Pallad., d.al., p
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vient me dire que, retranchées de mon église, vous vous réfugierez chez les hérétiques, je ne m’en mettrai point en peine, et ceux qui me blâmeraient, je les dispense de me défendre au tribunal de Dieu, lorsque j’y serai jugé »
11 les poursuivait jusque dans leurs maisons. « Suivant le précepte de saint Paul, nous dit le plus curieux de ses biographes, Palladius, son confident, son ami et son compagnon de persécution, Chrysostome allait dans les maisons particulières donner des enseignements d’honnêteté aux femmes qui en avaient besoin, à celles-là surtout qui, étant vieilles, faisaient tout pour paraître jeunes *. » La mode était alors parmi les dames de Constantinople de ramener sur le devant de la tête leurs cheveux frisés en boucles, de manière à en recouvrir le front d’une tempe à l’autre. Des plus bas étages de la société* car c’était la coilFure ordinaire des courtisanes, celte mode avait gagné les plus élevés : de jeunes matrones l’avaient prise, et Eugraphie une des premières, comme protestation de sa perpétuelle jeunesse. Or celte coiffure, qui laissait les cheveux à découvert, blessait les idées chrétiennes de décence en Orient, surtout quand elle s’appliquait aux veuves et aux femmes âgées, à qui l’usage prescrivait de porter des bandeaux ou des voiles. La vue d'Eugra-
1. Quod si pereatis, hæc facere non tolerabo, neque vos cxcipiam, nequc sinum ut hæc limina transeatis... quando sum judicandus stans ad tiibuna! Christi... Chrys., llom ., in Ep. Paul, ad Coloss.
2. Mos erat illi publiée et per domos houeatatcm docere... et eas ejusmodi verborum castigatione compescere quæ cum jam anus per ætatcm esseut, juvenes tamcn apparere vellent. Pallad., dial., p. 27.
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phie dans cette toilette juvénile mit Chrysostome hors des gonds. « Pourquoi, lui dit-il, voulez vous contraindre votre corps à rajeunir quand il ne le peut pas? Vous rabattez vos boucles de cheveux sur votre front à la manière des prostituées, pour tromper ceux qui vous voient; mais, croyez-le bien, vous ne faites par là que leur confesser vos rides l. » Chaque fois qu’il la rencontrait ainsi parée, il lui tenait les mêmes discours. Ces admonitions, on en conviendra, devaient plaire médiocrement à des coquettes telles qu’Eugraphie.
Une circonstance particulière donnait aux paroles de Chrysostome un caractère tout à fait personnel quand il prêchait dans les églises de Constantinople contre le faste et le déréglement des dames de la cour. Dans les basiliques d’Orient, les sexes étaient séparés; les hommes occupaient le plain-pieddu sol, la place des femmes était dans de hautes galeries qui dominaient à droile et à gauche les arcades des nefs; c’est là qu’elles « assistaient au saint sacrifice, ainsi qu’à la lecture des Écritures et aux collectes qui suivaient la messe 2. A Textrémité de la nef, sur les marches du chœur, en avant des portes d’or et des voiles qui fermaient le sanctuaire, s’élevait une tribune construite d’ordinaire en marbres précieux et décorée de sculptures et de pierreries, dans laquelle on montait du chœur par deux
1. Quid ætate jam anus, etiam corpus repubescore cogitis? Cincinnos veluti meretriculæ gerentes in fronte, contumelia afficientes etiam honestas reliquas, et decipientes eos qui vobiscum Ioquuntur... Pallad., dial., p. 27. —
2. Chrys. in psalm. 48. — Greg. Naz., p. 694-095. Cf. Tiilem., Menu ecdés.y xi, p. 187.
escaliers attenant à ses deux faces latérales. Cette tribune se nommait l’ambon et se transforma au moyen âge en une galerie transversale servant de clôture au chœur, et qu’on appela le jubé *. C’est là que se faisait, par l’office des lecteurs et des diacres, la communication au péuple de l’épître, de l’évangile et des leçons ; c’est là aussi que montait le prêtre officiant quand il avait quelques prières particulières à réciter aux fidèles ou quelques recommandations familières à leur adresser. L’évêque prêchait habituellement de l’abside ou des portes du sanctuaire. Cbrysostome' qui, avait la voix faible, et que la foule assiégeait pour l’entendre, à tel point qu’il y avait péril d’être étouffé autour de lui, fit transporter sa chaire épiscopale sur l’ambon, d’ou sa voix parvenait plus aisément dans toutes les parties de la basilique *. De là son regard planait sur les galeries de femmes, et lorsque la prédication s’adressait aux toilettes indécentes, il avait précisément en face de lui celles qui les portaient. Eugraphie et les amies d’Augusta occupant dans ces galeries une place d’honneur, on comprend que le moindre regard, le moindre
1. Diriturautem ambo quia gradibus ambitnr. Sunt enim in quibusdam ecclcsiis duo paria graduum, sive duo ascensus in ilium per medium chori, unus a sinistris, videliret versus Orieniem, quo fit ascensus; aller a dextris, videlicet versus Occidentem, quo fit descensus. Cang., Gloss, ad Script, med. et infim. I.atinit., v. Ambo.
2. Sedens in ambone unde concionari solebat, quo facilius ab omnibus exaudiretur... Zosim., vi, 5. — Porro populus tantopcre ejus sermonibus inhiabat, ut illis satiari ullo modo poterat, et quoniam sese mutuo impeilentcs ac prementes periclitabantur, dum singuli propius nitebautur accedere, ut ilium dicentem exactius audirent de proximo. Zosim., ibid.
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geste de l’orateur, pouvaient donner à ses observations morales une application directe que l’auditoire saisissait malignement. Le reproche d’allusions provocantes est en effet un de ceux que les contemporains firent à Chrysostome, et que l’histoire a répétés; et ce reproche tenait en partie à la disposition des lieux où il prêchait. Cette explication m’était nécessaire pour l’intelligence complète des faits qui vont suivre.
Un furieux désir de vengeance s’était donc emparé d’Eugraphie, et comme elle était puissante dans la ville par ses immenses richesses, comme elle se servait de l’impératrice tout en la servant, elle monta une ligue terrible contre l’archevêque. Sa maison devint le rendez-vous de tous les ennemis de Chrysostome ou de quiconque pouvait leur fournir une arme pour le frapper ; elle y attira des laïques et des prêtres, des officiers du palais, des courtisans et jusqu’à des moines. Tout clerc mécontent (il y en avait beaucoup de ce nombre, car, ainsi qu’on le verra bientôt, la sévérité de l’archevêque n’était guère du goût de son clergé), tout prêtre interdit, tout diacre cassé pour ses méfaits, toute diaconesse licenciée pour ses galanteries ou sa mondanité, accouraient aussitôt chez Eugraphie y grossir par leurs propos le noyau des calomnies et des haines L Deux diacres s’y firent remarquer entre tous par l’impudence de leurs attaques; l’un, adultère convaincu, avait été expulsé à ce titre, et l’autre renvoyé pour homicide : il avait battu un enfant qui lui
1. Velut phalanx furore ebria, in unam sententiam odio doctrinæ adunati. Pallad., dial., p. 11.
servait de domestique jusqu’à le laisser mort sur la place. C’est dans leurs conciliabules que se fabriquaient les machinations dirigées contre l’archevêque, là que s’essayaient à son sujet les facéties cruelles, les mensonges, les perfidies : rien ne trouvait grâce devant ce tribunal ennemi, ni le costume de Chrysostome, ni sa maigreur et sa petite taille, ni ses mœurs. On l’accusait de dépouiller l’Église à son profit *, de rester seul à seul avec des femmes en écartant les témoins1 2, et de faire durant la nuit des orgies de cyclope 3, d’avoir commis des actes de violence, des sacrilèges, etc. Nous parlerons plus tard de ces impostures odieuses, qui, habilement propagées, devinrent autant de sujets d’incrimination devant un concile. Pour le moment, je me bornerai à dire ce que c’étaient que ces repas nocturnes qu’on qualifiait si grotesquement d’orgies de cyclope, et qui firent tant de bruit lors de son procès.
Le jeune Chrysostome, au sortir des bancs de l’école, s’était vu saisi d’une indomptable passion pour la vie du désert. Réfugié dans une grotte du mont Casius, à peu de distance d’Antioche, il y avait mené l’existence la plus isolée et la plus sauvage, passant les nuits debout pour dompter le sommeil et jeûnant jusqu’à l’anéantissement complet de ses
1. Quod marmora sanctæ Anastasiæ quæ Nectarius ad exornandam ecclcsiam reliquerat, ipse vendiderit. — Quod de reditibus ecclcsiæ quid agatur sciât nemo... — Quod margaritas vendiderit... etc. Act. synod. ad Querc., apud Phot. 59 et Baron. 403, xvu et seqq.
2. Quod recepit mulieres solus cum solis agendo, omnes rejiciendo
foras. Ibid. . ..
3. Quod solus comedit, a gens vitam cyclopis, turpiter ac voluptuose. Act. synod. ad Querc. loc. cit.
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forces*. Ces folles austérités dans une caverne humide avaient détruit sa santé; il y avait gagné une sorte de paralysie des parties inférieures du corps et l’impossibilité de digérer*. Son estomac délabré ne souffrait plus que certaines espèces de viande en minime quantité, et, rentré dans les villes, il avait dû renoncer à la vie commune ainsi qu’aux habitudes du monde3. Si l’on joint à cette infirmité son humeur chagrine qui lui faisait aimer la solitude, on comprendra comment à son arrivée dans Constantinople il fut un sujet d’étonnement pour un clergé mondain et pour une société débauchée qui passait une partie de la journée à table, et où le bon ton voulait qu’on se montrât ivre dès le matin. Le prédécesseur de Jean d’Antioche, Nectaire, ancien préfet de la ville, avait vécu en homme du monde, sans cesser d’ôtre pour cela un bon évêque et un prêtre respectable; mais le goût et la santé de Chrysostome ne lui permettaient pas d’en faire autant. 11 déclara donc dès sou début qu’il ne mangerait chez personne et n’inviterait personne chez lui; il s’abstint même d’accepter les invitations de l’empereur4. Les uns virent dans cette sobriété monacale une
1. Tum scccssit in speluncam soins, delitescere cupieus. Pallad., dial., p. 17.
2. Cuin toto blo biennio nec interdiu, nec noctu decubuisset, proxima ventri ei mnt emortua, lumborumque vires præ frigorc profligatæ. Pallad., ibid.
3. Ipse vero solus edebat... quiastomachus ejns ob quamdam infirniitatem inordinatus erat, ita ut edulia bene præparata ipsi injucunda vidcrentur. Pallad., dial., p. 40 et 4t.
1. Quod ille cum nemine cibum sumeret, nec ad convivium vocat is acccderet. Sozom., vm, 9.
critique indirecte de leurs pratiques, et le clergé surtout s’en formalisa; les autres au contraire (qui l’eût pensé?) y virent un signe d’intempérance. On prétendit qu’il s’enfermait le soir pour se livrer à des repas somptueux et sans fin, à des orgies de cyclope, comme disaient agréablement ses ennemis *. Et pourtant, qui eût pu forcer les abords de sa retraite l’aurait souvent trouvé à jeun à des heures avancées de la nuit*, goûtant à peine un peu de légumes et de viande qu’OIympias, sa diaconesse préférée, lui faisait préparer presque malgré lui. La calomnie n’en marchait pas moins son train, et ses amis eurent beaucoup de peine à le justifier de cette séquestration volontaire, qui eût été blâmable assurément dans un évêque, si des causes autres que son humeur misanthropique ne la lui avaient pas imposée.
Sitôt qu’un conte bien absurde, une méchanceté bien noire, avaient été apportés chez Eugraphie ou recueillis par elle au dehors, elle courait en divertir l’impératrice, et Arcadius sortait quelques instants de son hébêtement pour rire ou s’irriter aux dépens du prêtre qui l’effrayait. Ces mensonges étaient également colportés dans la ville, où les ennemis de Chrysostome avaientsous la main une milice toujours prête: c’était un troupeau de moines mendiants qui parcouraient Constantinople dans tous ses recoins, vêtus de cos-
1. Et isti quidem hinc potissimum gravissimas adveraus eum calumnias texebant. Sozom., vm. 9.
2. Aliquando edaro obliviscebatur, ad vesperam usqae diffcrens, partim caris ecclesiasticis occupatus, partim divinia contemplationibus abstractus. Pallad., dial., p. 40.
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tûmes grotesques et coiffés de longues crinières pendantes à la manièredes philosophes cyniques, auxquels ils ressemblaient beaucoup plus qu’à des cénobites chrétiens. Chrysostome, quiavaitle respect etl’admiralion de la vie monastique, et qui cherchait à la pratiquer encore dans son palais archiépiscopal, la voulait austère, laborieuse, et il détestait ces bateleurs qui, pour quelques oboles, amusaient la populace des carrefours en mêlant aux prières de l’Église d’indignes bouffonneries '. Il avait voulu supprimer dans sa ville métropolitaine ces couvents de moines errants, ou les obliger à la vie sédentaire et au travail des mains ; mais ils échappaient aux sévices de l’évéque, et l’abus continuait malgré ses efforts. Aussi ne le ménageaient-ils pas dans leurs facéties*. Un de leurs supérieurs, nommé Isaac, s’était rendu redoutable aux évêques précédents par les satires dont il les poursuivait devant la populace. 11 se fit une gloire cruelle de déchirer celui-ci, et, passant de l’ignoble scène des rues sur un plus grand théâtre, il se porta son accusateur implacable devant les conciles 3.
Tel était le camp où se tramait la déposition de Chrysostome, sa mort peut-être, et qui étendait ses intelligences dans la haute société de Constantinople
1. Eos vero qui foras cgred erontur, ac per vicos tirbis conspicerentur*, tanquam qui profcssionom suain dedecore ailîccrent, carpebat atque objurgabat. Sozom., vin, tt.
2. Hujusinodi ex causis, clerici et monachi complures Joanni infensi erant... et morosum atque iracundum sævumque ac superbum cum appcllabant. Sozom., ibid.
3. Fuitetiam illi si mu lias quædain ac dissensio cum monachis nonnullis, ac præcipue cum Isaacio. Sozom., ibid.
et dans le clergé, sous le patronage de l’impératrice. Nous suivrons dans le monde riche et élégant les ramifications de ce parti : l’année de l’archcvéque était ailleurs.
Chrysostome avait alors cinquante-trois ans, et il achevait à peine la troisième année de son épiscopat au moment où s’ouvrent nos récits. Monté sur le premier siège de la chrétienté orientale par la volonté de l’empereur et de son ministre, malgré Imposition du clergé de la ville et les cabales d'évêques considérables des provinces, il avait eu de rudes débuts, et malheureusement rien en lui n’était fait pour les adoucir. Dire pour expliquer la vie épiscopale d’un tel homme, si courte et si remplie d’angoisses, que le monde persécute les saints et que Dieu le permet afin d’éprouver ses fidèles, c’est ne rien dire absolument, ou c’est entrer dans des considérations mystiques que l’histoire ne nie ni n’affirme, parce qu’elles sont en dehors d’elle, et encore faudrait-il expliquer dans ce système comment les fidèles travaillent eux-mêmes à s’attirer les épreuves que leur inflige le monde. Chrysostome vaut bien qu’on l’étudie un peu plus sérieusement, sans que ses souffrances fassent oublier ses fautes, ou que sa sainteté et sa gloire voilent autour de lui la vérité. Que l’Église le compte parmi ses saints martyrs, elle en a le droit, car il fut iniquement persécuté; que
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ce n’est que justice, car il fut un orateur admirable ; mais l’histoire va chercher l’homme à travers toutes les auréoles. J’essayerai de le faire ici avec le respect que méritentde grandes infortunes et une grande mémoire.
Le jour où l'eunuque Eutrope, dans la plus louable des intentions, arracha l’éloquent prêtre d’Antioche à sa vie d’étude et de renommée modeste, pour en faire l’évêque de la seconde Rome, il commit une faute qu’il reconnut bientôt à ses dépens*. En face d’une cour frivole et galante qui s’occupait du gouvernement de l’Église au milieu des plaisirs, il plaçait le plus intraitable des moines; en face d’un clergé tout mondain, un anachorète qui n’estimait que le désert; en face d’une société fière de sa richesse et de son luxe, un bomme qui avait la richesse en effroi et poussait à l’extrême l’ostentation de la simplicité. Aussi à peine le nouvel élu était-il installé sur son siège, que la guerre commençait entre lui et ceux qu’il venait gouverner. Sans doute Chrysostome trouvait dans son troupeau bien des plaies saignantes à guérir, mais il ressemblait trop à ces opérateurs hardis qui aiment l’art pour l’art, et abusent du fer et du feu pour extirper un mal sans s’inquiéter beaucoup du malade. La solitude d’où il sortait ne l’avait guère habitué au ménagement des hommes, et toute concession en face du bien absolu lui paraissait un manquement au devoir et presque un crime. Fidèle à l’idéal de sainteté qu’il s’était imposé à lui-même, il l’exigeait imprudemment
t. Voir, sur la nomination de Chrysostome et la part qu’y prit l’eunuque Eutrope, les Nouveaux Itérits de l'histoire romaine au v* siècle , p. 178 et seqq.
des autres, et, portant dans l'exercice d’une autorité presque incontrôlée le défaut habituel des solitaires jetés par les événements dans le mouvement du monde, il était ombrageux, hautain, jaloux de son pouvoir, toujours prêt à l’accroître, impatient de toute opposition, et convaincu que les inimitiés qu’il soulevait s’adressaient non à lui, mais à Dieu même, qui. lisait ses intentions dans le fond de son âme. Ses admirateurs étaient forcés de reconnaître qu’il était orgueilleux et opiniâtre, et pourtant ils le respectaient, tant il y avait de vertus sous cet orgueil : ils l’appelaient le saint1, et ceci était vrai ; ses ennemis l’appelaient l’irascible, le superbe, le violent8, et ceci était vrai encore. Ce vent de fortune prodigieuse qui avaitamené un simple prêtre de province sur le siège métropolitain de tout l’Orient, à côté du trône des césars, lui semblait l’effet non d’un caprice ou d’une faveur des hommes, mais d’une volonté expresse de Dieu, qui le destinait à tout changer. Imbu des lectures de l’Ancien Testament, dont il s’était infusé pour ainsi dire l’esprit âpre et inflexible, il se donna vis-à-vis des puissants de son temps le rôle d’un Nathan devant David, d’un Élie devant Jézabel, d’un Isaïe devant les prêtres de Baal ; mais les prêtres de Baal étaient nombreux, et ce furent eux qui commencèrent sa ruine. En lutte avec tout le monde à la fois, il ne réussit, chose triste à dire, que contre celui qui l’avait élevé.