‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 213 sur 251 · Zosim., V, 50. — Sozom., ix, 7, i,,^..^ u Zi · texte numérisé non relu

Zosim., V, 50. — Sozom., ix, 7, i,,^..^ u Zi

donDât le parjure ; mais il a été fait sur la tête du prince, nul ne peut avoir la pensée de le violer* ! » Les évêques se retirèrent confus, et rapportèrent au camp des Goths ce qui s'était passé ; Alaric donna à ses troupes le signal du départ.

Jlf.

Arrivé sous les murs de Rome, oCi vint le rejoindre le gros de l'armée restée en Étrurie, Alaric signifia ses volontés au sénat par un message : il ordonnait que Tempereur Honorius fût déposé comme indigne de porter la pourpre, qu'un autre fût élu à sa place, et que

la guerre fût déclarée par le sénat au César déchu; autrement les Goths ne laisseraient pas pierre sur pierre de la Ville qui se disait éternelle. A Tappui de sa sommation, il descendit avec un corps d'élite la rive droite du Tibre jusqu'au port situé près de l'embouchure du fleuve, et qui contenait les approvisionnements de Rome.

Construit par Auguste, pour recevoir, des diverses contrées du monde romain, les flottes destinées à Vannone, ce port se composait de plusieurs bassins artificiels où pénétraient les eaux de la mer, et de vastes édifices

1. Quippe si Deo prœstitum fuisset jusjurandum, fortasse negligi posse, permittendo benignilati divinse facinoris impii condonationem. Zosim.,Y, 51.

ATTALE EMPEREUR DO SÉNAT /i07

bâtis pour Temmagasinement des marchandises. C'est là que s'entassaient, au fur et à mesure des arrivages, le blé, le lard, le vin et l'huile qui devaient servir à la consommation journalière du peuple romain, et des flottilles de barques halées par des mulets les faisaient remonter ensuite jusqu'à la ville. Cet établissement, ouvrage du premier Empereur, avait été agrandi successivement par Claude, par Trajan, par Septime-Sévère^ Une petite ville s'était formée alentour sous ce même nom de Port', et elle était, à l'époque dont nous parlons, assez peuplée et munie d'assez bonnes défenses pour résister à un coup de main. Alaric l'assiégea en règle et ne la prit qu'après quelques jours de tranchée. Il fit respecter les magasins, mais il écrivit au sénat que si une complète satisfaction ne lui était donnée sans délai, il les livrerait au pillage. Ce pillage, c'était la famine dans Rome. Cela fait, et le port occupé par une bonne garnison, il revint devant la ville attendre la réponse du sénat.

La brusque apparition d'Alaric n'avait pas laissé aux magistrats le temps de se pourvoir de vivres: les magasins intérieurs étaient à sec, et la disette allait commencer. Le sénat essaya de parlementer; mais à toutes les observations, à toutes les prières, Alaric ne répondait qu'un mot : « Délibérez. » Las de supplier

1. Sueton., in Claud., v. 20. — Dion Cass., lu, 949. — Juvénal, Salir,, XII, 16. — D'Anville, Mém* de VAcad, des inscript., t. XXX, p. 198.

2. Portum yocant navale urbis Romse. Sozom., ix, 6. — Is vero Portum occupavit; id autem est maximum navale urbis Romse, tribus portubus constans, et in paryse urbis magnitudinem extensum. Philo« storg., XII, 3,

vainement, le sénat délibéra et probablement aussi le peuple, qui craignait la faim et ne tenait guère à ses Empereurs. Curieux renversement des choses de ce monde : un ennenH étranger venait rendre au peuple de Rome, sous la double pression d'un siège et de la famine, un droit politique dont les révolutions civiles l'avaient dépouillé, le droit d'élire ses maîtres!

Le résultat de la délibération ne fut point douteux et ne pouvait l'être. Pourquoi Rome se serait-elle sacrifiée pour un prince qui la sacrifiait ainsi de gaieté de cœur en rompant une convention par laquelle elle s'était sauvée elle-même à ses dépens? C'était là le sentiment du peuple. Quant au sénat, dont la majorité haïssait la maison de Théodose, il ne voyait peut-être pas sans un secret plaisir l'occasion d'une vengeance que la nécessité semblait justifier, et plus d'un païen saluait déjà dans les calamités présentes Taurore d'une délivrance prochaine.

Un sénatus-consulte, rendu dans la forme la plus solennelle, prononça donc la déchéance de l'empereur Honorius \ et, conformément à la règle, il fut porté ensuite aux comices du peuple, qui l'approuvèrent. Le choix du nouvel Auguste pouvait soulever des difficultés plus sérieuses : Alaric se hâta de les aplanir en recommandant à la désignation du sénat le préfet de la ville, Attale, comme un candidat digne du rang suprême et qui lui serait personnellement agréable.

i. Tnstituta dclîberatione... omnibus adsensus est, qusa Alarichas imperaverat. Zosim., vi, 6. — Sozom. , xi, 8, 9. — Philostorg., xn, 3. — Olympiod., ap. Phot., p. 180, 181.

L'Ionien devait cet honneui:* à certaines intelligences fort intimes que, depuis son retour de Ravenne, il avait entretenues avec les Goths par suite d'une circonstance doilt j'ai à parler.

Il plut un jour à cet épicurien thaumaturge de se faire chrétien, et il donna la préférence à la communion arienne, qui ne le séparait point de son parti politique. Par un autre calcul, qui dénotait chez lui plus de vues mondaines que de besoin d'une foi éclairée, il voulut être baptisé et probablement aussi converti par l'évoque des Goths Sighe-sar, que les Romains nommaient Sigesarius : le personnage ecclésiastique le plus éminent de sa nation ^ Le chef de celte Église fourrée^, comme on l'appelait, qui suivait l'armée d'Alaric en camp volant, eut le mérite insigne de convaincre un sénateur romain, mieux que cela, un sophiste grec dont l'esprit, nourri d'arguties, avait résisté à tous les enseignements de Chrysostome et d'Augustin. Ce fut une grande gloire pour les docteurs barbares et surtout une préparation utile pour le néophyte, dont l'ambition déjà peut-être interrogait l'avenir.

La résolution d'Alaric trouva donc Attale disposé à tout, assez chrétien pour plaire aux Goths et pas assez pour offusquer les polythéistes. Croyant lui-même rencontrer un instrument docile à tous ses projets dans ce misérable Romain qui faisait si bon marché des convictions religieuses, il recommanda sa candidature au sénat comme celle qui concilierait toutes choses.

1. A Sigcsario, Gothorum episcopo, fuerat baptizatus, et idcirco et omnibus ipsis et Alaricho gratissimus habebatur. Sozom., u, 9.

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