‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 163 sur 251 · Quod cuncti gens una sqmus · texte numérisé non relu

Quod cuncti gens una sqmus

Claud., de Consul Stilich., v. 159.

Cette prédilection pour une ville maritime, inaccessible par terre, tandis que Milan se trouvait sur le chemin de toutes les invasions barbares, sembla répondre à une secrète préoccupation du jeune prince et de son ministre. On vit bientôt des levées extraordinaires s'exécuter en pleine paix avec une rigueur excessive, et toutes les exemptions du service militaire suspendues, même celles des clercs, même celle de la corporation chargée de Fensevelissement des morts ^ ; on put alors se demander quelle guerre était imminente, et Ton tourna les yeux du côté d'Alaric, le seul ennemi qui restât à l'Italie. C'était lui en effet qu'avaient pour but ces mesures de prévoyance et d'autres encore prises par Stilicon pendant le cours de celte année.

Les révolutions qui s'étaient opérées depuis un an dans le monde romain oriental, l'apaisement des troubles d'Afrique, la chute d'Eutrope, la révolfe des Goths de Tribigilde en Galatie, la guerre que ceux de Gainas poursuivaient en Thrace et jusqu'aux portes de Constantinople, tout cela avait changé la situation d'Alaric dans son gouvernement de riUyrle. Arcadius paraissant trop chargé d'embarras pour pouvoir en susciter à autrui, le roi des Goths ne savait plus que iaîre de son peuple et redevenait chef barbare pour son propre compte. L'étrange magistrat romain avait d'ailleurs épuisé sa province; occupants et occupés mouraient de faim, et, suivant toute apparence, aucun subside ne lui arrivait plus de Byzance; force lui était

i. Cod, Theod,, VII, tit. xx, de Veteranis, 1. 12.

de chercher un autre cantonnement dans un pays riche qui n'eût point souffert de pillages ennemi : or, l'Italie présentait ces deux conditions. Alaric était donc là, rôdant autour de la frontière où le gouyernement d'Orient l'avait jeté, avançant, puis reculant, comme une béte fauve qui prépare l'attaque d'une bergerie. Ces différents mouvements et l'apparition de quelques pillards de son armée avaient motivé les inquiétudes de Stilicon, qui mettait en état de défense les villes de la Vénétie. Enfin, dans l'automne de Tannée 100, Alaric, excité par une bande d'aventuriers huns venus sans obstacle à travers les Alpes, se hasarda jusqu'à la hauteur d'Aquilée, pilla un peu, et, voyant le pays assez bien gardé, rentra dans son cantonnement.

Il en avait assez vu pour ne point se risquer davantage; mais en même temps il rapporta de sa courte expédition un désir impérieux de quitter la Grèce. Jeune, ardent, rêvant des aventures éclatantes, comme ses grossiers compagnons rêvaient le pillage, fier de la force brutale qu'il tenait sous sa main, mais non moins jaloux d'honneurs, de richesses, de considération, de tout ce que donne la vie civilisée et que la vie barbare ignore, Alaric hésitait entre deux idées extrêmes, dominer Rome comme Romain, ou la briser comme conquérant et maître. Ce fut là son histoire et le mystère de ses perpétuelles incertitudes pendant les dix années qu'il passa en Occident. On eût dit qu'Eutrope, en le plaçant si près de l'Italie, connaissait toutes les passions qui pouvaient agiter cette âme inflammable. La fortune de Stilicon l'irritait; il ne voyait plus Rome que

dans la personne de ce Vandale, et eût voulu parfois la punir de s'être donnée à un Barbare qui n'était pas Alaric. Une autre pensée aussi se faisait jour en lui dans ses retours aux instincts de sa race, pensée sauvage, mais brûlante, et qui ne lui laissait pas de repos : c'était d'attacher son nom à une profanation qui étonnerait le monde, de violer la Ville inviolable, d'arracher le diadème à la reine des nations. A force d'y penser, il se croyait prédestiné à cette mission formidable ; c'était comme une obsession qui venait le saisir par intervalles et à laquelle il finit par succomber. Pour le moment, il ne songeait qu'à s'introduire en Italie avec le moins de risques possible. Se trouvant à peu près libre de ses engagements envers l'Empereur d'Orient, il cherchait à faire une alliance quelconque avec celui d'Occident, pour mettre un pied dans ses domaines et y profiter des circonstances. Tantôt il demandait quelques terres incultes en Italie, tantôt il priait qu'on le laissât traverser la Ligurie jusqu'en Gaule, offrant de garder cette grande préfecture contre toute agression du dehors, sans doute avec son titre de maître des milices, qui lui serait confirmé; il eût ainsi passé du service d'Arcadius à celui d'Honorius avec un accroissement de dignité. Stilicon, justement alarmé, semblait consentir, puis refusait sous divers prétextes, ne cherchant qu'à gagner du temps. On lui en sut plus tard mauvais gré, et il y eut des Romains qui l'accusèrent de perfidie vis-à-vis des Goths, dont il avait trompé, osait-on dire, la simplicité et la bonne foi^

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