Ipsa per lUyricas urbes, Oriente rclicto
Ire Serena comcs, nuUo detorrita casu, Materna te mente fovens...
Giaud., de Sexto consul, Honorii, \, 92 et seqq.
s'employa activement pour calmer entre les deux frères les rancunes et les haines que tant d'autres s'employaient à exciter \
Sérène pouvait choisir un mari dans toute la jeunesse patricienne : elle accepta, des mains de son oncle, Stîlicon, chez qui perçaient les indices de la plus haute fortune, et en épousant ce Vandale, elle crut se donner au plus distingué des Romains. Elle Taima d'un amour enthousiaste que rien n'altéra jamais; mais ce fut entre eux surtout un échange de bons services et de gloire. Si, par son intervention habile, elle assurait à son mari la constante faveur du prince et rendait sa fortune inébranlable, elle recevait de lui en retour l'éclat, dont elle était avide, la puissance, qu'elle ne convoitait pas moins. Stilicon, entraîné dans quelque expédition lointaine, était-il attaqué à la cour, elle veillait sur lui du fond du palais, dévoilait les impostures, confondait les calomniateurs, et le faisait redouter même absent. Dans les jours de péril ou d'inquiétude pour ce mari si cher, on la trouvait au pied des autels, priant avec larmes, le front contre terre, et balayant de ses longs cheveux le pavé du temple*. Si grand honneur que fissent rejaillir sur elle et la régence d'Occident léguée à Stilicon et les fiançailles de sa fille Marie avec le jeune maître de l'Empire, son ambition n'était pourtant satisfaite qu'à demi; elle méditait un second mariage entre son fils Euchérius et la jeune Galla
1. Amborum principum concordiam servare voluit. Zosim., v, 29.
2. Numiuibus votisque vacas, et supplice crine Verris humum...
Glaud. , Lai^, Serenœ v, 224, 225.
Placidia, issue du second lit de Théodose, afin que la couronne impériale restât dans sa famille à tout éyé* nement\
Euchérius, né en 389, avait alors tout au plus neuf ans et Placidie n'en comptait guère davantage. Tout ce qu'il y avait à Rome de professeurs illustres, de philosophes en renom, se pressait autour de ce jeune homme pour le rendre digne de son père et de son aïeul, et Claudien peut-être lui donna les premières leçons de poésie. Jamais prince né sous la pourpre ne fut Tobjet de tant d'adulations et d'espérances. Le peuple s'intéressait à lui comme à un maître futur de ses destinées ; on aimait à le voir, au champ de Mars, maîtriser de sa faible main un coursier fougueux ou forcer un cerf dans la plaine ; mais toutes ces admirations n'allaient point au cœur de Placidie. L'altière jeune fille, qui pour longtemps ne devait connaître d'autres passions que l'orgueil et la haine, s'irritait à ces empressements comme à une insulte pour son propre sang, et confondait dans une même colère.et le père et la mère et ses sœurs futures, et l'enfant compagnon de ses jeux*.
Trois ans s'étaient écoulés depuis les fiançailles d' Honorius et de Marie, célébrées au lit de mort de Théodose ; les deux jeunes gens avaient grandi l'un près de l'autre, et Honoriiis touchait à sa quatorzième année, époque de la majorité des Césars. Plus tourmenté par son
1. Nam domus hsec utroqae petit diademata sexu, Rcginasque parit, reginarumque maritos.
Glaud., de Laud. Stilich., ii, v. 360, 361.
2. J'ai raconté l'histoire de Placidie dans le volume de mes Récits intitulé : Placidie, — Le Démembrement de r£mpire.
imagination que par ses sens, — la suite ne le prouya que trop, — il réclamait ayec ardeur la conclusion d'un hymen dont rengagement remontait déjà si loin^ Sérène n'était pas moins impatiente de joindre à tous ses titres celui de mère de Tlmpératrice, et quant à Stilicon, il sentait Je besoin de relier à la chaîne du gendre celle du pupille, qui allait bientôt se briser. Tout le monde fut donc d'accord pour hâter le mariage avant que les quatorze ans d'Honorius fussent accomplis.
Les circonstances politiques conseillaient d'ailleurs ce parti : Texpédition d'Afrique contre Gildon venait de commencer avec des chances incertaines; Alaric affichait une attitude de plus en plus hostile en lUyrie, et le régent pouvait être amené par les événements à se porter de sa personne vers un point ou vers l'autre; or l'Italie voyait dans la consolidation de son pouvoir par la plus haute des alliances un gage de force au dehors et de sécurité pour elle-même. Par ces motifs, on fixa à la fin de janvier ou au coujmencement de février 308 les noces d'Honorius, qui eurent lieu à Milan, où le prince venait d'ouvrir son quatrième consulat, et d'où sont datées toutes les lois de cette année. Glaudien fut chargé de l'épithalame.
Ce serait une bonne fortune pour nous assurément que d'avoir le programme d'une noce impériale célébrée au iv« siècle sous la direction de Sérène. Un poëte vulgaire, Corripus, par exemple, nous l'aurait donné dans ses moindres détails; mais Glaudien faisait de