‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 197 sur 251 · Cod. Theod., XVl, tit. v · texte numérisé non relu

Cod. Theod., XVl, tit. v

2. Lcx promulgata fuit, quœ in aula cingulo vetaret eos uti, qui Christiani non essent. Zosim., y, 46.

avec une troupe de Barbares intrépides comme lui; il y fit la guerre pour son compte, gardant la neutralité entre les deux armées ^

Cette déplorable situation ouvrit enfin les yeux d'Honorius sur les conséquences de sa loi d'exclusion. N'osant la rapporter formellement, de peur de se mettre à dos du môme coup le parti catholique et le parti militaire romain, il voulut du moins en adoucir les effets dans la pratique; mais beaucoup de généraux barbares repoussèrent fièrement une demi-réparation à laquelle ils préféraient une disgrâce complète. De ce nombre fut Généride,que l'histoire nous peint comme un homme courageux, honnête, désintéressé et connu pour son vieil attachement à la famille de Théodose*. Honorius l'aimait et s'entretenait* volontiers avec lui. Vivement blessé par la loi d'exclusion, Généride avait résigné son commandement et se tenait renfermé dans sa maison, ne mettant plus le pied à la cour. Honorius lui en fit reproche un jour qu'il le rencontra. « Pourquoi ne te vois-je plus, lui dit-il, et comment, étant magistrat, ne parais-tu pas dans le palais aux époques déterminées et à ton rang ^1 — César, répondit le Barbare, j'obéis à votre loi, car je ne suis pas chrétien. »

1. Apud se Bârbarorum multitudinem satisad resistendum idoneam habcbat. Zosim., v, 3a. — Sarus se nec imperatoris Honorii, nec Alarichi partibus adjungens, cum exiguis Bârbarorum copiis in Piceno commoratur. Zosim., vi, 13.

2. Indole ad quodvis genus virtutis prseclara prœditus, et alienissimus ab avaritia. Zosim. , y, 36.

3. Quum autem princeps ab eo peteret, ut, quando in magistratuum numéro esset, ordine locoque suo ad palatium accederel... Zosim., y, 46.

L'Empereur s'étant récrié sur ce que sa loi ne regardait pas un homme tel que lui, et qu'il pouvait se présenter : « Non, reprit Généride avec fermeté, votre loi nous condamne à quitter le baudrier, nous l'avons fait, et je n'accepterai jamais une exception qui serait une insulte pour les autres ^ »

Honorius eût voulu réparer le mal que faisait sa loi : il était déjà trop tard. Des officiers romains sans expérience et sans autre mérite que l'appui du parti vainqueur remplaçaient déjà les officiers barbares dans tous les cadres de l'armée. Turpillion commandait. la cavalerie, Varanne l'infanterie : deux hommes qui, selon le mol d'un historien, « n'étaient bons qu'à enhardir l'ennemi, et à décourager leurs propres troupes'.» Quant à la garde du prince, où servait l'élite des milices impériales, elle avait été confiée à Valens, soldat plutôt que général, d'une bravoure inconsidérée, et qui nuisit plus à l'Empire par son ardeur que les autres par leur lâcheté.

Tandis, que la société romaine, en proie à une réaction impitoyable, chancelait ainsi sur ses bases, et que le nom de Stilicon servait de prétexte à tous les excès des partis, que devenait la famille du régent? Sérène, réunie à sa fille Thermantia, vivait obscurément dans un coin de Rome, Ces deux reines détrônées confondaient leurs larmes : l'une pleurait son mari assassiné,

1. Respondit se honorem illum non accipere, qui ad omnium tenret injuriam, quotquot militia propter hanc legem spoliati fuissent.

Zosim., V, 46.

2. Duces exercitui dédit eos , qui suis comptentum in animia hostium excitare possent. Zosim., v, 36.

son fils supplicié sous ses yeux : l'autre dévorait en silence TafiFront d'une répudiation. Pourtant la mesure des maux n'était pas comblée pour elles : une nouvelle catastrophe, la plus tragique de toutes, menaçait ce reste infortuné de tant de gloires. Thermantia devait survivre à sa mère. Elle ne mourut qu'en 115 \ et des mains pieuses la transportèrent près de sa sœur Marie, dans les caveaux du Vatican. Vouées au même destin, elles partagèrent aussi la même tombe, après avoir partagé la couche du même homme et l'avoir quitté toutes deux sans être épouses*; mais Honorius avait en vain dépouillé Thermantia des honneurs souverains : la mort les lui rendit. Elle fut ensevelie dans le manteau et avec les ornements des Impératrices, et. quand, onze siècles plus tard, des fouilles pratiquées au Vatican amenèrent la découverte de son sépulcre, on recueillit parmi ses os plusieurs poignées de perles mêlées à des débris de pourpre et d'or ^

On ne peut parler de la famille de Stilicon sans y joindre Glaudien, dont la renommée reste attachée à celle de son héros. Gomme ami, comme païen et comme poëte, il devait être une des premières victimes de la terrible réaction. Gomme poëte, et l'égal de Juvénal dans la satire, Glaudien s'était attiré bien des jalousies et des colères dont il se riait lorsqu'il était puissant et protégé; il fut accablé quand on le vit délaissé et faible.

Page 1