Canitiem largo raram de pulvere turpat
Claud., in Eutr., ir. Prol., v. 25.
3 Velamenta. Cbrysost., in Eutr,, 3. 0pp. t. III, cd. MoDtfuucon*
soutenaient la table du sacrifice \ il attendit dans celte attitude suppliante Tarrivée de Tévêque. Cependant le voile était retombé, mais il entendait les pas pressés de la foule qui se répandait dans les nefs, et bientôt un bruit d'armes et des voix menaçantes l'avertirent que des soldats étaient à sa recherche. L'évêque ne tarda pas à paraître, environné de son clergé. A la vue de ce suppliant qu'il n'attendait pas, il ressentit un mouvement, non de satisfaction pour lui-même, mais d'orgueil pour son ministère. Il rassura le fugitif par quelques paroles, lui recommandant d'avoir bon courage, et comme dans le cortège des clercs quelques-uns murmuraient de ce qu'un misérable tel qu'Euti'ope pouvait être enlevé à son juste châtiment : « Quoi donc! interrompit Tévêque, ne comprenez-vous pas la gloire de rÉglise, qui voit son persécuteur reconnaître ses droits et implorer sa miséricorde^? »
Tandis que ces choses se passaient en dedans du voile, les soldats, l'épée nue, mais n'osant pénétrer plus avant, appelaient Tévêque à grands cris^ Chrysostome, alarmé, pritEutrope par la main, et le conduisit dans la sacristie, où il le cacha parmi les vases j-acrés, puis il revint à grands pas s'opposer à la profanation du sanctuaire.» Évêque,lui criaient les soldats furieux, Eulrope est caché ici; livre-le-nous ; nous avons ordre
1. Sacrosanctae meQsœ, ad quam perfugerat, liiBrcutem. Ghrysost., in Eutr., 3.
2. Potentiani Ecclcsiae et clementiani : potenti&m co quod in tantaAi incident mutationeni ob bellaquœ ipsi iiitulerat.Chrysost., in £tt<r., 3.
3. Missis ad eum ab Imperatore qui vel per vim homiuem pertrahercnt, eum ad sacrarium confugisset. Ghrysost., m Eulr.y 2.
de le saisir. — Cet asile est sacré, répondait Ghrysostome, nul n'y pénétrera que sur mon corps. L'Église est l'épouse de Jésus-Christ, qui m'a confié son honneur; Je ne le ti'ahirai jamais. » Ils firent mine de porter la main sur lui; mais, sans s'effrayer, il présenta sa poitrine aux coups: «Menez-moi à l'Empereur, répétait-il, nous nous expliquerons en sa présence. » De guerre lasse, les chefs de la troupe consentirent à ce qu'il proposait, et Ghrysostome, placé entre deux haies de lances et d'épées, s'achemina vers le palais, comme un prisonnier. A l'heure où cette scène avait lieu dans l'église, sur les marches du sanctuaire, il s'en passait une autre bien différente dans le grand amphithéâtre si fréquenté jadis par Eutrope, et où se donnait ce jour-là une représentation extraordinaire. A peine la nouvelle des derniers événements fut-elle connue des spectateurs, que l'assistance tout entière se leva en demandant la tête du ministre.
L'apparition de cet évêque emmené par des soldats à travers les rues ne causa, soit dans la ville, soit au palais, guère moins d'émotion que l'événement même du matin. L'audience impériale ne se fit point attendre, et les explications commencèrent entre Ghrysostome et l'Empereur. L'évêque développa la thèse qu'il avait déjà soutenue contre Eutrope à propos du dernier décret sur l'immunité ecclésiastique, à savoir que l'enceinte de l'église protégeait, par un droit dérivant de
son caractère sacré, quiconque y cherchait un refuge, soit juif, soit païen, soit chrétien, condamné par la justice des hommes^ Et quand l'Empereur objectait qu'une loi rendue par lui-même avait excepté du privilège d'asile les criminels de lèse-majesté, et qu'aucun n'était plus coupable assurément que celui qui avait osé insulter la nobilissime Impératrice, celui dont les crimes ou la mauvaise administration avaient compromis la sûreté de l'Empire : — « Les lois humaines, répondait révéque, nfe sauraient prévaloir contre la loi divine. » Eutrope n'en fournissait-il pas une preuve éclatante, lui qui, après avoir attenté aux droits du sanctuaire par cet acte dont la responsabilité pesait sur sa tête, était forcé de les proclamer aujourd'hui en venant se placer sous leur ombre? Dieu, qui Pavait frappé pour ce crime, mettait dans son châtiment un avertissement salutaire pour ceux 'qui oseraient l'imitera
Ces choses ou d'autres pareilles, exprimées avec feu, dans ce magnifique langage que possédait seul Chrysostome, troublèrent profondément Arcadius, qui ne se sentait pas de force à discuter avec un tel homme des questions où le droit divin était aux prises avec la souveraineté temporelle et la théologie avec l'obéissance due aux lois. Une secrète frayeur le saisit d'ailleurs en songeant qu'il avait signé de sa main ce .décret qui semblait entraîner des conséquences si funestes
1. Ab omnibus desertum ac contemptum sola (Ecclesia) at amantissima mater suis yelamentis occultât, Imperatoris simul irœ et into- Icrabili populi furori ac odio se opponens. éhrysost., m Eutr», 3.
2. Suomet facto legem sum prîmus abrogavit... sua calamitate alios docet. Chryso&t., in Eutr., 3.
pour son ministre. Il accorda ce que demandait l'évolue, c'est-à-dire que la retraite de Teunuque serait respectée : on n'alla pas plus loin, à ce qu'il paraît. C'était déjà beaucoup, car les troupes de l'escorte et jelles qui se trouvaient de garde au palais se révoltèrent en apprenant cette décision : « Il nous faut Europe, criaient-elles. Eutrope à mort^ I » Et les soldats igitaient leurs lances au milieu d'un tumulte affreux.
L'Empereur dut aller en personne calmer cette 5meute. Dans un long discours qu'il fit aux séditieux, il issaya de reproduire les arguments qu'il avait entendus Je la bouche de l'évéque, ajoutant que, si Eutrope avait ^mmis de grandes fautes, il fallait reconnaître aussi [u'il avait fait quelque bien. Évidemment la résolution TÂrcadius commençait à chanceler. Voyant que, loin le l'écouter, les soldats redoublaient de cris et de nenaces, il se mit à fondre en larmes, demandant prâce pour son ministre, comme il l'eût fait pour ai-même. Les soldats alors se laissèrent fléchir*. Tel ùt l'incroyable spectacle que présenta le palais im- )érial durant cette soirée avant le départ de l'évéque.
Ces dramatiques incidents se passaient un samedi; 'évêque devait célébrer le lendemain les saints mysires et parler au peuple suivant l'usage. Or de quoi l'entretenir sinon de l'étrange catastrophe qui occu-
1. Affluente excrcitu et concitato ob ejus crimina, depQSceoteque hominem ad supplicium. Chrysost., in Eutr,, 4.
2. Longam habuit orationem... Guin autem illi de intègre urgerent ^ Tindictam Isesi Imperatoris, clamantes, exsilientes, ad mortem deposcentes, hastas vibrantes, tum vero ne a lacrimis quidem clemen- ^simis suis oculis temperans, œgre tandem iram eorum sedavit. Chrysost., in Eutr., 4.
pait tous les esprits, et des marches du trône était venue, comme sous la main de Dieu, aboutir à celles du sanctuaire? Fatigué des émotions de la journée, Ghrysostome eut à peine le temps de méditer sur un si grand sujet; cependant le lendemain matin il était prêt. La basilique, dès le point du jour, commençait à se remplir d'une foule curieuse, passionnée, avide d'émotions : les femmes quittaient le gynécée de leur maison, les vierges l'appartement secret où elles étaient confinées près de leur mère; hommes, désertant les places publiques ou l'amphithéâtre, tous accouraient à ce drame de la fragilité des grandeurs humaines comme à une représentation scénique^ L'église, avec ses nefs, ses tribunes, ses portiques, se trouva bientôt encombrée de monde. « La solennité de Pâques, disait Chi7sostome, en avait à peine réuni autant*. » Des sentiments divers agitaient cette foule, composée de gens de toute classe; mais la haine d'Eutrope dominait à tel point qu'on put craindre un retour de violence contre le sanctuaire. Il s'éleva même d'amères récriminations contre Tévêque, qui couvrait le scélérat d'une protection imméritée ^ Partout sur les visages éclatait cette joie vulgaire que produit chez les petits la chute inopinée des grands.
1. Virgines thalamis, et mulieres gynaeceis desertis, et vin foro vacuo relicto, univcrsi hue concumstis. Chrysost., in EiUr,, 3.
2. Nec minorem nunc video populi frequentiam, quam in sacra Paschœ cclebritate. Chrysost., in Eutr., 3.
3. Multi sunt e nostris adco iahumani, ut nos etiam incasent, qui eum sacrario exceperimus. Chrysost., in Eutr., 3.
Quant àChrysostome, une seule pensée Tabsorbait, celle du triomphe de l'Église sur les puissances de la terre, et il y joignait Torgueil d'avoir été choisi d'en haut pour instrument de ce beau triomphe. Telle était la signification religieuse des faits qui se déroulaient sous ses yeux : ce fut le thème de son discours. Eutrope n'était point pour lui un ennemi personnel, mais un ennemi de l'Église ; il n'était point non plus un de ces obscurs misérables envers qui la charité commune ordonne l'oubli; c'était un grand coupable, entouré del'éclatdu monde, qui avait osé méconnaître les droits de Dieu, que Dieu avait renversé dans sa colère, et à qui, pour dernier châtiment, le prêtre allait infliger, du haut de sa chaire, l'humiliation du pardon. Tel est le point de vue où il faut se placer pour bien comprendre la scène qui va s'ouvrir, et qui donna lieu chez les spectateurs eux-mêmes à des appréciations trèsdiverses ^
On pourrait croire que l'évêque avait voulu seconder l'effet de sa puissante parole par un appareil un peu théâtral, car à l'instant où, monté sur l'estrade qui lui servait de chaire, il commandait le silence d'un mouvement de sa main, le voile du sanctuaire s'ouvrit, et l'auditoire aperçut Eutrope. L'ancien ministre était agenouillé presque sous l'autel, qu'il enlaçait de ses bras, pâle, couvert de cendres, et si tremblant qu'on pouvait entendre en quelque sorte le claquement con-
1. Calumniam non mediocri accessione auxit oratio ab illo habita contra Eutropium eunuchum... Visus est a se quorumdam animos alienare, quod hominem adversa utentem fortuna non modo miseratus non esset, sed etiam corripuisset. Socrat., ti, 4.
vulsif de ses dents^ Profitant de Témotion produite par ce spectacle inattendu, Tévêque commença ainsi :
« C'est en ce moment plus que jamais qu'il est permis de dire avec le sage : Vanité des vanités, tout est vanité! Où donc est maintenant la splendeur du consulat? Où est réclat des lampes et des torches? Où sont les applaudissements et les chœurs de danse, les festins et les joyeuses assemblées? Où sont les couronnes et les magnifiques tentures? Les rumeurs flatteuses de la ville, les acclamations du cirque, les adulations des milliers de spectateurs, où sont-elles? Tout cela a passé. Le vent, soufflant tout à coup, a balayé les feuilles, et nous montre Tarbre nu, ébranlé jusque dans ses racines : si violente a été la tempête, que toute force a été brisée en lui, et qu'il va tomber*. Où sont les prétendus amis?Où est l'essaim des parasites? Et les tables chargées de viandes, et le vin bu à la ronde pendant des journées entières, les raffinements variés des cuisiniers, le langage souple des serviteurs de la puissance : qu'est devenu tout cela? Un rêve de la nuit qui s'évandhit au jour, une fleur du printemps qui se fane à l'été, une ombre qui passe» une fumée qui se dissout, une bulle d'eau qui éclate, une toile d'araignée qui se
1. Episcopus igîtur, dum Eutropias sub mensa altaris Jaceret meta perculsus, sedens ia ambooe unde etiam antea conciooari solebat... Socrat., VI, 5.
2. Tantaque vis venti impacta est, ut cum nervos ejus anivenos concassent, tum ipsam fuoditus prosternere mioetur. Ghrysost., in Eutr»f i.
déchire ^ — Aussi disons, disons toujours : Vanité des vanités, tout est vanité! Inscrivez ces mots sur vos murailles, sur vos vêtements, sur vos places, dans vos rues, sur vos maisons, sur vos fenêtres, sur vos portes ; inscrivez-les surtout dans vos consciences, afin qu'ils se représentent incessamment à votre pensée. Répétezles à dîner, répétez-les à souper, que dans les assemblées du monde chacun les répète à son voisin!... Vanité des vanités, tout est vanité ! »
Se tournant alors vers Eutrope, il continua :
« Ne te disais-je pas sans cesse que la richesse est fugitive? Tu ne m'écoutais pas. Ne te disais-je pas : Elle est de la nature des serviteurs ingrats, qui ne songent qu'à s'échapper? Tu ne m'as pas voulu croire. Et pourtant l'expérience fa démontré qu'elle n'est pas seulement chose fugitive et ingrate, mais meurtrière, car elle te fait pâlir et trembler. Ne te répétais-je pas quand tu t'irritais contre moi, qui te disais la vérité : « Je suis plus ton ami que ceux qui te flattent? » Et f ajoutais que les blessures que fait celui qui aime valent mieux que les baisers trompeurs de celui qui hait. Si tu avais sagement supporté mes blessures, les baisers des autres ne t'auraient pas perdu : mes blessures, à moi, donnent la santé; leurs baisers, la mort^ Où sont main-
1. Omnia illa nihil nisi nox et somnium fuerunt, et appetente die «vanuerunt : flores fuerunt verni, et vere exacte emarcuerunt omnia : umbra erant et prseterierunt : fumus erant et soluta sunt : bullse erant et dirupta sunt : araneae erant et lacerata sunt. Ghrysost., in Eutr,, 1.
2. Mea vulnera sanitatem Itfferunt, illorum oscula morbum imme- ^cabilem... Ghrysost., in Eutr., 1.
tenant les échansons? Où sont ces armées d'appariteurs qui écartaient la foule devant toi pour proclamer en tous lieux ta toute-puissance? Ils ont déserté à l'ennemi, et ils renient ta faveur, cherchant leur propre sûreté dans tes périls. Je n'ai point agi ainsi; quoique tu me supportasses à peine, je ne t'ai point abandonné, et maintenant dans ta chute je suis le seul à l'apporter appui et soulagement. Tu combattais l'Église, et l'Église a ouvert ses bras pour te recevoir. Tu aimais au contraire, tu favorisais les théâtres, et les théâtres t'ont trahi : aujourd'hui ils demandent ta tête. Quand je te répétais jusqu'à satiété : « Pourquoi agir ainsi? pourquoi te lancer en furieux contre l'Église et te précipiter de gaieté de cœur à ta ruine? » tu haussais les épaules et courais au cirque : le cirque, à qui tu prodiguais tout, a aiguisé le glaive qui te perce; l'Église, que tu persécutais, n'a qu'un souci aujourd'hui : te tendre la main dans ta détresse et te sauvera
(( Ce que je dis là, ce n'est pas pour insulter un homme abattu, mais pour prémunir et fortifier ceux qui sont encore debout 2; ce n'est pas pour exaspérer les plaies d'un blessé, mais pour garantir la santé à ceux qui n'ont point de blessures; ce n'est pas pour enfoncer sous les flots celui qui se noie, mais pour avertir ceux
1. Tu hxc omnia mooita negligenter prsetercurrebas ; circensî autem multitudo, exhaustis in se tuis facultatibus, gladium in te acait; Ecclesia vero, tuo furore exagitata, ultro citroque cursitat si quo pacto te ex bis casibus implicitum extricare queat. Gbrysost., m Eutr,, i,
2. Non quo prostrato insultem, sed quod eos qui adhuc stant, tutîores reddere cuplam. Chrysost., in Eutr., 2.
qui naviguent le vent en poupe, leur signaler les écueils, et tracer la route à leur navire...
(( Qui fut jamais plus grand que cet homme? Nul dans le monde entier ne pouvait prétendre à sa richesse; aucun honneur ne lui manquait, il en avait atteint le faîte; on Tenviait, on le redoutait, et voilà qu'il est devenu plus misérable que le captif chargé de fers, plus dénué que l'esclave, plus indigent que le mendiant affamé I II n'a devant lui à toute heure que glaives affilés, bourreaux, précipices affreux, tortures où s'éteint la vie des hommes. Et ce n'est pas le souvenir de ses voluptés passées qui l'occupe et entretient ses visions : ce qui lui apparaît incessamment, c'est le supplice sous toutes les formes, la mort avec toutes ses horreurs \ Mais pourquoi chercher à vous émouvoir par des peintures imaginaires? Ne le voyez-vous vous pas vous-mêmes là-bas, sous l'autel? Lorsque hier on voulut l'en arracher par la force, il s'y cramponnait, plus serré que s'il y eût été rivé par une chaîne, plus livide que le buis, plus pâle qu'un cadavre, et il vous donne encore le même spectacle ^ Voyez comme ses dents claquent, comme son corps tremble, comme sa voix sanglote, comme sa langue est paralysée par la frayeur!' Ce n'est plus un être vivant, c'est une statue dont Tâme a pris le froid et la rigidité de la pierre^.
1. Per singulos dies gladios prse oculis habcns in se exacutos, et barathraetcarnificeSfBt viam quseadsupplicium ducit. ChrysosU, in Eutr.^'i,
2. Abaque vincalis columnse huic hœrentem... Chrysost., in Eutr.y 4.
3. Qaid nostris verbis opus est, cum ipsius calamitatis imago ob oculosnostros versetur?...Dentium arietatio,tremor totiuscorporis, voxsingoltiensetlinguatitubans, in summatalis habitus, qualemopportebat hal^'Oftoimam, quœjammetuutlapidesobriguisset. Chrysost., inEtUr., 2.
« Non, je le répète, je ne veux point par mes paroles insulter à son infortune; ce que je veux, c'est vous toucher, c'est vous montrer qu'il souffre, afin que ses souffrances vous suffisent et que votre cœur soit amolli. Je sais qu'il est parmi vous des hommes si peu charitables qu'ils me reprochent à moi d'avoir reçu ici cet homme, et qu'ils me l'imputent à crime; mais, dis-moi, mon ami, — toi qui m'accuses, — qtte peux-tu reprendre dans mon action*? — Il attaquait l'Église. — Oui, mais il s'y est réfugié. Glorifions plutôt, glorifions Dieu d'avoir permis qu'à ce terrible instant l'ennemi de l'Église en ait reconnu la puissance et la miséricorde : la puissance, parce qu'elle l'a vaincu dans la lutte qu'il osait rêver; la miséricorde, parce qu'elle a étendu sur lui ses ailes après la victoire. Estil un trophée plus éclatant que la présence de ce coupable dans cettQ enceinte, plus propre à faire rougir les juifs et les païens? Un homme combattait l'Église, il niait, il violait les immunités du sanctuaire; il tombe, ^t voici que cette mère très-aimante le cache sous son voile et se jette entre lui et le ressentiment de l'Empereur et la fureur de la multitude. Respectez Eutrope dans son asile; il est là-bas le plus bçl ornement de l'autel !
« Un ornement, allez-vous vous écrier, cet homme avare, rapace, injuste! ce scélérat qui voulait attenter à ces mêmes autels en serait l'ornement I — Ohl taisez-vous ; lorsque la courtisane impure a pu baiser
1. Die mihi, qussso, dilecte^ quid est quod indigne fers? Dices : <2uia in ecclesiam confugit. Chrysost., in Eutr., 3.
es pieds du Christ, ne répétez pas cela^ Le cruciîé, dont nous sommes les serviteurs, n'a-t-il pas dit ui-méme à son Père : « Pardonnez- leur, car ils ne «yent ce qu'ils font? » Mais, ajouterez-vous, il a fermé ui~méme cet asile et abrogé par sa propre loi le Mirdon qu'il implore! — Sans doute; mais Tinviola- }ilité de cet asile, il la rend plus forte et plus manifeste par son action même. L'Église est comme les rois, iont la majesté est moins grande s'ils sont assis tranpiillement sur un trône, la pourpre aux épaules et le liadëme au front, que s'ils se montrent à nous debout, e pied levé, foulant la tête des ennemis qu'ils ont vaincus ^ »
Chrysostome termina en invitant le peuple à se *endre avec lui au palais, après la célébration des saints onystëres, pour y solliciter la grâce d'Eutrope, et « dé- M)ser^ comme il disait, aux genoux du prince trèsdément les moissons dorées de la miséricorde^ » L'aulitoire n'obéit point à cette exhortation, que le reste du liscours avait assez mal préparée. Ëutrope resta plusieurs jours renfermé dans l'église comme dans une prison, puis il disparut subitement, et Ton apprit que, conduit au port sous bonne garde, il avait été déposé
i. Quandoqaidem et meretrix ipsius Christi pedes contigit obscena illa et impura... Chrysost., in Eutr,, 3.
S. Non tantum decus regisa effigiei contingit, si rex solio sedeat purporatus et diademate cinctus, quantum si sub pedibus quoque fegiis Barbari, manibus post terga revinctis, proni jaceant. Chrysost. «nJBtrtr.,3.
3. flaventes commiserationis spicas prœferentes. Chrysost., in -Btrtr,, 5.
dans un navire partant pour l'Ile de Chypre^ Le bruit se répandit aussitôt que Ghrysostome l'avait livré pour complaire à l'Impératrice, et quoique une pareille calomnie répugnât à l'évidence, qu'elle fût en contradiction flagrante soit avec le caractère personnel du prêtre, soit avec le rôle de protecteur des immunités ecclésiastiques qu'il avait adopté dans cette affaire, le mensonge s'accrédita tellement dans Constantinople que Ghrysostome sentit le besoin de se justifier. Il le fit par un sermon que nous avons encore, où il prend pour texte ce passage significatif du psaume quarantequatrième : « La reine s'est assise à la droite du roi. » — « Qu'on ne vienne pas me dire, s'écria-t-il avec indignation, que si cet homme a été trahi, c'est la perfidie de l'Église qui l'a livré : sll n'avait pas abandonné l'Église, il n'eût pas été trahi. — N'allez pas me dire : « C'est parce qu'il s'est réfugié ici, qu'il a été trahi; non, non, l'Église ne Ta pas abandonné, mais il a abandonné TÉglise ; il n'a pas été trahi dans les entrailles du sanctuaire, mais hors des limites de l'Église, parce qu'il s'est soustrait à sa protection '. »> On si^t plus tard qu'attiré par les promesses des agents de la cour, Eutrope s'était remis entre leurs mains, et qu'après l'avoir effrayé sur les mauvaises dispositions du peuple et des soldats, ces agents s'étaient engagés par serment, au nom de l'Empereur, à ne pas toucher un cheveu de sa tête, s'il se laissait conduirai