‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 16 sur 251 · Zositn., iv · texte numérisé non relu

Zositn., iv

et Gonstantinople n'était rien qu'une ville grecque.

Gratien, en remettant a^x mains de Théodose Tlllyrie orientales alors envahie par les Goths, avait eu pour but une meilleure organisation dé la défense autour de Gonstantinople : c'était pour lui, suivant toute apparence, un simple arrangement temporaire ; mais Théodose, mû par des considérations d'un ordre plus élevé, voulut rendre l'arrangement définitif. Lorsque, sur son lit de mort, il régla les parts de ses deux enfants dans l'univers romain et le domaine qui serait attaché à chacune des métropoles, il comprit Tlllyrie orientale dans le domaine de Gonstantinople et dans le lot d'Arcadius*. De cette façon, la Macédoine, les deux Épires, la Thessalie et TAchaïe se relièrent militairement aux provinces du bas Danube, qu'elles touchaient par la chaîne de l'Hémus, et les deux Grèces, soumises à une administration commune, n'eurent plus entre elles d'autre barrière que la mer Egée.

Ges raisons, si bonnes qu'elles fussent, ne pouvaient convaincre les Occidentaux. Rome ne vit dans une mesure de sage politique qu'une vengeance de Théodose; Honorius se crut lésé au profit de son frère, et StUicon, cédant au courant de l'opinion populaire, laissa percer le désir que la séparation ordonnée par l'Empereur défunt ne s'accomplît pas. Toutefois nul n'osa résister ouvertement en face de ce cadavre qui imposait le respect. Théodose régnait encore, sous le linceul ,

1. Sozomen., vu, 4, ap. Valesii Scriptor, hisL eccL, t. II, Par., •1668.

2. Theodosius, Italiae populis et Hispanis et Celtis et universa prseter hsec Africa, HoaorÎQ trf^itis.t. Zosim., iv, 59.

ROME ET CONSTANTINOPLE il

comme si son épée n'eût pas été enchaînée par la mort.

La trêve ne dura pas longtemps, grâce aux ministres, qui furent les premiers à la rompre. Théoflose, si grand par le cœur, manquait d'une des principales qualités du souverain, le discernement des lioinmes. Quand il aurait pris à lâche d'installer la discorde ellemême entre les trônes de ses fils, il n*y pouvait mieux réussir qu'en leur donnant pour tuteurs Stilicon et Rufiû. Rien de plus dissemblable en effet que ces deux personnages, fatalement rapprochés par la poursuite d'un but commun, la puissance. Le prince, qui avaitsu en faire des instruments utiles, en les dominant par l'ascendant de son génie, ne songea pas assez que leurs talents mêmes, leur haine mutuelle et leur autorité sans contre-poids, pouvaient amener après sa mort ou l'asservissement de ses fils, ou le bouleversement de son Empire.

Le régent d'Orient, Rufin, était un Gaulois né dans la ville d*Élusa, aujourd'hui ÉauseS au pied des Pyrénées, sous ce ciel aquitain qui semblait déjà souffler sur ses enfants Fesprit d'aventure et d'ambition. Monté de la plus basse à la plus haute condition par la seule force de son intelligence, à la fois audacieuse et déliée, opiniâtre et souple, libre d'ailleurs de tout scrupule de conscience, Rufin nous donne le modèle accompli de l'aventurier romain à la fin du iv« siècle. S'il fallait en croire une tradition empreinte évidemment des exagérations de la haine publique, l'échoppe d'un cordonnier misérable^

Page 1