Zosim., V, 18, — Sozom., vm
3. Nec cnim se cum alio quoquam, praeter ipsum, coUocuturum. Zosim., v, 18.
cette demande sans raison, le palais fut dans le plus grand trouble.
L'Impératrice, blessée dans son honneur ou dans son affection, dut combattre avec un redoublement d'énergie la lâche idée de céder à de si cruelles fantai* sies. Arcadius pourtant balançait, quand ces trois hommes, pour éviter à FEmpire et à FEmpereur la dernière des hontes, et s'inspîrant de leur nom de Romain, prirent un parti digne des vieux temps de la République. Traversant le Bosphore sur une barque, k l'insu de tout le monde, ils débarquèrent sur la côte à quelques milles de Chalcédoine, et envoyèrent prévenir Gainas qu'ils se remettaient eux-mêmes en son pouvoir ^ Le Barbare les fit amener chargés de chaînes, sous sa tente, où il les reçut en présence du bourreau. Tout ce qu'on peut endurer de tortures morales, d'insultes, de menaces, ces trois hommes l'éprouvèrent; Gainas leur fit savourer à plaisir Pavant-goût de la mort, puis il ordonna à l'exécuteur de les frapper. Celui-ci s'avança vers eux le glaive nu et la fureur dans les yeux; puis se radoucissant tout à coup, il se contenta de leur tirer un peu de sang en leur écorchant la peau avec la pointe du fer*. Cette féroce plaisanterie achevée, Gaïnas retint dans son camp les trois Romains, qui restèrent ses prisonniers.
Débarrassé de trois conseillers dont il redoutait à bon droit la fermeté, Gaïnas revint à la charge, et
i . Procul a Chalcedone... Barbaro obviam processerunt, parati perpcti quidquid illi placuisset. Socrat., yi,6.
2. Quumque Gainas... eis gladium admovisset, eatenus tamen, ut cutem tantummodo stringeret : satis habuit. Zosim., v, 18.
somma l'Empereur pour la dernière fois de se rendre à Ghalcédoine, afin d'y conférer avec lui. A proximité des murs de la ville, près du rivage, s'élevait une église dédiée à sainte Euphémie martyre ; ce fut le lieu désigné pour l'entrevue, et les deux parties s'engagèrent, sous serment, à ne se point dresser mutuellement d'embûches^ Arcadius arriva comme il avait été convenu, et Gaïnas lui signifia de vive voix ses conditions : il voulait le généralat suprême des armées de l'Empire; infanterie et cavalerie, troupes romaines et troupes barbares *; en un mot, il voulait ce que possédait Stilicon en Occident, ce qu'il avait ambitionné avant et depuis la mort de Rufin, ce qui en réalité était tout le gouvernement avec un prince enfant comme Honorius, ou imbécile comme son frère. Ce dernier accepta tout et signa la paix avec son général révolté. La première conséquence fut de livrer Constantinople aux Goths, ainsi que la Thrace et la Gbersonèse, où l'on échelonna leurs troupes. Des navires romains, unis à une flottille barbare que Gaïnas s'était construite pour ses expéditions, amenèrent successivement de l'autre côté du Bosphore les divisions de Tarmée rebelle, et la métropole de l'Orient prit l'aspect d'une ville conquise ^
Le généralissime Gaïnas ne fut pas plutôt installé
1. Juramentis invîcem praestitis confirmarunt, neutrum alteri iosidias structurum esse. Socrat.,vi, 6. — Zosim, v, 18. — Sozom., viii, 4.
2. Equestris ac pcdestris militio; magister ab Imperatore factus. Sozom., vïii, 4i — Theodorit., v, 31.
3. Placuit Gainam et Tribigildum ex Asia in Europam transvehi. Zosim., V, 18. — Constantinopolim trajccit. Sozom., yili, 4.
2/i4 RÉCITS DE L'HISTOIRE ROMAINE
à son poste, que de nouvelles difficultés surgirent; elles naissaient chaque jour plus vives et plus imprévues. Ainsi il voulut que l'Empereur cédât une des églises de la ville à ses Goths, qui étaient ariens, et qui, en vertu des lois de Théodose sur l'exercice du culte chrétien, ne pouvaient avoir d'église dans l'enceinte de Constantinople, réservée aux seuls catholiques. « Que signifient cette humiliation et cette géne^ ? disait Gainas. Les catholiques sont-ils plus braves que nous? défendent-ils mieux l'Empire? sontils des serviteurs plus attachés au prince? » Arcadius lui objectant que telle était la loi, Gaïnas répliquait avec colère que, si la loi était mauvaise, il fallait la changer, et qu'un César pouvait bien défaire ce qu'un autre César avait fait. A bout de raisons, Arcadius renvoya le Barbare à Chrysostome : « Entendez-vous ensemble, lui dit-il, et ce qui sera décidé entre vous, je le ferai. »
Gaïnas à toutes ses prétentions désordonnées mêlait celle de la théologie, et il sç portait pour l'apôtre de Tarianisme depuis qu'il avait soutenu contre saint Nil une discussion sur la question fondamentale du dogme arien, la ressemblance et non l'identité de substance dans le mystère de la Trinité,et qu'il se Qattait d'avoir battu son adversaire Ml consentit donc à une conférence avec le célèbre évêque de Constantinople, qu'il attendit de pied ferme, armé de tous ses arguments ;
1. Injustum enim ac prseterea indecoram esse querebatur Sozom., viii, 4.