Pallad., dial., p. 22 et seq
3. Voir dans Saint Jérôme son voyage et celui de Pnula il flitric, I, p. 296 et seq.
ET L’IMPÉRATRICE EüDOXIE.
jamais été admis dans l’assemblée des pères, gens en un mot indignes d’aucun grade monastique et dont on n’eût môme pas voulu faire des portiers*. Cette indignité n’empécha pas le patriarche de choisir plus tard parmi eux trois diacres, un prêtre et un évôque, et encore créa-t-il un nouveau siège pour ce misérable, aucun ne se trouvant alors vacant dans les nomes d’Égypte5. Les choses ainsi préparées, espions et patriarche se concertèrent pour un coup d’éclat.
A un jour convenu, les cinq moines quittèrent secrètement leurs cellules pour se rendre à Alexandrie dans une Église où le patriarche officiait. Là, prosternés devant son trône et simulant un trouble intérieur profond, ils lui présentèrent une requête que le patriarche connaissait bien, car il l’avait lui-même rédigée*. Il la prit de leurs mains, et, sitôt l’ofüce terminé, il la porta chez le préfet d’Égypte et chez le maître des milices de la province, réclamant leur concours pour des actes de rigueur dont cette requête exposait, disait-il, la nécessité4. Ces magistrats, après l’avoir lue, ne firent aucune difficulté de mettre à sa disposition
1. Ex ipso monte instruit homunculos quinque qui nunquam in cœtu seniorum ererai steterant, et indigni erant, piget dicere, qui vcl ostiarii essent. Pallad., dial., p. 22.
2. Et hune quideni ordinat episcopum, viculo præficiens cum civi— tâtera non haberet... très alios diaconos ordinat qui non erant Ægyptii sed e diversis Iocis. Ibid., p. 23.
3. Eos itaque subornât ut libellos dareot adverses très illos senes; ' et falsæ accusationis verba ipse contexuit. Pallad., dial., 1. c.
4. Acceptis ab eis libellis coram ecclesia, ingreditur ad Augustalcm, et contra istos supplicem libellum apud eum nomine suo deponit, ipse Ægyptiæ dioceseos pontifex... petitque ut militari manu expellantur ii homines ex universa Ægypto. Id., ut sup.
JEAN CHRYSOSTOME
un corps assez nombreux de soldats auquel le patriarche adjoignit les valets du palais épiscopal et une bande de scélérats (c’est le mot dont se sert l’histoire), ses compagnons habituels dans les coups de main qu’il exécutait1. Le tout forma une petite armée qu’il équipa avec célérité et mystère, et non sans la faire boire largement, car tous ces braves étaient ivres au moment du départ2. L’archevêque à leur tête, dans l’attitude d’un général, se mit en route pour Nitrie. Il avait calculé les haltes de façon à n’arriver en vue des monastères qu’après la chute du jour, afin de rendre la surprise plus complète, et en effet il était déjà pleine nuit lorsque, poussant d’horribles clameurs, la troupe gravit la sainte montagne3.
Le tableau de cette visite pastorale, tel que l’histoire nous le donne, est celui du sac d’une ville. Les assaillants pillaient, enfonçaient les portes des couvents, fouillaient les cellules, et, sous le prétexte de chercher des livres, faisaient main basse sur tout ce que pouvaient posséder ces pauvres moines4. Réveillés en sursaut et à moitié morts de frayeur, les cénobites couraient se cacher dans les coins les plus retirés de leurs enclos. D’autres en grand nombre descendaient les pentes de la montagne par des sentiers dérobés et se dispersaient dans la vallée. Grâce à l’obscurité de la nuit, beaucoup
1. Accepto igitur milite, sceleratorum multitudinem congregat qui circa potestates versantur, ad omnia parati. Pallad., dial., p. 23.