Oscula libabat, teque ad sua tecta ferobat
Claud. , Laus Serenœ reg, , y. 99.
croyance au merveilleux et sous un gouvernement électif. Un ambitieux payait un magicien ou un philosophe, — métiers qui se confondaient en beaucoup de points, — pour avoir le secret de Tenfer sur la vie et la mort du César régnant; Fenfer répondait ce que souhaitait lé consultant, si celui-ci était riche et libéral, et il se trouvait aussitôt assez d'hommes crédules ou intéressés pour organiser un complot. Quelquefois c'était un parti politique ou religieux qui interrogeait le sort par les mêmes moyens, afin de compromettre dans sa cause un personnage influent, mais sans ambition, et l'obliger à conspirer du moins pour sauver sa vie. Ce dernier cas était celui qui se présentait alors.
Un des grands officiers du palais, nommé Théodore, citoyen d'une des provinces gauloises, homme opulent, instruit, populaire, fut Tobjet d'une consultation magique faite à son insu par les philosophes les plus accrédités du parti païen. Païen lui-même et païen convaincu, mais fidèle à ValensS Théodore avait refusé de prendre couleur dans les complots que ses coreligionnaires méditaient sans cesse pour faire passer l'Empire à quelque nouveau Julien; toutefois il se trouva pris malgré lui. Une incantation accomplie dans la forme la plus solennelle, au moyen de l'anneau magique, par Maxime, ami de Libanius, et en présence d'un grand nombre d'adeptes, donna le résultat suivant* : Fanneau, suspendu à un fil au-dessus d'un alphabet
i. Gentilem, sed egregium alioqui yirum. Sozom. , yi, 35: — Amm. liarc.^ XXIX, i, 8.
2. Amm., xxix, 1, 42. — "Eunap., Vitœ philosoph,, p. 61. Ed. Boiss.
grec, placé lui-même sur un trépied de bois de laurier\ se mit en mouvement sur Tordre du prêtre, et dans ses bonds irréguliers s'arrêta sur les quatre lettres e, 8^ 0^ ^^ correspondantes aux caractères latins Theod, C'était la première syllabe du nom de Théodore ; le démon s'arrêta là, mais il en avait dit assez '• Porté de conciliabule en conciliabule par les polythéistes, le bruit de la consultation arriva aux oreilles des chrétiens et bientôt à celle de l'Empereur.
Théodore eut beau protester de son innocence, il fut condamné à mort comme coupable du crime de lèsemajesté. On fit main basse aussi sur les auteurs du maléfice ; on saisit les livres de magie pour les jeter au feu, on poursuivit tous ceux qui usaient d'enchantements ou de recettes surnaturelles contre les maladies; on alla plus loin, et comme les chrétiens n'étaient guère moins crédules, que les païens en fait d'opérations magiques, Valens, persuadé que le démon avait véritablement parlé et désigné son successeur, fit rechercher tous les hommes de quelque importance dont le nom commencerait par les fatales lettres. Malheur à qui dans l'Empire d'Orient s'appelait Théodat, Théodule ou Théodoret : il était soumis à l'inquisition la plus redoutable; sa tranquillité, sa fortune, ses jours, étaient en danger. Cette persécution remplit de
1. Tripodem ligneum ex lauro fabricarunt et inyocationibos ac verbis solemnibus consecrarunt. Sozom. , vr, 35.
2. Qui cum magica quadam incantatione usi essent, dsemon, ut solet, non aperta, scd obliqua qusedam rosponsa dédit : quatuor dontaxat ostensis litteris, ©, e, o,^. Socrat. , iv, 19. — In tripode scriptas litteras, e et e et o, et prseter eas a apparaisse. Zosim., iv, 13.
ses calamités toute Tannée 374, et se prolongea même durant les années suivantes ^
Théodose, Occidental, au service de Valentinien II et de Gratien dans les armées rhénanes ou danubiennes, échappait à la juridiction de l'Empereur d'Orient; cependant la haute position de son père, généralissime en Afrique, et sa gloire naissante lui ayant suscité beaucoup d'envieux, il put craindre qu'on abusât de son nom pour le perdre. Aussi, lorsqu'on 376, le père, victime des haines de cour, eut été décapité à Garthage, le fils reçut l'avis prudent de se retirer en Espagne, où il alla vivre dans un exil volontaire*. G'est pendant ce temps que se passa le fait dont j'ai à parler maintenant.
Rentré dans sa patrie près de son frère, Théodose avait repris, avec son affection paternelle pour Sérène, l'habitude de ses anciens jeux. Un jour qu'il la soulevait dans ses bras et voulait l'emporter comme à l'ordinaire, l'enfant, déjà grande et d'humeur rétive, cette fois refusa de partir. Tout en se débattant contre rétreîntede son oncle, elle s'écria avec une sorte d'exaltation : (( Gelui-là doit donc toujours commanderai » Et l'enfant se servit de l'expression imperare, consacrée pour désigner le gouvernement des Césars. Ges mots et le ton dont ils étaient prononcés durent produire sur les assistants l'effet de la foudre, car on se les rappelait encore au bout de vingt ans. On apaisa l'enfant,