu’il avait habités aux jours heureux de sa jeunesse et où il rentrait frappé d’excommunication, sous le poids d’un jugement inique, restait plongé dans un morne désespoir2. Les Longs -Frères, inquiets pour sa vie, allèrent solliciter du patriarche le pardon et la réhabilitation de leur ami. Le patriarche promit et ne fit rien. Ils revinrent a la charge, et avec une sainte liberté Ammonius, qui portait la parole pour eux tous, somma l’évêque de tenir son engagement, «car, disaitil, tu nous l’as promis3 ! » L’évêque, choqué dç la fermeté de ce langage, s’écria qu’on l’insultait, et, appelant les soldats qui lui servaient de garde, il leur commanda de conduire le moine insolent à la prison de la ville. Les soldats obéirent, mais les trois autres moines déclarèrent qu’ils ne se sépareraient point de leur frère; que, si Ammonius était conduit en prison, ils voulaient aller en prison comme lui4. Ils suivirent

1. Dcinde timens Isidorus ne Theophilus saluti suæ insidias meditaretur, nam hœc usque etiam progredi solet, ut aiunt, cursu petit montem Nitriæ ad monachorum ordinem, ubi commoratus fuerat adolescens. Pallad., dial., p. 22. — Ad monachos Scetis tanquam ad sodaîes suos perrexit. Sozom., vin, 12.

2. In sella sua sedens precabatur patientissimum Deum... Pallad. dial., p. 22.

3. Klapso autem tempore, cum nihil amplius proficerent, et manifesta patuisset Theophilum nihil aliud voluisse quam fallere, ipsum adeuntes, impensius flagitarunt, ut promissa præ*taret. Sozom., ibid.

4. Theophilus unum ex monachis custodiæ. publicæ mancipavit,quo

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donc les soldats à travers les rues jusqu’au lieu où on détenait les criminels. Les habitants, à qui leur ardente charité était bien connue, crurent d’abord qu’ils allaient, selon leur habitude, distribuer des aumônes aux prisonniers; mais, quand on apprit qu’ils étaient prisonniers eux mêmes, une émotion très vive se fit sentir dans la ville. Des groupes nombreux se formèrent devant la prison, et de hauts personnages se rendirent à la geôle pour savoir de leurs yeux et de leurs oreilles ce que cette aventure signifiait. Alarmé de tout ce bruit, Théophile manda aux quatre frères qu’il leur permettait de quitter la prison pour venir s’expliquer avec lui. « Non, répondirent-ils au messager, nous ne sortirons pas, c’est à l’évêque de venir s’expliquer ici devant nous* l»

La situation devenait embarrassante. Théophile fit jeter de force dans la rue les récalcitrants, et l’explication eut lieu plus tard, quand ceux-ci le jugèrent convenable. Elle eut toute la véhémence que' le début promettait. Humiliés d’avoir été traités comme des malfaiteurs à la vue de toute une ville, les Longs-Frères, sans méconnaître le respect dû à leur évêque, firent entendre des paroles telles que les pouvaient trouver des hommes sûrs de leur conscience et qui ne craignaient au monde que Dieu. Ammonius, leur inter-

reliquis terrorem injiceret, scd spes eum feTellit... Ingressi enim alii exire postea noluerunt. Sozom., vin, 12.

1. Quo cognito Tbeophilus eos ad se accersit; Slli initio quidem poscebant,ut ip*e advenicns illinc ipsos educeret: neque enim iequum esse ut publiée contumelia affect i clam ex carcere dimitterenlur. Sozom., Inc. cit.

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ET L’IMPÉRATRICE EÜDOXIE.

prête ordinaire, s’exprimait avec calme et dignité, déduisant les raisons de leur démarche et faisant ressortir la conduite infamante de l’archevêque; mais, tandis qu’il parlait, Théophile, changeant de visage à chaque mot, tantôt pâlissait, tantôt rougissait, et une colère fiévreuse éclatait dans ses yeux1. Enfin, n’y tenant plus, il se précipite sur le moine, le saisit à la gorge, comme s’il voulait l’étrangler, et, lui coupant d’une main la respiration, il le frappe de l’autre au visage avec tant de brutalité que le sang lui sortit en abondance de la bouche et du nez. Tout en frappant, il criait d’une voix irritée : « Hérétique que tu es, anathématise Origène I » Ce nom, prononcé entre eux pour la première fois comme un chef d’accusation, laissa les Longs-Frôres ébahis2. C’était là toute l’explication que Théophile voulait avoir. Appelant alors à son* aide une troupe de soldats, il ordonna qu’on mît aux fers les quatre moines et qu’on les ramenât dans cet équipage jusqu’à Nitrie. Un mot d’un contemporain ferait croire, mais on aime à en douter, que l’archevêque riva de ses mains le carcan au cou d’Ammonius3.

Lorsqu’on vit arriver aux monastères ces malheu-

1; Ille autem sanguinolentis oculis draconum instar intendens, torvum taurino more intuebatur, modo quidem lividus, modo pallidus, modo autem amare subridens... Pallad., dial., p. ‘22.

2. Ammonio viro grandævo, cum malis ejus plagas inflixisset et pugnis nares ejus cruentasset, inclamans his vocibus : « Hæretice, anathemati/.a Origenem! » cum nihil esset propositum de Origene. Pallad., ibid.

3. Homophrorium manibus ipse suis injecit in collum. Pallad., dial., p. 22.

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rcux sous escorte et couverts de sang1, la communauté fut en grand émoi. « On se demanda, dit le contemporain que nous suivons dans ces récits, quelles épreuves et quels châtiments Dieu réservait aux enfants de la pénitence. » On ne tarda pas à le savoir. Un mandement épiscopal arriva bientôt, déplorant la perversion de la foi dans Nitrie, et ordonnant que tout ce qu’il y avait dans les monastères et les cellules de livres d’Origène et de ses fauteurs fût immédiatement brûlé; que si, ajoutait le mandement, l’exécution du présent ordre éprouvait des oppositions ou des retards, le patriarche viendrait en personne le faire exécuter devant lui*. Les solitaires comprirent la menace cachée sous ces paroles. C’est aux abbés surtout qu’en voulait Théophile, comme à des hommes plus instruits, plus indépendants que les simples cénobites, et c’est à eux que s’adressait l’avertissement. Par promesse et argent, il avait organisé dans ces honnêtes et saints asiles, ho- 'norés dans tout le monde sous le nom de Ville du Seigneur8, un espionnage en règle, au moyen duquel il savait jour par jour, heure par heure, ce que faisaient les frères. L’histoire a voué à l’infamie cinq de ces traîtres, agents de Théophile, dénonciateurs de leurs compagnons, instruments de ruine pour leurs couvents. « C’étaient, nous dit le même contemporain, bien informé de tous ces faits, c’étaient des hommes obscurs, sans valeur ni nom, étrangers à l’Égypte et qui n’avaient

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