‹ Récits de l'histoire romaine au V. siècleChapitre 45 sur 108 · Synodum ad justum judicium appellabam, Cbrys., ibid · texte numérisé non relu

Synodum ad justum judicium appellabam, Cbrys., ibid

avec lui dans le navire, qui leva l’ancre aussitôt.

Il cingla à travers la Propontide jusqu’à la ville de Iliéron1, port de la Bithynie, où le comte avait mission de déposer Chrysostome. La nuit durait encore. Le navire s’étant approché de terre, les gardes y descendirent l'exilé et reprirent la mer. Le choix de ce lieu, trop voisin de Chalcédoine, parut suspect à l’archevêque; il y soupçonna un piège pour le faire tomber aux mains de ses ennemis, et à ses yeux mieux valait mille fois la mort. Avant donc que le jour fût levé et l’éveil donné aux magistrats, il loua lui-même une barque, et, longeant la côte, il se fit conduire au golfe d’Astacus, dans la petite ville de Prénète, située sur la rive opposée à Ni congédie*. Il y avait dans le voisinage, au milieu des champs, une villa dont il connaissaitle maître et où il se rendit pour se cacher3, bon premier mouvement en mettant le pied dans la retraite hospitalière fut de tomber à genoux et d’appeler la protection du ciel sur cette Église de Constantinople, « qu’il n’avait point quittée, disait-il, car il l'emportait dans son cœur4. » Sa fuite avait été opérée avec tant de prudence et de mystère, sa trace était si complètement perdue, que tout le monde put croire,

t. Ad navale in ostiu Pouti situai, qnod Hieron vocant. Theod., v, 34.

2. Primum ad i l quod ad Pontos situai est Hieron venit, deinde per Bithyniam.,. Aicepli., nu, 10.

3. Venit in prædiola ad Proenetum Bithyniæ. Pallad., dial., p. 30.

4. A vobis separatus sum corpore sed nequaquam mente. Chrys., Serin, posl red. a pnor. exil. — Aon sum separatus a vobis, sed magis accensus sum desiderio vestri. Chrys., ibid.

JEAN CH H VSOSTOME

comme le comte le rapporta, que le banni se trouvait au lieu fixé pour son exil.

La nuit de son enlèvement fut pour Constantinople une nuit de deuil et de larmes; l'histoire nous en fait un touchant tableau. Elle nous montre cette multitude naguère furieuse et exaltée, devenue tout à coup silencieuse et morne, courant aux églises pour prier et réclamer du ciel ce père que lui enlevaient les hommes. Comme les églises ne suffisaient pas, on priait sur les dalles des rues, sous les portiques des places, partout enfin, et, suivant le mot de Clirysoslome lui-même, « la ville entière n’était plus qu’une église1. » Les maisons des pauvres étaient désertes : hommes, femmes, enfants, artisans, mariniers, marchands, tout le monde était là, tout le monde voulait participer à cette émeute de supplications et de larmes qui s’élevaient vers la justice du ciel. Un seul cri, poussé de temps à autre, rappelait les passions de la terre : « Qu’on rassemble un concile général al » C’était le seul remède que les hommes pussent offrir maintenant. Lorsqu’au point du jour le peuple fatigué commençait à rentrer dans ses quartiers, Théophile arriva de Chalcédoine, et, ramassant tout ce qu’il y avait d’Alexamlrins au port, il prit possession de la ville comme un conquérant ecclésiastique. Les clercs, qui jusque-là s’étaient tenus cachés, accoururent

1. Tota civitas ecclesia fuit. — Ante hoc quidem ecclesia replebat.ur, «ed nunc et in plateis ecciesiae factæ sunt. Chrys., Homil. pusl red. , ib exil.

2. Causam ejus in majore concilio dijudicandum esse proclauiabant. Socr., vi, 15.

autour do lui pour faire valoir leurs services et recevoir ses instructions. Il récompensa les plus zélés, leva l’interdiction des plus indignes et prodigua ordination, avancement, dignités à tout venant. Tout ce qu’avait réglé l’archevêque fut aboli. L’ordre de Théophile à ces prêtres fut que chacun allât prendre possession de son église particulière ; mais la foule ameutée s'v opposa h Théophile lui-même ayant voulu pénétrer dans la basilique épiscopale, les fidèles le repoussèrent. Les Alexandrins de son escorte tirèrent leurs armes, et on se battit : la résistance du peuple fut énergique1 2. L’église et le baptistère se remplirent de

cadavres, et la cuve baptismale regorgea, dit-on, de

sang humain3. La bataille une fois commencée, les. magistrats envoyèrent des troupes pour la soutenir-, on se battit partout, chaque église devint une citadelle où le peuple se barricadait et que les soldats forçaient militairement à coups de leviers et de traits. Le sang coulait dans les sanctuaires, et des cris de malédiction y remplaçaient l’hymne de la miséricorde. Quoique les couvents de Constantinople fussent généralement hostiles à l’archevêque, qui avait voulu les réformer, un d’eux ayant pris parti dans sa cause et chassé des

1. Ob cam rem perturbata plebe... plcna tumultus urbs erat. Zosim., v, 23.

2. Rixa inde inter Alexandrinos et plebem Constantinopolitanam exorta est : et quocl res ad conflictum pcrvenit, multi vulnerati, non pauci etiani cæsi sunt. Nicepli., xm, 16. — Gravis inde seditio et coneertatio inter Constantinopolitanos et Alexandrinos conflata est. Coinmissaque pugna, multi vulnerati, quidam etiam interempti sunt. Socr., vi, 17.-

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