‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 148 sur 251 · Imper at hic semper · texte numérisé non relu

Imper at hic semper

Claud., Laus Serenœ reg,^ v. 102.

on se tut, on attendit, et lorsque Théodose, rappelé par Gratien après la mort de Valens, reçut du jeune Empereur, en 379, la couronne de l'Empire d'Orient, on crut Toir Taccomplissement d'une prophétie domestique. Sérène put passer dès lors dans l'intérieur de la famille pour une enfant extraordinaire, une fllle fatidique, en confidence de secrets avec le ciel.

Quand son père mourut. Théodose la fit venir à €onstaotinople, où son éducation s'acheva sous les professeurs les plus fameux. Les lettres grecques et latines lui devinrent assez familières pour qu'elle fût plus tard la meilleure institutrice de ses filles. L'âge développa chez elle une beauté mâle, des traits réguliers, une taille majestueuse ; elle était blonde, quoique Espagnole^ : à cet extérieur, qui dénotait la force, se joignait un esprit ferme et résolu et des goûts sérieux jusqu'à l'austérité. Les lectures graves lui plaisaient pardessus tout : ce qu'elle admirait enfant et se proposait d'imiter plus tard, c'étaient les héroïnes de l'histoire romaine, ces grandes matrones, qui' dominent à ses commencements l'épopée des sept collines, Lucrèce, Camille, Virginie. Les héroïnes de la poésie l'attiraient moins : elle dédaignait Hélène, et, loin de pleurer comme Augustin sur les tendres malheurs de Didon, elle n'excusait de celle-ci que sa mort*. Voilà comment nous la représentent les contemporains.

Théodose trouva dans cette âme si bien trempée les

i. Nunc flavam niyeo miratar vertice matrem.

Claud. , de Nupt, Honorii et Marias, v. 242. 2. ... damnas Helenen, ncc parcis Elissœ.

Claud. , Law Serenœ, v. 148

soins d'une conseillère discrète, en même temps que la sollicitude d'une fille dévouée. Ce prince si éminent dans le bien, et toujours si près du mal quand la colère ledominait, avait besoin d'une main amie qui le retint sur le bord de l'abîme où il a laissé une partie de sa gloire. Sa femme Flaccille accourait la première, et là où elle avait échoué, Sérène pouvait encore être écoutée. € Elle savait, nous dit le poète qui connut tous leurs secrets, elle savait par de douces paroles guérir son esprit malade, et dé tourner, par leurs entretiens pleins de charmes et de sens, des transports furieux près d'éclater ^ » Plus d'une fois ainsi elle rendit Théodose à lui-même, en dépit des ministres pervers qui l'égaraient en luimontraut ses offenses personnelles toujours mêlées à la cause de Dieu. Ce ministère de paix et de raison fut pendant de longues années celui de Sérène vis-à-vis de son père adoptif , Après le second mariage de Théodose, elle servit de mère aux enfants du premier lit; on raconte même que, dans Thiver de 395, elle traversa les Alpes par un froid rigoureux, réchauffant sur son spin le jeune Honorius, que Théodose appelait à Milan pour le couronner Empereur d'Occident ^ Son affection n'était pas moindre pour Arcadius ; l'histoire lui rend ce témoignage, qu'à toutes les époques elle

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