Gruter, p. 412, num. 3 et
consuP. C'était une nouveauté à laquelle TEmpereur , voulut bien consentir; mais il ne quitta point Milan. Rome avait donc recouvré à demi le droit d'inaugurer rentrée en charge du consul. Si faible que pût sembler la conquête, elle n'en était pas moins un grand événement par ses conséquences possibles, et les magistrats appelèrent Claudien pour la célébrer. Le poëte et son protecteur ne s'étaient pas rencontrés dans les murs de la Ville éternelle depuis cinq ans, c'est-à-dire depuis les jours d'abaissement et d'effroi qui avaient suivi pour les vieux Romains la défaite de la Rivière- Froide; ils s'y retrouvaient dans un moment de joie et d'espérance. Claudien avait à chanter à la fois les deux idoles de sa muse, Stilicon et Rome, et jamais sa lyre patriotique, animée par l'admiration, ne fit entendre de plus nobles et plus fiers accents.
Nous avons son panégyrique développé et refondu dans le poëme des Louanges de Stilicon. Claudien s'y place lui-même avec le juste orgueil du poëte etda soldat; le rôle qu'il' se donne est celui d'Ennius, soldat et poëte sous un autre héros. « Lorsque Scipion, dit-il, parcourait le monde de victoire en victoire, Ennius se tenait à ses côtés. Errant sur les champs de batailles, au milieu des clairons, il ressaisissait sa lyre après le combat : le fantassin, pour l'entendre, déposait ses armes, et le cavalier tout sanglant l'applaudissait. Plus tard, quand le vainqueur des deux Carthages rentra dans les murs de Rome sur le char des triomphateurs,
1. Peractis consularibus festis, Romam revertor; quo se amplissimus magistratus venturum protinus, genero adstipulaote, promisit. Symm., Ep» rv, 31.
STILIGON 279
Ennîus était encore là. La victoire ramenait les muses avec elle, et la couronne du poëte était aussi le laurier du soldat \ »
On s'attend à trouver dans ce poëme, récité au Capitole ou au Forum, les évocations de dieux et de héros, matière obligée des vers composés à Rome et sur Rome : elles y sont, en elTct, nombreuses et magnifiques; mais on n'y trouve point le contraste qui, pour nous modernes, serait la poésie même de la scène. Claudien n'y fait aucune allusion à l'origine de Stilicon; il n'y dit point que Scipion était Vandale. Sans doute un Romain d'Egypte, le plus grand poëte latin peut-être après Virgile, ne trouvait rien d'étrange à ce qu'un Germain né dans l'Empire, élevé sur les bords du Tibre, qui avait combattu vingt ans pour Rome et égalé ses vieux généraux, fût un héros romain : tout le monde dans la Ville éternelle ne pensait pas ainsi.
Cette réflexion nous ramène naturellement à un beau morceau de ce poëme, le plus beau, suivant nous, où Claudien nous fait apparaître l'image d'une Rome que n'auraient certes reconnue ni les Gincinnatus, ni les Scipions, ni même les contemporains d'Auguste, l'image de Rome civilisatrice, qui n'a conquis le monde que pour en faire une seule famille. « Combien tu te rapproches des dieux, dit-il à Stilicon, toi qui veilles, comme consul, sur cette cité, que rien n'égale sous le ciel, dont l'œil ne peut embrasser l'étendue, l'esprit