‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 106 sur 251 · Chrysost., passim. — Zosim., v, 18. — Zon., p · texte numérisé non relu

Chrysost., passim. — Zosim., v, 18. — Zon., p

3. Johannes, cui priaceps omnia sua arcana crediderat, et quem plerique perhibebant ejus filii, quem Arcadius habebat, esse patrem Zosim., Y. 18. — Chron. Alexandrin. — Marcell. com. Chron, — J'ai raconté l'histoire de Timpératrice Pulchérie dans le volume do mes Récits qui a pour titre Nestorius et Eutychès.

avait appris à ne plus prêter son bras sans réserve, et à garantir avant tout son intérêt dans le succès tf autrui. Il ne voyait pas d'ailleurs pour qui, dans VEmpire, il pouvait travailler, sinon pour lui-même, tant il était infatué de sa propre importance ^ Borné dans son autorité militaire au commandement des corps auxiliaires de sa nation, il leur faisait partager les rancunes de sa disgrâce, comme si elle eût été une injure pour eux, et, se rattachant par des relations habiles, la plupart du temps secrètes, les autres Goths disséminés en Asie, soit comme garnisons dans les villes, soit comme colonies agricoles dans les campagnes, il les habituait à voir en lui leur chef naturel. Ainsi déjà se réalisait dans Tombre la sinistre prédiction de Synésius, quand Técho de ses sages paroles retentissait peut-être encore sous les voûtes du palais impérial.

L'année 398 amena au parti des mécontents, sinon ïin complice, — ce mot serait un outrage pour Thomme dont il s'agit, — du moins un appui considérable en la personne du nouvel évêque de Constantinople, Jean Chrysostome, promu à ce siège éminent en 597, après le décès de Nectaire. Chose singulière, ce fut Eutrope

1. Indignatus Gainas quod nec convenientem duci provectioris ffitatis honorem consequeretur, nec muneribus ob insatiabilem animi harbari libidinem expleri posset... Zosim., v, 13.

lui-même qui, malgré ropposition d'un grand nombre d'évêques orientaux, en dépit de cabales puissantes et par un véritable esprit de religion, appela dans la métropole de TEmpire celui qui devait être, avant Tannée écoulée, son adversaire le plus déclaré. La fortune ne voulut pas tenir compte d'une bonne action à cet homme, qui en pratiquait d'ailleurs si peu.

Le personnage qui fait ici son entrée sur la scène de nos récits doit y jouer un rôle tellement important, et sa place est si grande dans Thistoire du iv* siècle, que nous devons, comme introduction aux faits qui vont suivre, exposer brièvement quels étaient son caractère, sa famille, et de quelle condition il arriva subitement à un rang si élevée Jean avait alors environ cinquante ans; il était né vers 347, dans la ville d'Antioche, d'une famille aisée, dont le chef appartenait comme officier à la préfecture du prétoire d'Orient. Son père étant mort lorsqu'il était encore enfant, sa mère prit soin de son éducation, réleva, et, bien qu'ils fussent chrétiens tous deux, elle le remit aux mains . du sophiste païen Libanius, qui tenait à Antioche même l'école la plus célèbre de TAsie. Jean s'y fit remarquer dès son début par ce don de la parole qui

1. La vie publique de Jean Chrysostome se compose de deux événements liés de la façon la plus étroite à l'histoire du v" siècle : d'abord sa querelle avec Eutrope à propos de l'immunité des asiles, qui contribua puissamment à la chute du ministre d'Arcadius; puis sa lutte contre l'impératrice Eudoxie, qui attira sur sa tête des persécutions sans nombre, et enfin l'exil et la mort.

Le premier de ces événements est raconté dans ce volume. Le second a pris dans nos Récits le titre de Saint Jean Chrysostome et VImpératrice Eudoxie et forme un ouvrage à part.

lui valut plus tard le surnom de Chrysostome, c'est-àdire boucfie d'or. Le vieux maître admirait dans le jeune homme ce langage vif, coloré, tantôt arrondi en périodes savamment balancées, tantôt impétueux et rompu à dessein, qui faisait le cachet de l'éloquence grecque asiatique, et qui caractérise celle de Chrysostome. Il songeait à ravoir pour successeur dans la direction de son école, et , quand il se vit déçu dans son projet, on l'entendit s'écrier avec amertume : « Les chrétiens me l'ont enlevé M » La mère de Jean le destinait au barreau, chemin de tous les honneurs ; elle ne réussit pas davantage. Après avoir plaidé quelque temps, Jean se dégoûta de sa profession ; il se dégoûta plus encore de la vie licencieuse que menaient les jeunes avocats d'Antioche * ; des passions plus sérieuses le sauvèrent.

Ce fut vers l'étude de l'Écriture sainte qu'au sortir des mains de Libanius, Jean se sentit entraîné par une pente irrésistible. Il s'adressa à Téyêque d'Antioche, qui le reçut dans son clergé en qualité de lecteur; mais, trouvant l'Église trop mondaine, il voulut s'enfuir au désert en compagnie d'un ami. Retenu par les larmes de sa mère, il se créa dans sa propre maison une solitude où, pour se tromper lui-même, il accumula tout ce qu'il rêvait ailleurs d'austérités : veilles, jeûnes, macérations, et ce que l'ascétisme pouvait ima-

Page 1