‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 102 sur 251 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Luxe de la cour de Constantinople. — Haine de l'impératrice Eudoxie contre Butrope. — Naissance de Pulchérie. — Jean Chrysostome : ses austérités. — Théophile. — Élection d'un archevêque à Constantinople. — Isidore. — Butrope fait enlever d'Antioche Chrysostome et le (ait ordonner archevêque de Constantinople. — Vices du clergé d'Orient; Chrysostome entreprend de les réformer.

Ta^dis que le sinistre génie d'Eutrope agitait si Tiolemment l'Occident, l'Orient était tranquille, et, il * faut bien le dire, la jeune Rome ne voyait pas avec déplaisir les humiliations accumulées sur son aînée. Devant un si habile ministre, Arcadius avait passé de la peur à l'admiration, et se soumettait à lui désormais sans arrière-pensée ^ Eutrope gouverna dès lors la vie de son jeune maître plus despotiquement encore que^'Empire. Il n'y eut pas de petit détail quotidien

1. Eutropio totam administrationem Imperii tradebat. Zosim., v,14 ; >— Claad., in Eutrop., pass.

OÙ ne s'étendît le contrôle de l'eunuque : audiences publiques ou privées, fêtes de la cour, lever ou coucher du prince, tout jusqu'aux moindres divertissements était réglé à Ta van ce. Les jeux du cirque, pour lesquels Eutrope montrait une sorte de fureur ^ devinrent, par une conséquence logique, la passion d'Arcadius, et reçurent de sa présence assidue une splendeur et une ' vogue inaccoutumées. C'était là qu'il fallait chercher l'Empereur, quand il habitait Constantinople. Les voluptueux voyages d'Ancyre amenaient d'autres divertissements que savait varier à l'infini l'imagination d'an esclave enfant de l'Euphrate : Eudoxie seule y manquait.

En dépit du philosophe Synésius et de ses remontrances, la cour s'abîmait de plus en plus dans les fantaisies d'un luxe sans frein. Nos magnificences pâliraient auprès de celles du palais d'Arcadius, et nos recherches de mollesse seraient en comparaison presque grossières. De peur que le contact du bois, de la pierre ou même des marbres précieux n'ofiensât les pieds sacrés du prince, on étendait sur le pavé des appartements, comme un tapis plus moelleux que ceux de l'Egypte * ou de l'Inde, un lit de sable d'or très-fin, apporté de loin et renouvelé chaque jour*. Un service régulier de navires et de chariots était organisé pour cet emploi entre Constantinople et les contrées de l'Asie qui pro-

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