‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 205 sur 251 · Homînibus illis e Tuscia valere jussis. Zosim., v · texte numérisé non relu

Homînibus illis e Tuscia valere jussis. Zosim., v

cuQ n'était sérieusement promis, et les communications entre les deux capitales devenaient chaque jour plus difficiles et plus rares. Abandonnée par le gouvernement impérial, Rome fut contrainte d'aviser elle-même à son salut. Le sénat résolut d'envoyer une ambassade au camp des Goths. On choisit pour en faire partie deux hauts personnages, illustrés par de grands emplois, Basilius, Espagnol de naissance et préfet de la ville quelques années auparavant, et un ancien tribun des notaires, nommé Jean, homme modéré, conciliant et personnellement connu d'Alaric^ Sortis des murs avec l'appareil convenable, ils se présentèrent au camp des Goths : là, ajoute rhistorien principal de ces faits, ils purent se convaincre que c'était bien Alaric qui commandait cette armée, comme beaucoup l'avaient cru, et que Rome avait en face d'elle le plus redoutable des Barbares*,

Les envoyés exposèrent avec calme et fermeté la mission qu'ils tenaient de leurs concitoyens. Le sénat faisait dire qu'il souhaitait la paix, mais qu'il était prêt pour la guerre, que tout le peuple, un peuple innombrable, était armé, exercé au maniement du fer, et ne demandait qu'à livrer bataille. Alaric jusqu'alors ayait écouté Porateur sans l'interrompre; mais à ce dernier mot il ne se contint plus. « Tant mieux, s'écria-t-il, il est plus aisé de couper le foin quand il est épais que quand il est rare^ » et il partit d'un grand éclat de rire.

1. Joannes yelut Alaiicho notas et partium conciliator. Zosioi.!

2. Puduit eos ignorantise^ in qua tamdiu populus romanus versatos haesissct. Zosim., y, 40.

3. Spissius, inquit, fœnum rariore facilius secatur. Zosim., v. 40*

Lorsqu'on vint à parler des conditions de la paix, il redoubla d'insolence et de moquerie, protestant qu'il ne lèverait point le siège qu'on ne lui eût livré tout l'or et tout l'argent renfermé dans la ville, ainsi que tous les meubles et les esclaves étrangers qui s'y trouveraient. Cl Eh quoi ! dit un des ambassadeurs étonnés, que nous laisseras-tu donc? — La vie, » répliqua le roi goth^ Sur cette dure parole, les Romains le quittèrent pour aller reporter au sénat le récit de la conférence.

En apprenant, à n'en pouvoir douter, que c'était bien Alaric qui était là avec ses Goths, les assiégés furent pris d'un redoublement de frayeur, comme si c'eût été pour eux une nouvelle inattendue. Peuple et sénat ne songèrentplus qu'aux moyens d'apaiser la colère du Barbare. On fit partir sur-le-champ une seconde ambassade, et après de nouvelles et longues conférences il fut convenu que le siège serait levé, à la condition que la ville payerait 5,000 livres d'or, 30,000 livres d'argent, et qu'elle fournirait en outre quatre mille tuniques de soie, trois mille toisons teintes de pourpre, commeles portaient les officiers goths en guise de cuirasse, et ti*ois mille livres d'épices. Pour garantie du traité, Alaric demanda des otages pris dans les plus hautes familles romaines. Cela fait, il promettait non-seulement de vivre en paix avec la République, mais encore de s'allier à elle étroitement, et de mettre son peuple à la disposition de Rome contre quelque ennemi que ce fût *.

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