‹ Récits de l'histoire romaine au V. siècleChapitre 85 sur 108 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Gueuse ; sa situation son climat. — Chrysostome accepte la maison de Dioscorus accommodée pour lui. — La diaconesse Sahiniana, sa tante, vient demeurer avec lui. — Apreté de l’hiver; souffrances de l'exilé. — Res lettres de consolation à Olympias. — De la maladie de la tristesse d’après les livres juifs et chrétiens. — Chrysostome combat la tristesse d’Olympias. — Elle vient do deux causes : la mauvaise situation de l'Église et leur séparation. — Olympias ne doit pas se scandaliser des maux de l'Église, ne connaissant pas les secrets desseins de Dieu. — La vio de Jésus-Christ et celle des apûtrcs n’ont été qu’un grand scandale pour le monde. — Leur séparation lui est cruelle : des amitiés spirituelles dans le christianisme : exemple tiré de saint Paul. — Visites que reçoit Chrysostome à Cucuse — 11 veut remonter la propagande chrétienne en Phénicie ; ses efforts, sa correspondance. — 11 envoie aux missionnaires des reliques tirées d'Arabissus. — Les Gotlis catholiques perdent l’évèque qu’il leur avait donné et lui en demandent un autre. — Le diacre Modowar envoyé vers lui. — Il entreprend la conversion de la Perse; progrès du christianisme dans ce pays. — Rapports de Maruthas avec lo roi Iczdjerd.

— Chrysostome appelle à lui Maruthas, qui refuse de le joindre.

Cucuse, où s’acheminait Chrysostome, était une petite et pauvre ville, ou plutôt une bourgade fortifiée, placée dans une profonde vallée du Taurus, au point de jonction des routes qui conduisaient de Cappadoce en Perse et des provinces syriennes dans l’Arménie supérieure. Comme station militaire, elle n’était pas sans importance: une garnison nombreuse et ordinairement bien choisie y veillait à la sûreté des rares voyageurs en passage et à la protection des habitants. Rien de plus désolé que ce pays, où l’ou apercevait à peine de loin en loin quelques hameaux groupés autour d’une

J KAN G HR YSOSTOME

maison de maître; quant ù la ville, elle était dénuée de toute ressource, même pour les premiers besoins de la vie* î Un climat insupportable régnait dans la vallée, où l’on passait sans transition d'une chaleur lourde et 'étouffante, température de l'été, à des froids d’hiver excessifs-, et l’hiver commençait à Cucuse dés que la neige envahissait les hautes cimes du Taurus. Le flanc des montagnes, à perle de vue, était couvert d’épaisses forêts et percé d’une multitude de cavernes où aurait pu loger à l’aise tout un peuple de troglodytes. On montrait dans le nombre celle où les persécuteurs ariens, au temps de l’empereur Constance, avaient enfermé un autre exilé de Constantinople, l'archevêque Paul, pour l’y laisser mourir de faim, et où ils l’avaient ensuite assassiné, parce qu’ils trouvaient sa mort trop lente. C’est dans cet affreux tombeau, au milieu de ces funèbres pronostics, que l’impératrice Eudoxie avait fait reléguer Jean Chrysostome.

11 approchait de la ville, lorsqu’il vit accourir audevant de sa litière un homme empressé de lui parler; c’était Dioscorus*, qui lui avait fait offrir sa maison par un de ses serviteurs à Césarée, et qui venait en personne la lui offrir de nouveau. Dioscorus, riche citoyen de Cucuse, possédaità la ville une maison bien accommodée pour l’hiver et munie de tout ce qui pouvait combattre le froid, et près de la ville une autre mai-

Page 1