‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 172 sur 251 · Crinigeri sedere patres, pellita Getaram · texte numérisé non relu

Crinigeri sedere patres, pellita Getaram

Curia : quos plagia décorât numerosa cicatrix.

Claud., de Bell. Getic,, v. 481, 482.

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peuple a franchi le Danube \ et depuis ce temps il a traversé bien des épreuves; mais sa fortune n'aura jamais été en plus grand danger que maintenant, si tu f obstines à rester ici. L'ardeur de la jeunesse bouillonne dans tes veines et t'emporte : écoute les conseils de l'expérience. Au lieu de t'aventurer au loin comme tu le veux, hâte-toi de partir avant que l'ennemi nous presse; par l'appât d'un nouveau butin n'expose pas celui que tu as conquis; ne fais pas comme le loup qui s'enfermerait lui-môme dans la bergerie, pour expier d'un seul coup tous ses larcins passés. Cette Étrurie si riche en vignobles, ce fleuve du Tibre, cette Rome, dont les noms sont toujours dans ta bouche, que sontils'? Je l'ignore; mais, si j'en crois les récits de nos ancêtres, jamais l'insensé qui porta la guerre contre cette ville n'eût à se réjouir de son audace. Les dieux l'habitent, et des feux surnaturels protègent, dit-on, ses remparts; une puissance inconnue lance la foudre sur l'ennemi qui ose l'approcher. Est-ce Rome elle-même, est-ce le ciel? Ne cherchons point à le savoir. Songeons plutôt que Stilicon nous guette avec une armée redoutable, et souvenons-nous de nos échecs d'Arcadie. »

Ces derniers mots portèrent peut-être au cœur d'Alaric une blessure plus profonde que tout le reste. Se levant brusquement, l'œil en feu, la colère à la

1. Si numéro non fallop, ait, tricesima currit Bruma fere, rapidum postquam tranavimus Istrum.

Claud. , de Bell. Getic, , v. 489, 400.

2. Quid mihi nescio quam proprio cum Tibride t\omam Semper in ore goris?...

Claud., de Bell, Getic, v. 505, 50G.

bouche, il insulta ce vieillard, qu'il appelait autrefois son père : « Si le grand âge, qui a glacé tes sens, ne t'avait pas enlevé la raison, s'écria-t-il, je ne laisserais pas tes lâches paroles sans châtiment ^ Quoi ! tu m'oses conseiller la fuite ! Quand l'Empereur d'Orient m'a cédé ses droits sur rillyrie, quand cette nation m'a reconnu pour son chef, quand je suis maître et possesseur de vingt cités romaines, tu veux que j'aille demander refuge à mes esclaves, que j'étale à leurs yeux Tignominie d'une fuite! Non, par les dieux de nos pères! je ne reverrai jamais en fugitif des lieux que j'ai parcourus triomphant. Je ne quitterai plus le sol de l'Italie que je tiens : vainqueur, j'y régnerai; vaincu, j'y serai encore par mes os \ Que me parlcs-tu de dieux qui défendent Rome! les dieux m'ordonnent à moi de la prendre. Ce n'est pas une fable que ceci, ce n'est pas un rêve; beaucoup ont entendu comme moi une voix me crier du fond d'un bois sacré : « Marche, Alaric, marche au « delà des Alpes ; cette année même tu parviendras « à la Ville; là doit s'arrêter ta course^ » Je marcherai

J. Si non mentis inops fraudataque sensibus œtas

Prœberct veniam, nunquam haîc opprobria linguae Turpia Danubius me sospite ferret inultus.

Claud. , de Bell. Getic, , v. 521 et seqq.

2. Hanc ego vel victor regno, vel morte tcncbo Victus humum...

Claud., de Bell, Getic, ^ v. 530, 531.

3. Hortantes bis addc Dcos : non somnia nobis Ncc volucres, sed clara palam vox édita luco est : «Rumpe omnes, Alarice, morasj hoc impiger anno <(Alpibus Italise ruptis penctrabis ad Urbem.»

Claud. , de Bell, Getic. , v, 544 et seqq.

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encore, j'obéirai aux dieux: telle est ma résolution inébranlable I » A ces mots, le conseil se sépara en tumulte. Tel est le récit de Claûdien, composé lorsqu'Alaric quittait à peine l'Italie. Il n'a rien qui puisse le faire rejeter comme une pure fiction; c'est le récit public sous une forme plus colorée, c'est le fait historique poétisé à la manière des historiens anciens. Qu'on ne s'étonne pas trop qu'Alaric, quoique chrétien, y parle des dieux, il comptait beaucoup de païens dans son armée, et d'ailleurs le christianisme des Goths, si grosjier et si récent, devait se trouver singulièrement mtaché de formules et de souvenirs païens. En tout cas, m est étonné, malgré soi, quand on lit, dans un écrit publié huit ans avant qu'Alaric ne prît Rome, cette prétendue prédiction faite au roi barbare, quïl pénéreraît jusqu'à la ville éternelle, et que là serait la fin le sa course ou de sa vie. Un fatal enchaînement de 5irconstances amena en 410 l'accomplissement de cet Strange oracle, mais on ne peut nier qu'il ne se soit accompli.

Le roi des Goths n'avait plus qu'un parti à prendre : marcher en avant, puisqu'il ne voulait pas recuer; il le prit résolument. Il traversa la Ligurie, en évitant toutefois Milan, franchit le Pô, et se rapprocha in même temps des Alpes et de l'Apennin. Stilicon le uivait à courte distance. Après quelques hésitations, Jaric vint se Roster dans la Ligurie subalpine, à Pol-

lentia, où il sembla attendre la bataille qu'il avait évitée jusqu'alors. Maître des défilés de rApennin occidental et de ceux des Alpes Gottiennes, il dominait dans cette position la route de Rome par l'Étrurie maritime, et celle de la Gaule par les Allobroges. Vainqueur, il pouvait prendre la première; vaincu, il faisait retraite par la seconde, et dans sa défaite encore il se trouverait possesseur d'une grande moitié de l'Occident : c'était là son calcul, auquel Stilicon ne se trompa point, et bientôt Farmée romaine vint se déployer en face des Goths dans les champs de Pollentia. Elle se composait des légions, l'élite des forces de FEmpire, d'un corps de Goths auxiliaires commandés par le païen Saiil, Goth lui-mêmeS et l'un des généraux de Théodose à la bataille de la Rivière- Froide, enfin d'une aile nombreuse de cavaliers alains dirigés par un chef de leur nation.

Alaric, habitué à vivre avec des Barbares dont le métier était de se vendre au plus olTrant, avait toujours l'argent à la main. J'ai dit qu'il avait gagné beaucoup d'espions parmi les Italiens; il sondait en toute circonstance la fidélité des auxiliaires, et osa même s'adresser au soldat romain. On peut supposer que, durant les jours où les armées furent presque en contact, il multiplia ses tentatives de corruption; du moins Stilicon, vaguement Informé, conçut de Tombrage contre ses auxiliaires. Ses soupçons ne pouvant

1. Taceo de Alarico regc, do infelicibus bellis apud PoUentiam ge»tis, cum Barbaro et pagano duci, hoc est, Sauli, belli summa commi»sa est. Oros. , vii, 37.

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atteindre Saûl, personnage éprouvé, qui se croyait au moins régal d'Alaric, il les porta sur le chef alain, dont il surveilla attentivement les démarches : Tévénement vengea le brave auxiliaire d'une injure qu'il ne méritait point. Les deux armées se trouvèrent en présence le samedi saint, qui tombait en l'année 402, au cinquième jour d'avriP: Alaric avait déjà établi son camp, Stilicon traça le sien, et de part et d'autre l'on se tint en repos jusqu'au lendemain.

Située non loin du Tanaro, au-dessus du confluent de ce fleuve et de la Stura, Pollentia, municipe considérable au temps du Haut-Empire, restait encore, au V* siècle, une ville importante*. Elle était adossée, du côté de l'est, à une vaste forêt qui longeait le Tanaro dans la direction d'Asti, et que traversait un petit cours d'eau assez bizarrement appelé Urbis ou Drbs, c'est-à-dire la Ville^. Cette étrange appellation servit "plus tard à expliquer l'oracle d' Alaric, car, aux yeux des païens, il ne fallait pas qu'un oracle, même Barbare, pût avoir tort : le Balthe avait pénétré jusqu'à la Ville; irait-il plus loin? On peut inférer dés divers mouvements de la bataille qu'Alaric avait établi son campement en face de Pollentia, sa droite appuyée sur les premiers massifs de la forêt, et sa gauche couverte par la rivière. Au centre probablement, et dans une enceinte de palissades et de chariots, suivant Tusage des Goths, se trouvait le camp proprement

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