Rhadagaisum in Fesulanos montes cogit. Oros., vu
3. Ducenta millia hominum inopum consilii et cibi in arido et aspero montis jugo. Oros. , vu, 37.
suffisaient à les moissonner chaque jour par nailliers^ Radagaise lui-môme, saisi d'une folle épouvante,, comme s'il eût senti la main d'un Dieu vengeur, ne songea plus qu'à fuir, et, abandonnant ses soldats qui mouraient, il parvint à franchir les lignes romaines sous un déguisement. Pris et reconnu, il fut ramené au pied de la montagne, où on lui trancha la tête à la vue de son peuçle*. Tout fut alors terminé, les Barbares se rendirent à merci; mais cent mille des leurs jonchaient la plaine de Florence ou les vallées de Fésules; le reste, exténué et malade, alla mourir dans les marchés à esclaves, où on les entassait la chaîne au cou. Cette marchandise humaine, selon le rapport des historiens, tomba pour lors à si bas prix que les prisonniers se vendaient ea bloc, comme des troupes d'animaux, à un écu par tête*. Rome, deux fois sauvée, salua de nouveaux cris d'admiration son libérateur et son père. On arrêtait les soldats sur les routes pour les couronner de rameaux et de fleurs, et le sénat érigeait un arc triomphal en mémoire de la victoire de Fésules*. Stilicon avait atteint
1. TaDti illi tamquo immanes hostes esurientes ac aitientés lao* guentesque confecti sunt. Oros., vu, 37.
2. Rex Radagasius; solus spem fugae sumens, clam saos deseniit, atque in nostros incidit; a qiiibus captus, ac paulisper retentoBt deinde interfectus est. Oros. , vu, 37. — Marcellin. com. Chron» — Aug., de Civitate Deù v, 23.
3. Tanta vcro multitudo captivorum Gothorum fuisse fertur, at vilissimarum pecudum modo, singulis aurais passim grèges homi" num venderentur. Oros. , vu, 37. — Marcellin. com. Chron.
4. Obhanc victoriam Stilicho,cum exercitu ab omnibus propâmodum coronatus redibat ; quum prœter omnem spem fonnidatis péri* culis Italiam liberassot. Zosim. , v, 26. — Mabill. , Analect, j nr, p» 485; Lutet. , 1685.
MORT DE STILIGON 317
le point culminant de sa fortane ; mais son poète favori Tavait dit :
ToUantur in altum,
Ut lî4?su graviore ruant. . . ^
La prédiction allait s'accomplir.
L'invasion de Radagaise avait traversé Tltalie comme une de ces trombes qui laissent après elles plus d'épouvante que de ruines ; mais, en passant, elle avait touché la corde mystérieuse qui réveillait toutes les passions de ce siècle. L'étrange et sinistre figure de ce païen, missionnaire des dieux du nord, arrivé on ne savait d'où, comme pour venger les dieux du midi, de ce pontife de Radegast ou de Thor, qui promettait pour consolation à Jupiter abandonné une hécatombe de ses adorateurs, ces sacrifices perpétuels adressés à des puissances inconnues suivant des rites inconnus, cette Barbarie du ciel conjurée avec celle de la terre, tout cela avait ébranlé fortement des imaginations superstitieuses.
Rome s'était crue perdue. On ne voyait plus dans ses rues, pendant tout le temps qu'avait duré cette guerre, que des troupes d'hommes et de femmes courant comme des forcenés qu'agitent les furies, ou agenouillés, les bras tendus vers des statues mutilées. On n'entendait plus que gémissements sous les voûtes moisies des temples. « Gomment résisterions-nous à un ennemi qui sacrifie, nous qu'on empêche de sacrifier*? » s'écriaient les païens avec rage, et alors éclataient les
1. Plus haut on monte, plus rude est la chute. Glaud., in i{u/*.,i, V. 22, 23.